Publié le 27 décembre 2025 16:23:00. L’industrie de la K-pop est-elle réellement en crise, comme le suggèrent certains critiques ? Au-delà des impressions subjectives, une analyse plus nuancée révèle des dynamiques contrastées entre les groupes féminins et masculins, et une évolution du système qui façonne cette musique mondialement populaire.
- Des critiques pointent un manque de diversité et une standardisation excessive de la K-pop, la jugeant moins divertissante et plus ennuyeuse.
- Les groupes féminins de cinquième génération peinent à confirmer les attentes, malgré des concepts variés.
- Les groupes masculins, en revanche, affichent une meilleure résistance commerciale et un marché plus vaste.
Ces derniers temps, un mot revient fréquemment dans la bouche des critiques musicaux spécialisés dans la K-pop : « crise ». L’industrie sud-coréenne de la musique populaire serait en déclin, mais cette perception se manifeste souvent à travers des jugements de valeur subjectifs. On entend dire que la K-pop n’est plus aussi « amusante » ou qu’elle est devenue « ennuyeuse ». Kim Yun-ha, critique musical, a ainsi exprimé sur la chaîne YouTube « Bstream Economics » l’idée que l’homogénéisation de la K-pop a réduit l’intérêt de rechercher de la diversité. Kim Do-heon, autre critique, a également avancé dans une chronique que la sophistication de l’industrie a conduit à une standardisation excessive, rendant la musique fade (« 인간·가치 중심 본질 속으로 전 세계는 다시 열광했다 », Dong-A Ilbo). L’impression générale est que le public ne ressent plus de « sincérité » dans la musique.
Ces impressions, bien que logiques sur le papier, méritent d’être nuancées. Il est discutable de savoir si les groupes d’idoles sont réellement devenus interchangeables. Ces critiques évaluent la crise culturelle à travers le prisme de leurs préférences personnelles, mais sous-jacente à ces jugements se cache une réalité plus pragmatique : un recul de plusieurs indicateurs industriels liés à la K-pop.
Les difficultés actuelles concernent plus particulièrement les groupes féminins. Les formations dites de « cinquième génération » n’ont pas encore réussi à répondre aux attentes. Pourtant, chacune d’entre elles – ILLIT, BABYMONSTER, Harts to Hearts, Miyawao, IZ*ONE – propose un style musical et un concept distinct. Les compositions des groupes et leurs stratégies de développement diffèrent également. ILLIT poursuit une esthétique inspirée de la sous-culture japonaise des « mignonnes », tandis que Harts to Hearts mise sur l’image fraîche et naturelle d’étudiantes. IZ*ONE se distingue par la taille imposante de ses membres, et BABYMONSTER par ses performances énergiques, combinant rap virtuose et chant puissant.
C’est plutôt du côté des groupes masculins que l’industrie affiche une meilleure résistance. Leur marché est plus vaste et leurs ventes plus solides. Cette année, seuls deux groupes féminins, aespa et IVE, ont dépassé le million d’exemplaires vendus dès la première semaine. En revanche, Stray Kids a écoulé 3 millions d’albums, SEVENTEEN 2,5 millions, et plusieurs autres groupes ont franchi le cap du million. Cette capacité à maintenir des ventes élevées s’explique en partie par la taille du marché des groupes masculins, qui permet d’absorber une production plus importante.
Il serait erroné de chercher les causes du déclin de l’industrie dans une uniformisation des stratégies créatives. Au contraire, le système actuel, avec ses mécanismes de production en série, est précisément ce qui permet de soutenir un marché aussi vaste. Il est plus pertinent de considérer que la « crise » de la K-pop se manifeste différemment selon le genre des artistes.
L’idée que la sophistication du système a étouffé l’individualité est une vision romantique et simpliste. Dans la réalité, il est difficile de dissocier le système des individus qui le composent, car ce sont les individus qui façonnent le système. Les critiques le reconnaissent d’ailleurs : l’identité et l’origine des idoles d’aujourd’hui sont intrinsèquement liées à l’établissement de ce système. Au cours des dix dernières années, marquées par la mondialisation et la croissance exponentielle de la K-pop, l’influence du système n’a jamais faibli.
Il fut une époque où l’empreinte personnelle des artistes primait sur le système. Il y a quinze ans, des compositeurs-producteurs stars comme Brave Brothers, Shinsadong Tiger et Park Jin-young dominaient les charts avec leurs succès. À cette époque, la K-pop était critiquée pour son homogénéité, due à la prédominance des « hook songs ». Il s’agissait d’un effet secondaire d’un marché musical encore peu différencié, où la créativité individuelle jouait un rôle prépondérant. Opposer les « produits » du système à l’« humain » et célébrer leur singularité relève d’une certaine foi naïve dans le rôle de l’auteur. Surtout, la « sincérité » et les « valeurs intrinsèques » sont des solutions trop vagues pour résoudre une crise industrielle.
Comme chacun le sait, les termes « critique » et « crise » partagent la même racine grecque, krinein. Cela signifie que la critique est indissociable de la crise du système et de la crise inhérente au texte. La critique observe, détecte et réfléchit sur la crise. La crise est le lieu de naissance de la critique. C’est pourquoi la critique est irrésistiblement attirée par la tentation d’annoncer la crise, de captiver l’attention du public en définissant de manière radicale la réalité et de se présenter comme un prophète. C’est une déclaration facile qui réduit un problème concret à une exagération journalistique. C’est la raison pour laquelle les « discours de crise » sont si répandus dans tous les domaines.
La conscience que doit avoir la critique est de se méfier du mot « crise » et de l’utiliser avec parcimonie. Ce faisant, elle pourra distinguer une véritable crise d’une simple inertie ou d’un désir de changement. La critique consiste à faire face à la crise, non à la provoquer. Avant d’annoncer une crise et d’en identifier les causes, il convient de vérifier si cette affirmation est fondée sur des faits et, le cas échéant, dans quel contexte elle se situe.
Pour aller plus loin
