Publié le 3 décembre 2023. L’anxiété liée aux soins dentaires, souvent liée au bruit perçu des fraises, est un problème majeur de santé publique. Des chercheurs japonais explorent de nouvelles pistes pour réduire cet inconfort en analysant l’aérodynamique des instruments et en tenant compte des différences de perception auditive entre enfants et adultes.
- Une équipe de chercheurs a utilisé un superordinateur pour simuler le flux d’air à l’intérieur et autour des fraises dentaires, afin de comprendre comment le bruit est généré.
- Les études montrent que la simple réduction du volume sonore ne suffit pas : la qualité du son est un facteur déterminant.
- Les enfants perçoivent les sons des fraises dentaires comme plus forts et plus désagréables que les adultes, ce qui suggère une composante physiologique à leur peur.
L’odontophobie, ou peur du dentiste, est un obstacle majeur à l’entretien régulier de l’hygiène bucco-dentaire. Le bruit strident émis par la fraise dentaire est souvent cité comme l’une des principales sources d’anxiété pour les patients. Tomomi Yamada, dentiste, a constaté de visu l’impact de ce bruit sur ses patients et a décidé d’approfondir la question.
« Au départ, mes recherches portaient sur les matériaux dentaires, mais j’ai rapidement réalisé que le problème du bruit n’avait pas été abordé de manière scientifique par presque personne, y compris par les dentistes eux-mêmes », explique Yamada.
Professeur adjoint à la faculté de médecine dentaire de l’Université d’Osaka, Yamada présentera ses travaux le mardi 2 décembre à 8h20, heure d’Hawaï (HST), lors de la sixième réunion conjointe de l’Acoustical Society of America et de l’Acoustical Society of Japan, qui se tient à Honolulu, Hawaï, du 1er au 5 décembre.
Pour décrypter l’aérodynamique en jeu, Yamada et ses collaborateurs des universités d’Osaka, de Kobe et nationale Cheng Kung ont utilisé le superordinateur le plus puissant du Japon pour réaliser des simulations aéroacoustiques à grande échelle. Ils ont analysé le flux d’air interne et externe de la fraise, qui fonctionne grâce à de l’air comprimé et atteint une vitesse de rotation d’environ 320 000 tours par minute.
Ces simulations ont permis de visualiser précisément la manière dont l’air se déplace à travers et autour de la fraise, générant ainsi le bruit caractéristique.
« Nos recherches ont démontré qu’il ne suffit pas de rendre la fraise plus silencieuse pour apaiser l’anxiété des patients. L’amélioration de la qualité sonore est primordiale », souligne Yamada.
Les chercheurs ont également étudié les effets psychologiques des sons aigus produits par la fraise dentaire (pouvant atteindre près de 20 kilohertz) sur des enfants et des adultes. Ils ont observé que les plus jeunes réagissaient différemment, percevant les sons comme plus intenses et plus désagréables.
« Cela suggère que la peur des enfants face aux bruits dentaires n’est pas uniquement d’ordre psychologique, mais également physiologique. Les enfants entendent ces sons différemment, et leur peur est donc une véritable réponse sensorielle, et non une simple imagination », précise Yamada.
Afin de résoudre ce problème, Yamada et son équipe travaillent à optimiser la géométrie de la lame et de l’orifice d’échappement de la fraise, dans le but de minimiser le bruit tout en maintenant ses performances. Il est crucial de trouver un équilibre entre ces deux aspects, car une fraise plus silencieuse ne doit pas compromettre son efficacité.
« À l’avenir, nous espérons collaborer avec les fabricants d’équipements dentaires dans le cadre de partenariats entre l’industrie et le monde universitaire, afin de commercialiser cette nouvelle technologie après avoir réalisé les tests réglementaires et de durabilité nécessaires », conclut Yamada.
Source:
Pour aller plus loin
