Jeremy Allen White se glisse dans la peau du Boss dans un nouveau biopic qui explore la genèse de l’album Nebraska, mais peine à dépasser le stade de l’hagiographie superficielle.
Le film Délivre-moi de nulle part, réalisé et écrit par Scott Cooper, s’attache à une période charnière de la carrière de Bruce Springsteen : la création de son album emblématique Nebraska. Si le film parvient à capturer l’intensité émotionnelle de cet épisode, il se perd souvent dans une biographie conventionnelle, privilégiant l’image du génie torturé plutôt que l’exploration profonde de l’artiste.
L’œuvre débute par un contraste saisissant : un jeune Springsteen (interprété par Matthew Pellicano Jr.) témoin des violences domestiques entre ses parents, suivi d’une scène où l’artiste adulte (Jeremy Allen White), en 1981, interprète avec une énergie brute « Born to Run ». Ce montage thématique établit un lien entre les traumatismes de l’enfance et la quête d’évasion qui traverse l’œuvre de Springsteen. Malheureusement, cette dynamique prometteuse ne se maintient pas tout au long du film.
L’intrigue se concentre sur l’année où Springsteen a composé Nebraska, mais adopte une structure narrative ample, typique des biographies consacrées aux figures adulées. On assiste aux tensions entre l’artiste et ses collaborateurs, notamment son manager et producteur Jon Landau (Jérémie Fort), qui défend sa vision artistique face aux exigences commerciales de la maison de disques (incarnée par David Krumholtz). Ces conflits, bien que réels, manquent de substance dramatique.
« Double album ?? », griffonne Springsteen à un moment, soulignant deux fois la question, un geste qui, ironiquement, n’a pas plus de poids que les paroles mêmes qu’il écrit, dans un film censé explorer la douleur qui les inspire. Landau, quant à lui, se positionne comme le porte-parole du génie de Springsteen, vantant ses mérites à quiconque veut bien l’écouter. Paul Walter Hauser incarne un ingénieur du son passionné, tandis que Marc Maron campe un mixeur de studio plus réservé, tous deux se montrant peu enclins à remettre en question les choix du Boss.
C’est la performance de Jeremy Allen White qui constitue l’un des principaux atouts du film. Il ne se contente pas d’imiter la voix rauque et la présence scénique de Springsteen, mais parvient à saisir l’essence de son personnage, son mélange de vulnérabilité et de tourment. Il exagère les traits de l’artiste, créant une figure à la fois magnétique et déstabilisante. La cinématographie de Masanobu Takayanagi contribue également à l’atmosphère du film, transformant des décors banals en images iconiques.
Le film explore également la relation amoureuse de Springsteen avec Faye Romano (Odessa Young), une mère célibataire. Cette romance, bien que touchante, semble vouée à l’échec, comme si l’artiste était incapable de s’engager pleinement tant qu’il n’aura pas exorcisé ses démons.
En fin de compte, Délivre-moi de nulle part est un film qui se regarde avec une certaine distance, comme si le réalisateur lui-même observait son sujet à travers une vitre. Il offre un portrait superficiel de Springsteen, mais parvient à capturer l’esprit d’une époque et la légende d’un artiste.
