Publié le 28 novembre 2023. La normalisation des relations entre le Soudan et Israël, entamée en 2021 sous l’égide des accords d’Abraham, est désormais compromise par la guerre civile qui ravage le Soudan, mettant en péril les intérêts des acteurs impliqués et l’avenir de cette coopération.
- Le Soudan a normalisé ses relations avec Israël en 2021, peu après la chute du régime d’Omar al-Bashir.
- La guerre civile actuelle au Soudan, débutée en avril 2023, menace de faire échouer cet accord.
- Les analystes estiment que la normalisation était avant tout un moyen pour le gouvernement de transition soudanais de se rapprocher des États-Unis et des Émirats arabes unis.
La normalisation des relations diplomatiques entre le Soudan et Israël, initiée par l’administration Trump via les accords d’Abraham, s’est concrétisée par une rencontre secrète en février 2020 entre le général Abdel Fattah al-Burhan, chef du Conseil souverain de transition civilo-militaire soudanais, et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en Ouganda. L’objectif était alors d’ouvrir officiellement des relations diplomatiques.
Cependant, l’instabilité politique et sécuritaire actuelle au Soudan remet en question cette normalisation. Le pays est plongé dans une guerre civile depuis avril 2023, opposant l’armée aux Forces de soutien rapide (RSF), une puissante force paramilitaire. L’armée soudanaise exige l’intégration complète des RSF, tandis que ces dernières conditionnent leur intégration à des réformes profondes des institutions militaires.
Selon Kholood Khair, analyste politique soudanaise, les accords d’Abraham étaient avant tout un instrument pour le gouvernement de transition soudanais afin de
« tenter d’améliorer ses relations avec l’Amérique après la chute du pouvoir [du dictateur] Omar al-Bashir, et aussi entre lui et les Émiratis qui sont très anti-Frères musulmans »
Kholood Khair, analyste politique soudanaise
. Cette démarche s’accompagnait également de l’espoir de voir le Soudan retiré de la liste des États soutenant le terrorisme, une demande soutenue par les États-Unis.
Yasir Zaidan, observateur politique de l’École d’études internationales Henry M. Jackson de l’Université de Washington, souligne que les initiatives de politique étrangère du Soudan semblent désormais servir davantage les intérêts personnels de certains acteurs politiques que les intérêts nationaux. Il met en garde contre le risque d’une escalade de la concurrence, notamment sur la question sensible de la normalisation avec Israël.
Pour Israël, cette situation représente un pari risqué. Si Benjamin Netanyahu présente cette relation comme un succès diplomatique, elle pourrait se retourner contre lui si un futur gouvernement soudanais, issu d’une élection, conditionne la poursuite de l’accord de normalisation à l’armée. Un tel scénario compromettrait toute perspective de rétablissement des relations israélo-soudanaises par un gouvernement démocratiquement élu.
Au Soudan, la société civile n’a pas manifesté d’opposition particulière à la normalisation, celle-ci n’étant pas considérée comme une priorité face aux défis urgents auxquels le pays est confronté, tels que la rédaction d’une nouvelle constitution et la séparation des pouvoirs entre les militaires et les civils, explique El-Waleed Mousa, analyste des affaires soudanaises.
« Ils ont des problèmes plus urgents, comme la rédaction d’une constitution et la séparation des officiers militaires des affaires politiques et exécutives »
El-Waleed Mousa, analyste des affaires soudanaises
Mousa ajoute que la signature de l’accord s’est déroulée dans la plus grande discrétion, les généraux soudanais n’ayant pas osé justifier publiquement leurs choix.
Khartoum reste dans la mémoire collective israélienne comme la ville où la Ligue arabe a adopté en 1967 sa résolution des « Trois non » : non à la reconnaissance d’Israël, non à la paix et non aux négociations. Aujourd’hui, le Soudan est confronté à une nouvelle période de troubles, marquée par une guerre civile dévastatrice.
