Publié le 25 décembre 2025 à 20h30. Le rapport alarmiste de l’ancien patron d’ASML, Peter Wennink, sur la santé économique des Pays-Bas suscite une vive controverse, notamment concernant la manipulation des chiffres et l’interprétation des données économiques.
Les conclusions de l’étude, qui prédisent un déclin rapide de la prospérité néerlandaise, sont contestées par des économistes, dont Tijmen de Vos de la FNV, qui dénonce un « déluge de chiffres fantômes » et des « demi-vérités ».
L’économiste Tijmen de Vos qualifie le rapport de « demi-vérités, de distorsions et de statistiques mal utilisées ». Il souligne que les prévisions de dette publique présentées par Wennink sont largement exagérées, résultant d’une addition incorrecte de différents scénarios économiques du Bureau central de planification (CPB). Selon de Vos, Wennink omet également de préciser les hypothèses pessimistes qui sous-tendent ses projections.
Dette nationale : un doublement contesté
Le rapport de Wennink met en garde contre une dette publique atteignant 234 % du revenu national d’ici 2060, un chiffre basé sur une interprétation contestée des données du CPB. Or, selon le CPB, si les politiques actuelles restent inchangées, la dette nationale ne s’élèverait qu’à environ 126 % du revenu national en 2060, soit plus d’un milliard d’euros de moins que l’estimation de Wennink. L’ancien PDG d’ASML semble avoir combiné deux scénarios distincts : l’impact des dépenses climatiques et l’augmentation des dépenses militaires liées aux engagements de l’OTAN.
« On ne peut pas simplement additionner les chiffres de ces scénarios », explique Tijmen de Vos. Le CPB confirme cette analyse, soulignant que ces scénarios interagissent et qu’il est donc impossible de calculer un effet cumulatif précis.
Les prévisions de Wennink sur la dette publique dépassent même les projections des partis politiques les plus dépensiers, qui n’atteignent pas un niveau de dette supérieur à 154 % du PIB en 2060.
Pouvoir d’achat : des projections contradictoires
Le rapport Wennink présente également un tableau sombre du pouvoir d’achat des ménages néerlandais, prévoyant une baisse de plusieurs milliers d’euros par an. Cependant, cette projection repose sur l’hypothèse d’une dette publique stable, ce qui contredit l’autre prédiction d’une dette en forte croissance. « Ces deux choses ne peuvent pas être vraies en même temps », souligne de Vos.
Un porte-parole de Wennink a tenté de justifier cette contradiction en affirmant qu’il s’agit de scénarios alternatifs, et non d’une combinaison des deux. Jasper Lukkezen, économiste, nuance cette explication, soulignant que l’impact sur le pouvoir d’achat serait moins important si l’augmentation des dépenses était financée par des emprunts, ce qui réduirait la dette publique.
Des points de départ discutables
Le rapport s’appuie également sur une estimation de croissance économique à moyen terme de 0,5 % par an, une donnée dont l’origine est floue. La Nederlandsche Bank (DNB) n’a pas confirmé cette prévision et précise qu’elle ne réalise pas de projections à long terme. Selon un rapport de la DNB, une croissance de 0,6 % est envisageable, mais il s’agit d’un calcul théorique basé sur des hypothèses spécifiques.
Les chiffres concernant le marché du travail et le pouvoir d’achat sont également basés sur des projections divergentes. Wennink utilise une croissance économique de 1,6 % pour anticiper une pénurie de main-d’œuvre, tandis qu’il utilise une croissance de 0,5 % pour évaluer l’impact sur le pouvoir d’achat.
Pieter Hasekamp, directeur du CPB, a déjà critiqué ce type de projections alarmistes, soulignant que le marché du travail a tendance à s’adapter aux évolutions économiques.
Pression temporelle et influence du patronat
Le rapport Wennink, inspiré des recommandations de l’ancien président de la BCE Mario Draghi pour l’Europe, a été réalisé en seulement trois mois, sur demande du ministre Vincent Karremans (Affaires économiques, VVD). Le rythme rapide de l’étude a pu affecter la rigueur de l’analyse, notamment en ce qui concerne la vérification des sources et la présentation des données. Certaines affirmations ne sont pas étayées par des notes de bas de page, ce qui rend difficile leur vérification.
Arnoud Boot, professeur de finance, suggère que la pression exercée par le lobby patronal VNO-NCW pourrait avoir influencé la rapidité et la méthode de travail de Wennink. Il regrette que les syndicats et les groupes de réflexion n’aient pas été suffisamment impliqués dans l’élaboration du rapport, ce qui pourrait nuire à son message.
