Home AffairesDes revendications bâclées masquent la faiblesse du travail alors que les risques de déflation augmentent

Des revendications bâclées masquent la faiblesse du travail alors que les risques de déflation augmentent

by Amélie Bernard

Les signaux récents de l’économie américaine ne doivent pas être pris au pied de la lettre, avertissent les analystes. Malgré une baisse inattendue des inscriptions au chômage, des données plus larges pointent vers un ralentissement marqué, poussant la Réserve fédérale (Fed) à envisager une baisse de ses taux d’intérêt dès le 10 décembre.

Le ministère du Travail a annoncé jeudi une diminution des demandes hebdomadaires d’allocations chômage, qui sont tombées à 191 000, contre 218 000 la semaine précédente. Toutefois, l’économiste en chef de Panthéon Macroeconomics, Samuel Tombs, estime que cette baisse est artificielle, imputable à un « ajustement saisonnier maladroit » lié aux fêtes de Thanksgiving.

Les chiffres de l’emploi privé, publiés mercredi par ADP, brossent un tableau plus sombre. Ils révèlent une perte de 32 000 emplois en novembre, bien au-delà des prévisions des économistes qui anticipaient une création de 10 000 postes. ADP avait initialement annoncé une baisse de 5 000 emplois pour le mois d’octobre, mais a révisé ce chiffre à un gain de 42 000, marquant ainsi la première augmentation mensuelle de l’emploi privé depuis juillet.

Une disparité notable ressort du rapport ADP : les petites entreprises, celles employant moins de 50 personnes, ont supprimé 120 000 emplois, tandis que les grandes entreprises, de plus de 50 employés, en ont créé 90 000. Cette divergence souligne les difficultés rencontrées par les petites structures dans un contexte économique incertain.

La faiblesse du marché du travail exerce une pression croissante sur la Fed, qui a pour mandat de maintenir le plein emploi. Les marchés financiers anticipent désormais une baisse des taux directeurs lors de la prochaine réunion du 10 décembre, après que plusieurs responsables de la banque centrale se soient prononcés en faveur d’une telle mesure. Parmi eux figurent Mary Daly, Stephen Miran, Christopher Waller et John Williams, le président de la Fed de New York, un allié proche de Jerome Powell, le président de la Fed.

Bien que certains responsables, comme Susan Collins de Boston et Austan Goolsbee de Chicago, restent plus prudents, l’influence de John Williams pourrait inciter Jerome Powell à rejoindre l’appel à une baisse des taux.

L’enquête de la Fed, connue sous le nom de Livre Beige, indique que l’activité économique a globalement stagné ces dernières semaines, avec une légère diminution de l’emploi. La collecte de données pour ce rapport a été perturbée par la fermeture temporaire du gouvernement fédéral.

L’enquête révèle également une tendance à la consommation en « forme de K », où les dépenses des ménages à hauts revenus restent robustes, tandis que celles des ménages à revenus modestes et moyens diminuent. La Fed de Minneapolis a observé que « les clients les plus aisés ne sont pas contraints par des difficultés financières, mais que ceux situés au milieu et au bas de l’échelle des revenus sont obligés de réduire leurs dépenses ».

Outre les préoccupations concernant l’emploi, la Fed prend en compte la situation du marché immobilier, où les prix de l’immobilier et les loyers restent en baisse. Certains économistes estiment que le risque de déflation est désormais plus élevé que celui d’inflation. La Chine et d’autres pays contribuent également à cette pression déflationniste, tandis que le renforcement du dollar américain, lié aux difficultés économiques de nombreux pays, accentue le phénomène.

La crise budgétaire au Royaume-Uni, due à une baisse des recettes fiscales, et la hausse des rendements obligataires au Japon, qui pourrait nécessiter une intervention des banques centrales, ajoutent à l’instabilité économique mondiale.

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