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Face à la perte de biodiversité, les moustiques recherchent le sang humain

by Sophie Martin

Publié le 16 janvier 2024 16:08:00. La disparition progressive des habitats naturels pousse les moustiques à se tourner vers l’humain comme source de nourriture, augmentant ainsi le risque de transmission de maladies virales dangereuses, selon une étude récente menée en forêt atlantique brésilienne.

  • Les moustiques, confrontés à la raréfaction de leurs proies habituelles, manifestent une préférence croissante pour le sang humain.
  • Cette adaptation comportementale, observée dans les zones dégradées de la forêt atlantique, accroît significativement le risque de propagation de maladies telles que la dengue, le Zika et la fièvre jaune.
  • L’analyse de l’ADN du sang prélevé sur les moustiques a permis d’identifier avec précision leurs sources d’alimentation.

La déforestation et la fragmentation des écosystèmes ont des conséquences insoupçonnées sur la santé publique. Une étude publiée dans Frontiers in Ecology and Evolution révèle que la perte de biodiversité modifie le comportement alimentaire des moustiques, les incitant à cibler davantage l’homme. Les chercheurs brésiliens ont mené cette analyse dans des zones fragilisées de la forêt atlantique, un biome riche en espèces animales.

Comprendre les habitudes alimentaires des moustiques est crucial pour anticiper et maîtriser la propagation des maladies qu’ils transmettent. Ces insectes sont en effet vecteurs de virus potentiellement mortels, comme ceux responsables de la fièvre jaune, de la dengue, du Zika et du chikungunya. En se rapprochant des populations humaines, ils trouvent une source de nourriture plus accessible.

« Nous démontrons ici que les espèces de moustiques que nous avons capturées dans les restes de la forêt atlantique ont une nette préférence pour se nourrir des humains. »

Jeronimo Alencar, Institut Oswaldo Cruz de Rio de Janeiro

Cette préférence pour l’homme est d’autant plus préoccupante que la forêt atlantique abrite une grande diversité d’hôtes vertébrés potentiels. Selon Sergio Machado, de l’Université fédérale de Rio de Janeiro, « Ceci est crucial car dans un environnement comme la forêt atlantique, avec une grande diversité d’hôtes vertébrés possibles, la préférence pour l’homme augmente considérablement le risque de transmission d’agents pathogènes. »

Pour leur étude, les scientifiques ont utilisé des pièges lumineux pour capturer 1 714 moustiques appartenant à 52 espèces dans deux réserves naturelles de l’État de Rio de Janeiro. Après avoir laissé les moustiques femelles se nourrir, ils ont extrait l’ADN du sang ingéré et l’ont analysé grâce au séquençage génétique. Cette technique permet d’identifier l’espèce de vertébré dont provient le repas de sang, grâce à un gène spécifique qui agit comme un “code-barres” unique.

Sur les 145 femelles gorgées de sang analysées, l’ADN a pu être identifié pour 24 spécimens. Les résultats ont révélé que 18 d’entre eux s’étaient nourris de sang humain, tandis que les autres avaient consommé du sang d’amphibiens, d’oiseaux, de canidés ou de souris, certains ayant même puisé dans plusieurs sources.

Les chercheurs soulignent la complexité du comportement des moustiques. Si certaines espèces peuvent avoir des préférences innées, la disponibilité et la proximité des hôtes jouent un rôle déterminant dans leur choix de repas. Bien que cette étude constitue une première étape, les auteurs estiment qu’elle peut contribuer à l’élaboration de stratégies de lutte plus efficaces contre les moustiques porteurs de maladies et à la prévention de futures épidémies. Identifier une forte préférence des moustiques pour l’homme dans une zone donnée constitue un signal d’alerte important.

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