Home MondeDans le quartier de Yopougon à Abidjan, les habitants veulent avant tout la « paix »

Dans le quartier de Yopougon à Abidjan, les habitants veulent avant tout la « paix »

by Clara Dubois

L’indifférence semble régner à Yopougon, le plus grand quartier d’Abidjan, à quelques jours de l’élection présidentielle ivoirienne du 25 octobre. Malgré une prolongation de dernière minute du délai pour récupérer les cartes d’électeur, l’affluence est faible, reflétant un mélange de désintérêt, de méfiance et de loyautés politiques persistantes.

Mercredi 22 octobre, sous une bâche improvisée au bord de la route, des représentantes de la Commission électorale indépendante (CEI) attendaient les électeurs. Anne, une représentante de la CEI, explique les raisons de cette faible participation : « Certaines personnes ne viennent pas parce qu’elles n’en ressentent pas le besoin. D’autres disent qu’elles n’ont pas été informées. » Elle ajoute que Yopougon, surnommé « le Yopougon de Gbagbo », est traditionnellement un bastion de l’opposition, ce qui pourrait expliquer le manque d’enthousiasme.

Bien que le quartier ait élu un maire du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP), le parti du président sortant Alassane Ouattara, depuis 2013, l’attachement à l’ancien président Laurent Gbagbo reste fort. La candidature controversée d’Ouattara à un quatrième mandat, jugée antidémocratique par ses opposants malgré sa conformité avec la constitution, alimente également le scepticisme.

Pierre Mosis N’da, un homme de plus de 70 ans, est l’un des rares à venir récupérer sa carte d’électeur. Il se montre discret sur son choix : « C’est entre moi et moi. » Sa principale préoccupation est le coût de la vie : « C’est vrai, nous avons suffisamment de routes, mais voyager coûte cher parce que le carburant coûte cher », constate-t-il. Il affirme voter régulièrement, considérant cela comme son « devoir civique ».

À quelques mètres de là, un groupe de jeunes discute. Charles, l’un d’eux, n’a jamais voté et ne se sent pas concerné par la politique : « Je n’ai jamais voté. Je ne sais pas comment ça marche, la politique ne m’intéresse pas. » Ses amis partagent son point de vue : « C’est la paix qui nous intéresse. Parce que quiconque s’intéresse à la politique est aussi prêt au combat », affirme l’un d’eux. Le souvenir des violences post-électorales de 2011, qui ont fait près de 3 000 morts dans le pays, est encore vif. « C’était horrible, ce n’était pas facile… mais Dieu merci, nous avons survécu », témoigne-t-il, visiblement ému.

Pierre Mosis écoute, impassible. Il observe que beaucoup d’habitants se méfient et préfèrent rester chez eux, voire quitter la ville, par peur de troubles. Il ajoute que certains sont en colère contre le quatrième mandat d’Ouattara, qu’ils jugent illégitime.

L’ancienne Première dame, Simone Ehivet, candidate à la présidence, tente de mobiliser les partisans de Gbagbo à Yopougon. Mercredi, elle a organisé un meeting dans le quartier, accueilli par une foule enthousiaste et des musiques entraînantes. Les militants scandaient : « Yopougon, c’est la joie ! »

André, 24 ans, militant du Mouvement des générations capables (MGC), soutient Ehivet avec conviction : « J’espère que les Ivoiriens se mobiliseront en masse pour faire de Simone Ehivet la première femme présidente de Côte d’Ivoire et même d’Afrique de l’Ouest. » Il se dit très attaché à Laurent Gbagbo, qu’il considère comme « le père fondateur », mais reconnaît la nécessité de choisir un autre candidat si la loi ivoirienne l’empêche de se présenter. Il insiste sur l’importance des idéologies politiques plutôt que des individus et appelle à la réconciliation nationale : « Nous devons restaurer l’amour et la paix en Côte d’Ivoire. Simone peut le faire. »

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