L’ambition de la Chine de devenir un leader mondial dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA) se heurte à des résistances culturelles inattendues, malgré les efforts du gouvernement pour attirer des talents étrangers via un nouveau visa dédié. Des théories du complot et un manque d’ouverture à l’immigration posent des défis majeurs à cette stratégie.
Des influenceurs chinois ont notamment diffusé des accusations infondées, affirmant que des ressortissants indiens chercheraient à exploiter ce nouveau visa pour immigrer massivement en Chine. Cette hostilité témoigne d’une méfiance profonde envers l’immigration, un phénomène rare dans le pays.
« Je dirais oui, mais aussi non », a déclaré Zeyi Yang, spécialiste des entreprises et de la main-d’œuvre chinoises, lorsqu’on l’a interrogé sur sa surprise face à cette réaction. « La Chine n’a jamais été un pays d’immigration, donc l’idée d’introduire beaucoup de talents étrangers et de leur accorder un traitement préférentiel va certainement provoquer une certaine indignation. » Il souligne cependant son étonnement face à la virulence de cette réaction, alors que la Chine a besoin de compétences étrangères pour développer son secteur de l’IA, comme l’ont fait les États-Unis.
Louise Matsakis, également spécialiste de la Chine, confirme ce constat : « En 2020, seulement environ 0,1 % de la population du continent était composée d’étrangers, et cette estimation inclut les personnes originaires de Taïwan, de Macao et de Hong Kong. » Elle compare ce chiffre aux 15 % d’immigrants que compte la population américaine, soulignant l’ampleur de la différence.
L’adaptation à la vie en Chine pourrait s’avérer difficile pour les nouveaux arrivants. « C’est une langue difficile », explique Louise Matsakis. « Il existe un écosystème d’applications et de programmes totalement différent. » Elle illustre cette différence avec un exemple concret : « J’avais besoin d’obtenir un reçu pour mes dépenses, et les gens de l’hôtel me regardaient comme si j’étais fou quand je leur ai demandé un PDF par e-mail. Ils m’ont dit : “Nous allons simplement l’envoyer via WeChat.” »
Par ailleurs, la Chine manque des infrastructures communautaires et des réseaux de soutien auxquels les immigrants sont habitués dans d’autres pays. « Si ces personnes ont le mal du pays, elles peuvent trouver une communauté d’immigrants où qu’elles soient. Elles peuvent trouver de la nourriture qui leur rappelle leur foyer. Ce n’est pas nécessairement le cas en Chine », précise Louise Matsakis.
Si la Chine parvient à surmonter ces obstacles, des villes comme Shanghai et Pékin pourraient devenir des pôles cosmopolites. « Cela pourrait se produire, et je pense qu’il est probable que cela se produise à mesure que le pouvoir mondial s’éloigne des États-Unis », estime Louise Matsakis. « Cependant, la Chine part d’une base très différente d’une ville comme San Francisco. »
