Publié le 15 novembre 2025 à 06h00. Un désaccord émerge au sein du gouvernement irlandais concernant un projet de réglementation visant à responsabiliser les géants de la technologie dans la lutte contre les escroqueries financières en ligne, craignant des répercussions sur l’attractivité du pays pour les investissements étrangers.
- Le ministère des Finances propose d’obliger les plateformes comme Facebook, Instagram et TikTok à vérifier l’identité des annonceurs promouvant des opportunités d’investissement.
- Le ministère des Entreprises s’oppose à cette initiative, estimant qu’elle pourrait nuire à la compétitivité économique de l’Irlande et entrer en conflit avec la réglementation européenne existante.
- Ces tensions interviennent alors que l’Union européenne cherche à renforcer la régulation des plateformes numériques et à protéger les consommateurs contre les fraudes.
Une divergence de vues oppose actuellement deux ministères irlandais sur la manière de lutter contre la prolifération des escroqueries financières sur les réseaux sociaux. Le ministère des Finances souhaite imposer de nouvelles obligations aux plateformes technologiques afin de prévenir l’utilisation de leurs services par des fraudeurs, tandis que le ministère des Entreprises exprime de vives inquiétudes quant aux conséquences potentielles de cette approche.
Selon des courriels internes révélés par le journal The Irish Times, le ministère des Finances propose de contraindre les entreprises technologiques – notamment Facebook, Instagram, X (anciennement Twitter), Google et TikTok – à contrôler l’identité de ceux qui publient des publicités relatives à des programmes d’investissement financier. L’objectif est de mettre fin aux escroqueries qui utilisent souvent des images ou des vidéos falsifiées de personnalités politiques et de célébrités irlandaises pour attirer les victimes. Ces publicités redirigent généralement vers des centres d’escroquerie basés en Europe de l’Est, où les individus sont incités à effectuer des paiements pour des investissements fictifs.
Les responsables du ministère des Entreprises ont averti que ces nouvelles règles pourraient nuire à la position de l’Irlande en tant que destination privilégiée pour les grandes entreprises technologiques en Europe. Ils craignent que cela n’affecte négativement les investissements et les emplois créés par ces entreprises. Un haut fonctionnaire a ainsi exprimé ses « sérieuses inquiétudes » dans un courriel daté du 14 mars, soulignant un « problème majeur » avec la proposition du ministère des Finances.
Le ministère des Entreprises a également mis en garde contre le risque d’aller au-delà de ce qui est requis par la réglementation européenne existante. Il a souligné l’importance du lien entre l’environnement réglementaire irlandais et le rôle clé joué par le secteur technologique dans l’économie du pays. Le ministre des Finances, Paschal Donohoe, a lui-même souligné ce lien, selon un responsable du ministère des Entreprises.
Cette controverse intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les États-Unis et l’Union européenne concernant la régulation des multinationales technologiques américaines. L’ancien président américain Donald Trump avait déjà exprimé sa frustration face aux garde-fous mis en place par l’UE dans le domaine numérique.
La proposition irlandaise s’inscrit dans le cadre plus large des négociations en cours à Bruxelles pour mettre à jour la réglementation financière européenne. Une porte-parole du ministère des Finances a déclaré que la position du ministère des Entreprises avait été « consultée et prise en compte » lors de la présentation des propositions au niveau de l’UE. Elle a toutefois précisé que le ministère ne pouvait faire d’autres commentaires tant que les négociations étaient en cours.
Les informations révélant cette lutte interministérielle ont été obtenues par The Irish Times grâce à une demande d’accès à l’information.
En parallèle, PayPal a récemment appelé à la responsabilisation des plateformes de médias sociaux face à la prolifération des publicités frauduleuses.
De même, les citoyens irlandais figurent parmi les cibles privilégiées des escrocs internationaux, selon des données récentes.
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