Home MondeEst-ce le moment où le Canada prend au sérieux la science et l’économie ?

Est-ce le moment où le Canada prend au sérieux la science et l’économie ?

by Clara Dubois

Publié le 23 novembre 2025 à 06h12. Face à une concurrence économique accrue et aux bouleversements induits par l’intelligence artificielle, le gouvernement canadien cherche à renforcer sa souveraineté technologique et à mieux valoriser ses investissements en recherche et développement, un enjeu central lors de la récente Conférence sur la politique scientifique à Ottawa.

  • Le gouvernement fédéral a alloué 1,7 milliard de dollars dans son dernier budget pour attirer des talents internationaux et soutenir l’innovation.
  • Un rapport du Conseil des académies canadiennes souligne les difficultés persistantes à traduire les résultats de la recherche universitaire en croissance économique.
  • Des experts estiment que des changements structurels plus profonds sont nécessaires pour améliorer l’efficacité du système canadien de recherche et développement.

Les discussions sur les défis canadiens en matière de recherche et développement ne sont pas nouvelles pour les participants réguliers de la Conférence annuelle sur la politique scientifique. Cependant, l’édition de cette année s’est déroulée dans un contexte radicalement différent, marqué par les tensions commerciales avec les États-Unis et l’essor rapide de l’intelligence artificielle (IA). La question de la souveraineté économique du Canada, et de la manière de la consolider grâce à la science et à la technologie nationales, est devenue une priorité pressante.

Le Premier ministre Mark Carney a clairement indiqué que son gouvernement accordait une importance particulière à ce dossier. « Les circonstances économiques et commerciales ont tellement changé que nous n’avons tout simplement pas le choix », a déclaré Karim Bardeesy, député libéral nouvellement élu de Toronto et secrétaire parlementaire de la ministre de l’Industrie, Mélanie Joly.

Selon un rapport publié mardi par le Conseil des académies canadiennes, le Canada peine toujours à transformer les efforts de recherche universitaires en une véritable croissance économique tirée par les entreprises. M. Bardeesy a présenté ce rapport lors de la conférence d’Ottawa, qui s’est tenue à trois reprises cette semaine, dont une session particulièrement suivie.

Le budget fédéral de ce mois-ci prévoit 1,7 milliard de dollars pour attirer plus de 1 000 chercheurs internationaux au Canada. D’autres mesures visent à élargir la portée des crédits d’impôt pour les entreprises investissant dans la recherche scientifique et à renforcer la protection de la propriété intellectuelle. François-Philippe Champagne, ministre des Finances (ancien ministre de l’Industrie), a souligné que l’objectif est de « signaler aux investisseurs que le Canada prend au sérieux ses ambitions en matière de R&D et de réduire les risques liés à l’écosystème d’investissement canadien afin d’attirer de nouveaux investissements en R&D ».

M. Bardeesy a également insisté sur la nécessité d’un changement de culture pour mieux valoriser la recherche canadienne.

« Nous avons besoin que vous poussiez les portes », a-t-il déclaré. « Il ne s’agit pas seulement de science pure, il ne s’agit pas uniquement de fabrication. Chaque secteur représenté dans cette salle a le potentiel, je crois, de mettre ses connaissances au service d’un accord économiquement avantageux avec une entreprise, une organisation à but non lucratif ou un gouvernement, qui peut contribuer à faire progresser la prospérité. »

Karim Bardeesy, secrétaire parlementaire de la ministre de l’Industrie

Plusieurs experts s’accordent à dire que le gouvernement fédéral ne peut pas résoudre ce problème seul. Cependant, des mesures concrètes peuvent être prises pour rendre le système actuel plus agile et plus performant. Parmi celles-ci, une orientation plus claire des conseils de subvention en fonction des priorités nationales et des investissements dans des infrastructures de recherche de pointe. Ces recommandations figurent dans un rapport de 2023 présidé par Frédéric Bouchard, doyen des arts et des sciences à l’Université de Montréal, et ont déjà été évoquées dans plusieurs budgets fédéraux sans être pleinement mises en œuvre.

Baljit Singh, vice-président de la recherche à l’Université de la Saskatchewan et membre du comité du Dr Bouchard, estime que le gouvernement a encore beaucoup de travail pour restructurer le système de soutien à la recherche. Selon lui, le Canada doit saisir les opportunités qui s’offrent à lui sans attendre de nouveaux investissements.

Peter Nicholson, économiste et expert en politiques scientifiques, souligne que le problème ne se limite pas à la stratégie, mais touche à la culture économique canadienne. Il compare la performance du Canada en R&D à celle d’un voilier, où les entreprises représentent le vent et le gouvernement, le gouvernail.

Il y a dix ans, les libéraux fédéraux étaient également sous les projecteurs lors de la Conférence canadienne sur la politique scientifique, peu après l’arrivée au pouvoir de Justin Trudeau. La promesse de « redonner à la science la place qui lui revient » s’est traduite par la restauration du poste de conseiller scientifique fédéral et la mise en place de politiques visant à garantir la liberté d’expression des chercheurs gouvernementaux. Les décisions fondées sur la science concernant le climat, la protection des espèces et la réponse à la pandémie ont généralement été bien accueillies par la communauté scientifique. Cependant, le gouvernement Trudeau a été critiqué pour sa lenteur à agir et son manque de vision sur les questions structurelles liées au financement et à l’organisation de la recherche canadienne. Des recommandations comme celles formulées dans le rapport Bouchard et une étude de 2017 dirigée par David Naylor, ancien président de l’Université de Toronto, ont été acceptées, mais leur mise en œuvre est toujours en cours.

Lors de la prochaine conférence sur la politique scientifique, il sera essentiel de déterminer si la R&D canadienne reste une véritable priorité pour le gouvernement en place ou simplement un sujet de discussion.

You may also like

Leave a Comment