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ce que nous savons et ne savons pas sur la situation juridique

by Amélie Bernard

Publié le 8 janvier 2026 à 07h58. Une tension diplomatique s’intensifie entre les États-Unis et la Russie après l’interception d’un pétrolier en mer, ravivant les questions de droit maritime et de sanctions internationales.

  • La Garde côtière américaine a embarqué à bord d’un navire, le Marinera (anciennement Bella I), au large de l’Islande, au motif qu’il violait les sanctions imposées au Venezuela.
  • Moscou dénonce une violation du droit maritime international, affirmant que le navire naviguait légalement sous pavillon russe.
  • L’incident soulève des questions juridiques complexes concernant le changement de pavillon en haute mer et la validité des poursuites.

L’incident, survenu en mer du Nord, a immédiatement provoqué une vive réaction des deux parties. Washington justifie son action en invoquant un mandat fédéral américain, tandis que la Russie dénonce une ingérence inacceptable. Selon l’agence de presse russe Tass, des responsables russes ont déclaré que « aucun État n’a le droit de recourir à la force contre des navires dûment enregistrés dans les juridictions d’autres États ». Ils précisent que le Bella 1, rebaptisé Marinera, avait reçu un permis temporaire de navigation sous pavillon russe le 24 décembre.

Cet incident intervient dans un contexte de tensions géopolitiques déjà vives, notamment concernant le Venezuela. Il rappelle l’affaire controversée de l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro depuis son palais de Caracas le 3 janvier, une action que les États-Unis ne semblent pas chercher à justifier sur le plan du droit international.

Les États-Unis semblent avoir ciblé avec soin les navires transportant du pétrole vénézuélien, privilégiant ceux qui étaient soit sans pavillon, soit soupçonnés de naviguer sous fausse identité. Ces navires ne bénéficient d’aucune protection au titre de l’article 92 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), qui constitue également la règle du droit international coutumier, même pour les États qui n’y sont pas parties, comme les États-Unis.

Un navire sans pavillon est particulièrement vulnérable. Il n’a, par définition, aucun État du pavillon pour faire valoir sa juridiction exclusive en haute mer. La CNUDM prévoit également qu’un navire arborant les pavillons de deux ou plusieurs États, et les changeant en fonction des circonstances, « ne peut revendiquer aucune des nationalités en question à l’égard d’un autre État », le rendant ainsi assimilable à un navire sans pavillon.

Jusqu’au changement de pavillon annoncé le 31 décembre, les États-Unis, mais également tout autre État, avaient le droit de considérer le Marinera/Bella 1 comme un navire sans pavillon, ouvrant la voie à son interception en haute mer et à l’application de la législation nationale par l’État du navire de guerre ou de la garde côtière ayant procédé à l’interception.

La situation juridique reste donc complexe. Un point crucial est de savoir si les États-Unis poursuivaient déjà le Marinera/Bella 1 au moment du changement de pavillon. Si c’est le cas, ils pourraient arguer que le réenregistrement ne doit pas être pris en compte. La CNUDM autorise ce qu’on appelle une « poursuite à chaud », qui cesse lorsque le navire poursuivi entre dans les eaux territoriales de son propre État ou d’un État tiers. Or, aucun autre cas de cessation de cette poursuite n’est mentionné, ce qui pourrait permettre aux États-Unis de soutenir qu’ils poursuivaient déjà le Marinera/Bella 1 et qu’ils n’étaient donc pas tenus d’interrompre leur action.

Cependant, cette interprétation est discutable, car la poursuite à chaud doit débuter dans les eaux maritimes de l’État qui l’engage, et non en haute mer. Jusqu’à présent, le ministère russe des Transports a revendiqué que l’action américaine est contraire à la règle de l’article 92, insistant sur le fait que le changement d’immatriculation a eu lieu dès le 24 décembre. Les États-Unis pourraient rétorquer que la règle de l’article 92 ne s’applique qu’une fois le drapeau russe peint sur la coque du navire, ce qui a été signalé le 31 décembre.

L’article 92 précise également qu’un navire ne peut changer de pavillon en cours de voyage ou lors d’une escale, sauf en cas de transfert réel de propriété ou de changement d’immatriculation. Une lecture attentive révèle que le changement de pavillon en cours de voyage n’est pas interdit en soi, mais qu’il doit être accompagné d’un changement d’immatriculation correspondant. Or, en l’espèce, si un véritable enregistrement en Russie a eu lieu, c’est cela qui compte. L’apposition du drapeau russe n’est qu’une preuve de cet enregistrement.

Le changement de pavillon pendant une poursuite est une question inédite en droit international de la mer. En l’absence de réponse claire, la manière dont cet incident se résoudra créera un précédent pour l’avenir. Il faudra examiner attentivement les arguments juridiques des États-Unis et de la Russie pour déterminer lequel est le plus convaincant.

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