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Bruxelles cherche des formules ‘in extremis’ pour sauver l’accord avec le Mercosur | International

by Clara Dubois

Publié le 2025-12-31 04:45:00. L’Union européenne se démène pour sauver l’accord commercial avec le Mercosur, confrontée aux réticences de plusieurs États membres et aux pressions des agriculteurs, alors que la Chine gagne du terrain en Amérique latine. L’Italie est désormais au centre des attentions, sa position étant cruciale pour débloquer la situation.

  • L’Union européenne cherche à obtenir le soutien de l’Italie pour l’accord avec le Mercosur, en envisageant de nouvelles subventions aux agriculteurs et une augmentation de la part de l’agriculture dans le prochain cadre financier pluriannuel.
  • Le contexte géopolitique, marqué par le protectionnisme américain et la dépendance européenne à la Chine, a relancé l’intérêt pour cet accord qui créerait la plus grande zone de libre-échange au monde.
  • Des menaces de recours juridique devant la Cour de justice de l’Union européenne pèsent sur l’accord, tandis que le Mercosur explore d’autres partenariats commerciaux.

Bruxelles multiplie les efforts pour obtenir le feu vert à l’accord commercial avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay), après plus de 25 ans de négociations. Le vote final, initialement prévu, a été reporté en raison des doutes exprimés par l’Italie et de l’opposition de la France, sous la pression des protestations agricoles. La Commission européenne propose désormais des concessions supplémentaires pour convaincre Rome, notamment de nouvelles aides financières aux agriculteurs et une révision de la répartition budgétaire de l’UE.

Cet accord, qui créerait une zone de libre-échange regroupant 720 millions d’habitants et représentant plus de 20 % du PIB mondial, est devenu stratégique pour l’Union européenne. Le protectionnisme affiché par l’administration Donald Trump et la volonté de réduire la dépendance à l’égard de la Chine ont accéléré la recherche de nouveaux partenaires commerciaux fiables.

L’Union européenne a perdu des parts de marché en Amérique latine au profit de la Chine, souligne Judith Arnal, chercheuse à l’Institut Elcano :

« L’UE a perdu ses quotas commerciaux en Amérique latine par rapport à la Chine. Et les États-Unis ont déclaré dans leur stratégie de sécurité nationale que l’Amérique latine était une priorité. »

Judith Arnal, chercheuse à l’Institut Elcano

Elle insiste sur l’urgence géopolitique de renforcer les liens commerciaux avec la région et de diversifier les sources d’approvisionnement.

Pour l’Union européenne, cet accord représente un meilleur accès aux matières premières, des opportunités pour l’industrie, les services et les investissements (l’UE étant le premier investisseur étranger dans le Mercosur), ainsi que des règles commerciales plus favorables que celles en vigueur avec d’autres partenaires. Dans un contexte de divisions internes, il s’agit également pour l’UE de démontrer sa capacité à conclure des accords commerciaux majeurs.

Cependant, l’issue reste incertaine. Des sources diplomatiques mettent en garde contre le manque d’engagement ferme de l’Italie et la possibilité que l’accord ne recueille pas une majorité suffisante des États membres lors du vote final, qui doit être approuvé à la majorité qualifiée (en termes de population). La Pologne a déjà annoncé son opposition, et le soutien de deux autres grands pays est indispensable, l’Allemagne et l’Espagne étant de fervents partisans de l’accord.

Le gouvernement italien a déclaré être prêt à donner son accord dès que des réponses satisfaisantes seront apportées aux agriculteurs, dont les intérêts sont pris en compte par la Commission européenne.

« Le gouvernement italien est prêt à signer dès que les réponses nécessaires seront fournies aux agriculteurs, qui dépendent des décisions de la Commission européenne ; et elles pourront être finalisées rapidement. »

Cabinet de Giorgia Meloni

Tous les regards sont tournés vers l’Italie

L’Italie pourrait être l’un des principaux bénéficiaires de cet accord. Ses exportations vers les pays du Mercosur, notamment de machines, d’équipements électriques et de matériel de transport (pour une valeur d’environ 3,742 milliards d’euros par an), seraient facilitées par la suppression des droits de douane, qui peuvent atteindre 35 %. Des produits tels que les instruments d’optique, l’acier, le fer, les produits chimiques et les plastiques (pour une valeur d’environ 2,4 milliards d’euros en 2024) bénéficieraient également d’une réduction des droits de douane, qui tomberaient à zéro.

L’exécutif européen, dirigé par Ursula von der Leyen, espère parvenir à une signature finale avant la fin du mois de janvier. Cet objectif avait été fixé après l’échec de la cérémonie de signature prévue à Foz de Iguazú, au Brésil, où le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, assurant la présidence semestrielle du Mercosur, avait préparé un événement de grande envergure. Si un consensus est finalement trouvé, il ne sera plus sous sa direction, Lula étant le principal artisan de cet accord en Amérique latine :

« Sans la volonté politique et le courage de ses dirigeants, il ne sera pas possible de conclure une négociation qui dure depuis 26 ans. »

Luiz Inácio Lula da Silva, président brésilien

Le Mercosur continue par ailleurs d’explorer d’autres pistes de partenariats commerciaux avec les Émirats arabes unis, le Canada et l’Inde.

Bruxelles estime que la suppression des droits de douane pour les entreprises européennes (20 % pour les machines, 18 % pour les produits chimiques, 14 % pour les produits pharmaceutiques et 35 % pour les automobiles et leurs composants) leur permettrait d’économiser plus de quatre milliards d’euros par an. L’accord garantirait également un accès préférentiel à certaines matières premières critiques.

En réponse aux protestations des agriculteurs et aux inquiétudes exprimées par la France, l’Italie et la Pologne, la Commission européenne a ajouté des clauses et des garanties pour protéger les produits européens. Des contrôles et des audits phytosanitaires, ainsi que des analyses de résidus et de pesticides sur les produits importés, ont été renforcés en novembre et décembre.

De nouvelles garanties contraignantes ont également été convenues avec le Parlement européen et les États membres, obligeant la Commission à enquêter si les importations en provenance des secteurs protégés augmentent ou si les prix baissent de 8 % dans un seul pays. Dans ce cas, les droits de douane pourraient être rétablis.

Le Parlement européen devrait voter en janvier sur ces nouvelles garanties, ce qui pourrait ouvrir la voie à l’approbation de l’accord par l’Italie. Cependant, une autre menace plane : une centaine et cinquante députés européens, allant de l’extrême droite à la gauche, ont menacé de saisir la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour contester la conformité de l’accord aux traités fondateurs de l’UE, une procédure qui pourrait prendre jusqu’à deux ans.

Un nouvel échec des négociations aurait des conséquences politiques et économiques importantes pour l’Europe.

« Un nouveau blocage après le dernier accord politique serait perçu comme une défaite de la politique commerciale commune face aux vetos nationaux et aux pressions intérieures (notamment agricoles), érodant la crédibilité de l’UE en tant qu’acteur stratégique capable d’équilibrer l’ouverture commerciale, le climat et les normes sociales. »

Judith Arnal, chercheuse à l’Institut Elcano

Cela confirmerait également l’image d’une Union européenne qui promet beaucoup mais ne tient pas ses engagements, rendant plus difficiles les négociations futures avec d’autres partenaires du Sud.

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