Publié le 24 octobre 2025 à 17h35. Une nouvelle étude révèle que la croissance rapide de Jupiter, bien plus qu’un simple phénomène d’expansion, a joué un rôle déterminant dans la formation de notre système solaire et explique pourquoi certaines météorites primitives sont apparues bien après les premiers éléments constitutifs de notre galaxie.
- Jupiter a connu une croissance rapide, créant des ondes gravitationnelles qui ont empêché les particules de poussière de se rapprocher du Soleil.
- Ces particules se sont accumulées, formant des planétésimaux, les « graines » des planètes.
- L’étude explique également pourquoi les planètes telluriques (Mercure, Vénus, Terre et Mars) sont regroupées dans une zone relativement étroite.
Depuis des décennies, les scientifiques s’interrogent sur l’origine tardive des chondrites, des météorites primitives formées des millions d’années après les premiers solides du système solaire. Une recherche menée par André Izidoro et Baibhav Srivastava, de l’Université Rice (États-Unis), apporte une réponse inattendue : Jupiter est à l’origine de ce décalage.
L’étude, publiée dans la revue Science Advances, combine des modèles hydrodynamiques de la croissance de Jupiter avec des simulations de l’évolution des poussières et de la formation des planètes. Les résultats indiquent que le développement rapide de la planète géante a déstabilisé le disque de gaz et de poussières entourant le jeune Soleil, modifiant la dynamique des matériaux primordiaux.
« Jupiter a grandi si rapidement qu’elle a généré des ondes gravitationnelles dans le disque, créant de véritables ‘embouteillages cosmiques’ qui empêchaient les plus petites particules de tomber vers le Soleil. »
André Izidoro, professeur adjoint de sciences planétaires à Rice
Au lieu de disparaître, ces particules se sont accumulées en bandes denses, où elles ont pu s’agglomérer pour former des planétésimaux. Cependant, ces derniers ne sont pas les premiers éléments constitutifs du système solaire, mais une « deuxième génération », dont l’apparition coïncide avec la naissance des chondrites, des météorites rocheuses qui conservent des traces chimiques et chronologiques de l’origine du système planétaire.
Les chondrites sont considérées comme de véritables « capsules temporelles » de l’aube du système solaire. Tombées sur Terre depuis des milliards d’années, elles permettent de mieux comprendre nos origines. La question de leur formation tardive, deux ou trois millions d’années après les premiers solides, trouve enfin une explication : Jupiter a créé les conditions de ce retard.
Contrairement à d’autres météorites, les chondrites ont conservé la poussière solaire primitive et de minuscules gouttes en fusion appelées chondres, ce qui en fait une source inestimable pour reconstituer les premiers chapitres de notre histoire cosmique.
Le modèle développé par l’équipe de Rice résout également une autre énigme : pourquoi les planètes telluriques – Mercure, Vénus, Terre et Mars – sont regroupées dans une bande relativement étroite, au lieu de s’être dispersées vers le Soleil, comme cela se produit dans de nombreux systèmes planétaires situés en dehors du nôtre.
« Jupiter s’est rapidement développée, ouvrant un trou dans le disque de gaz et bloquant le flux de matière vers le système solaire. Cette séparation a protégé les différences isotopiques entre les matériaux internes et externes et a également généré de nouvelles régions où les planétésimaux pouvaient se former plus tard. »
Baibhav Srivastava, étudiant diplômé et co-auteur de l’étude
En coupant l’approvisionnement en gaz des zones intérieures, Jupiter a empêché les jeunes planètes de migrer vers le Soleil, les piégeant ainsi dans la région où la Terre allait émerger. « Jupiter n’est pas seulement devenue la plus grande planète », souligne Izidoro, « mais elle a défini l’architecture de l’ensemble du système solaire interne. Sans elle, la Terre telle que nous la connaissons n’existerait probablement pas. »
Les conclusions de cette étude trouvent un écho dans les observations astronomiques actuelles. Le télescope ALMA, situé dans le désert d’Atacama (Chili), a détecté des structures d’anneaux et de trous similaires à ceux que Jupiter aurait sculptés il y a plus de 4,5 milliards d’années dans les disques de formation planétaire autour de jeunes étoiles.
« Lorsque nous observons ces disques, nous assistons à la formation de planètes géantes qui façonnent leur environnement », explique Izidoro. « Notre système solaire n’a pas fait exception. La croissance précoce de Jupiter a laissé une empreinte que nous pouvons encore lire aujourd’hui, gravée dans les roches qui tombent du ciel. »
Références
Baibhav Srivastava et coll., Late chondrite formation due to Jupiter-induced gaps and rings, Science Advances (2025). DOI : 10.1126/sciadv.ady4823
