Publié le 2024-02-29 10:00:00. Une nouvelle étude révèle que même une faible proportion de fausses informations peut amplifier la propagation d’une épidémie, soulignant la nécessité de stratégies de communication plus efficaces pour contrer la désinformation et protéger la santé publique.
- La désinformation peut modifier significativement le cours d’une épidémie, même avec une exposition limitée.
- Les messages de santé publique à forte résonance émotionnelle pourraient être plus efficaces pour contrer la désinformation.
- Les chercheurs ont utilisé un modèle innovant prenant en compte l’oubli progressif des informations pour simuler la propagation d’une maladie et de la désinformation.
À l’ère numérique, la vitesse de circulation de l’information est sans précédent, mais elle s’accompagne d’une propagation tout aussi rapide de la désinformation. Des chercheurs de l’Université de Saint-Sébastien, au Chili, ont démontré que la désinformation, même limitée à une fraction de la population, peut avoir des conséquences majeures sur la dynamique d’une épidémie. Leur travail met en évidence la fragilité de la réponse collective face aux crises sanitaires et la nécessité d’une approche plus sophistiquée de la communication de santé.
L’expérience de la pandémie de COVID-19 a illustré de manière frappante les dangers de la désinformation. La circulation de fausses informations concernant des traitements non prouvés, des théories du complot et des spéculations a érodé la confiance du public envers la science et les autorités sanitaires. Cela a conduit certaines personnes à ignorer les recommandations des experts et à adopter des comportements à risque, mettant en péril leur propre santé et celle d’autrui.
Pour mieux comprendre ce phénomène, le Dr Alejandro Bernardin et le Dr Tomas Perez-Acle ont développé un modèle de simulation qui analyse la propagation d’une maladie en tenant compte de la diffusion des informations, tant exactes que fausses, et de leur impact sur les comportements individuels. Contrairement aux modèles précédents, leur approche intègre également le facteur de l’oubli : les individus ne conservent pas indéfiniment les informations qu’ils reçoivent, et l’influence des conseils ou de la désinformation s’estompe avec le temps.
Les chercheurs ont appliqué leur modèle à la maladie à virus Ebola, choisie en raison de son taux de mortalité élevé et de sa capacité à susciter des réactions sociales et comportementales intenses. Ces réactions peuvent aller de la panique et de la stigmatisation des professionnels de santé à l’adoption de politiques publiques restrictives et à un scepticisme généralisé envers les avis scientifiques – des phénomènes souvent amplifiés par les médias et le discours politique.
Les résultats, publiés dans Scientific Reports, révèlent que même de faibles niveaux de désinformation peuvent considérablement accroître la propagation d’une maladie en encourageant des comportements à risque. À l’inverse, la diffusion d’informations précises peut contribuer à limiter l’épidémie en promouvant des comportements protecteurs, mais son efficacité dépend de sa portée et de sa durée d’influence.
« Nos résultats suggèrent que la désinformation peut modifier considérablement le cours de la propagation d’une maladie infectieuse, amplifiant son impact sur les populations, même avec une exposition minime. »
Dr Alejandro Bernardin et Dr Tomas Perez-Acle, Université de Saint-Sébastien
Face à la difficulté de lutter contre la désinformation, les chercheurs suggèrent d’inspirer les campagnes de santé publique des techniques qui rendent la désinformation si efficace, notamment en suscitant une réponse émotionnelle chez le public. En engageant les émotions, les informations précises ont plus de chances d’être remarquées, mémorisées et retenues plus longtemps, ce qui pourrait réduire la propagation des maladies.
« Notre travail souligne les conséquences désastreuses de la désinformation et appelle à l’adoption de stratégies de communication sophistiquées pour améliorer la diffusion des informations factuelles et renforcer les défenses sociétales contre la désinformation et les maladies infectieuses », concluent Bernardin et Perez-Acle. Alors que la communauté internationale se prépare à de futures pandémies, il est crucial d’approfondir ces recherches et de développer des stratégies innovantes pour protéger la santé publique face à la double menace de la maladie et de la désinformation.
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