Publié le 26 octobre 2023. Face à la difficulté croissante d’accéder à la propriété en Nouvelle-Zélande, les banques envisagent d’allonger la durée des prêts hypothécaires, une solution qui soulève des questions sur son impact réel sur l’abordabilité à long terme.
- L’âge moyen des primo-accédants en Nouvelle-Zélande est de 36 ans, ce qui implique souvent le remboursement d’une hypothèque pendant plusieurs décennies.
- L’extension de la durée des prêts de 30 à 50 ans peut réduire les mensualités, mais augmente le coût total des intérêts.
- Cette évolution s’inscrit dans un contexte d’inflation persistante et de difficultés d’épargne pour l’apport initial.
En Nouvelle-Zélande, devenir propriétaire est un défi de plus en plus ardu pour les jeunes adultes. L’âge moyen des primo-accédants s’élève désormais à 36 ans, une réalité qui implique pour beaucoup de devoir rembourser leur prêt immobilier pendant une grande partie de leur vie active, voire jusqu’à la retraite. Dans ce contexte, les établissements bancaires explorent une solution potentielle : l’allongement de la durée des prêts hypothécaires, envisageant désormais des échéances pouvant atteindre 50 ans.
Si cette mesure pourrait alléger le fardeau des mensualités, elle n’est pas sans susciter des interrogations. Réduire les paiements mensuels de près de 17 % sur un prêt d’un million de dollars (environ 1,5 million de dollars néo-zélandais) peut sembler attractif, notamment pour les jeunes familles. Cela pourrait permettre d’accéder à des biens immobiliers plus chers ou de disposer d’une plus grande marge de manœuvre financière. Cependant, cette solution a un coût : l’augmentation significative du montant total des intérêts versés à la banque.
Sur un prêt d’un million de dollars, les intérêts totaux s’élèveraient à près de 800 000 dollars sur 30 ans, mais atteindraient 1,5 million de dollars sur 50 ans, soit une différence de 700 000 dollars. La question est donc de savoir si les avantages à court terme d’une mensualité réduite compensent l’augmentation substantielle du coût total du crédit. L’utilisation de ces économies pour des dépenses non productives, comme l’achat d’une voiture ou des vacances, serait une erreur, car cela annulerait les bénéfices potentiels.
Néanmoins, l’investissement immobilier peut s’avérer judicieux dans un contexte d’inflation, où la valeur des biens a tendance à augmenter plus rapidement que les intérêts à payer. De plus, la possibilité de revendre la propriété avec une plus-value peut atténuer l’impact des intérêts supplémentaires. L’allongement de la durée du prêt n’est donc pas nécessairement un piège, à condition d’être utilisé avec prudence et discernement.
Cette tendance s’inscrit dans une perspective historique. Après la Grande Dépression, le président Roosevelt avait cherché à relancer l’économie américaine en encourageant l’accès au crédit immobilier, en augmentant la durée des prêts de quelques années à plus de 30 ans. À l’époque, l’espérance de vie moyenne était d’environ 65 ans, ce qui rendait cette solution viable. Aujourd’hui, avec une espérance de vie plus élevée, l’impact de ces prêts sur plusieurs décennies est à considérer attentivement.
L’augmentation de la durée des prêts hypothécaires ne résoudra pas pour autant le problème de l’abordabilité du logement. Elle ne facilitera pas l’épargne pour l’apport initial ni la construction de nouveaux logements. Au contraire, elle pourrait alimenter la spéculation immobilière en augmentant la capacité d’emprunt des acheteurs et en faisant grimper les prix. Les gouvernements, les ménages et les entreprises continueront probablement à s’endetter, et les banques centrales maintiendront leur objectif d’inflation positive, ce qui signifie que l’inflation est désormais intégrée au système financier.
Pour les emprunteurs, cette situation peut être favorable, car l’inflation réduit en termes réels le fardeau de leur hypothèque. La stratégie consiste donc à emprunter sur des durées plus longues et à investir les économies réalisées dans des actifs susceptibles de prendre de la valeur. Les prêts hypothécaires sur 50 ans ne sont pas encore courants en Nouvelle-Zélande, mais de nombreux emprunteurs se retrouvent déjà dans une situation similaire en renégociant leur prêt et en rallongeant la durée de remboursement.
Qu’il s’agisse d’une bouée de sauvetage ou d’un piège, la question de savoir si l’allongement de la durée des prêts hypothécaires est la bonne solution reste ouverte.
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