Une étude récente et des décisions controversées du CDC mettent en lumière les risques persistants du COVID-19 pendant la grossesse, ainsi que les conséquences d’un déploiement tardif de la vaccination et d’un revirement actuel des recommandations.
Les premiers mois de la pandémie de COVID-19 ont été particulièrement éprouvants pour les femmes enceintes, des dizaines de milliers ayant été hospitalisées en raison de la gravité de la maladie. Il a fallu attendre août 2021, huit mois après le début de la vaccination, pour que les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) recommandent officiellement le vaccin aux femmes enceintes et allaitantes. À ce moment-là, les données montraient que les femmes enceintes atteintes du COVID-19 avaient un risque de décès 70 % plus élevé que les autres, et étaient plus susceptibles d’être admises en soins intensifs, de nécessiter une assistance respiratoire, ou de subir une mortinaissance.
Une enquête de ProPublica a révélé que le retard dans l’approbation du vaccin pour les femmes enceintes a eu des conséquences néfastes. Les autorités sanitaires de l’époque justifiaient ce délai par la nécessité d’accumuler « une abondance de preuves » avant de formuler des recommandations.
Cependant, la situation a pris un tournant inattendu cet été. En mai, Robert F. Kennedy Jr., le nouveau secrétaire à la Santé et aux Services sociaux, connu pour ses positions critiques envers les vaccins, a annoncé sur le réseau social X que « le vaccin COVID destiné aux enfants et aux femmes enceintes en bonne santé a été retiré du calendrier de vaccination recommandé par le @CDCgov. C’est du bon sens et de la bonne science. » Le mois suivant, Kennedy a dissous les 17 membres du Comité consultatif du CDC sur les pratiques d’immunisation (ACIP) et les a remplacés par une nouvelle équipe.
Le nouveau comité a depuis adopté une approche plus individualisée, encourageant chacun à évaluer les risques et les bénéfices de la vaccination. Cette évolution a suscité l’inquiétude de la communauté médicale. Les médecins et les organisations professionnelles ont exprimé leur crainte que ces nouvelles directives sèment la confusion et exposent les femmes enceintes et leurs bébés à des risques accrus.
« L’infection au COVID-19 pendant la grossesse augmente le risque d’accouchement prématuré, de prééclampsie et de mortinaissance », a rappelé la Society for Maternal-Fetal Medicine dans un communiqué. L’American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG), la principale organisation professionnelle des gynécologues-obstétriciens, a également réaffirmé ses recommandations en faveur de la vaccination et du rappel pour toutes les femmes enceintes ou allaitantes, quel que soit le stade de la grossesse.
L’enquête de ProPublica a également mis en évidence le rôle de la désinformation et du scepticisme dans la faible adhésion à la vaccination chez les femmes enceintes. Les laboratoires pharmaceutiques et les autorités sanitaires n’avaient pas initialement inclus les femmes enceintes dans les premiers essais cliniques des vaccins, malgré les directives existantes sur l’inclusion sécuritaire des populations vulnérables dans la recherche biomédicale.
Andrew G. Nixon, directeur de la communication du HHS, a défendu les actions du gouvernement, soulignant que la recommandation de l’ACIP s’applique à toutes les personnes de six mois et plus et met l’accent sur l’évaluation du rapport risque-bénéfice en fonction des facteurs de risque individuels, la grossesse étant considérée comme un facteur augmentant le risque.
Parallèlement, une étude récente de l’Université Harvard a révélé un nouveau risque potentiel lié au COVID-19 pendant la grossesse. L’étude, qui a suivi des enfants nés de mères ayant contracté le COVID-19 pendant leur grossesse, a constaté un risque accru de troubles du spectre autistique et d’autres troubles neurodéveloppementaux à l’âge de trois ans.
« Nous avons observé des retards de développement initiaux à 12 mois, puis à nouveau vers 18 mois », a expliqué le Dr Andrea Edlow, obstétricienne-gynécologue à la Harvard Medical School et co-auteure de l’étude. « Malheureusement, ces retards ont souvent persisté et évolué vers des diagnostics plus spécifiques, comme l’autisme. » L’étude a porté sur plus de 18 000 naissances vivantes entre mars 2020 et mai 2021, dont plus de 800 cas de COVID-19 diagnostiqué chez la mère. Les chercheurs ont constaté que 16,3 % des enfants nés de mères infectées par le COVID-19 avaient reçu un diagnostic de trouble neurodéveloppemental à l’âge de trois ans, contre 9,7 % pour les enfants non exposés in utero.
Le risque était encore plus élevé pour les enfants de mères ayant contracté le COVID-19 au troisième trimestre, une période cruciale pour le développement du cerveau fœtal, et pour les garçons, dont le placenta et le cerveau fœtal semblent plus sensibles à la réponse immunitaire maternelle.
« Je sais que c’est alarmant », a reconnu le Dr Edlow, tout en soulignant que le risque global d’autisme reste faible. L’étude met en évidence l’importance d’un suivi attentif des enfants nés de mères ayant eu le COVID-19 pendant leur grossesse pour détecter d’éventuels problèmes de développement neurologique.
Le Dr Edlow encourage les femmes enceintes à prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter le COVID-19, notamment en portant un masque, en évitant les lieux clos et bondés, et en se faisant vacciner et recevoir les rappels recommandés.
« Le COVID est un problème réel qui présente un risque pour la mère pendant la grossesse et pour l’enfant », a-t-elle insisté. « Il vaut toujours la peine de prendre des mesures préventives, même à ce stade. »
Le Dr Naima Joseph s’inquiète de l’impact du revirement des recommandations vaccinales sur la santé publique, en particulier pour les populations les plus vulnérables. Elle se souvient avoir hésité avant de se faire vacciner pendant sa grossesse, malgré ses connaissances médicales et son expérience en tant que médecin en médecine fœto-maternelle au Boston Medical Center.
« Es-tu sûr que tu devrais faire ça ? » lui avait demandé son mari, également médecin.
« Oui », a-t-elle répondu, avant de se faire vacciner, consciente des risques encourus par les patientes enceintes qu’elle avait soignées pendant la pandémie. Certaines avaient lutté pendant des mois pour leur vie, d’autres étaient décédées ou avaient perdu leur bébé.
Sur le même sujet
