Les difficultés à concevoir peuvent être une source de stress intense pour les couples, et les problèmes de thyroïde, souvent méconnus, pourraient en être un facteur déterminant. Des études récentes mettent en lumière l’importance d’un bilan thyroïdien complet, même en cas de résultats considérés comme “normaux”, pour optimiser les chances de grossesse et réduire les risques de fausses couches.
La thyréostimuline (TSH) est généralement le premier examen prescrit pour évaluer la fonction thyroïdienne. Cependant, la définition même d’une TSH “normale” est sujette à débat. En 2001, l’Association américaine des endocrinologues cliniques (AACE) a souligné que des taux de TSH compris entre 3,0 et 5,0 UI/ml devaient être considérés avec prudence, car ils pourraient signaler un début d’hypothyroïdie. Malgré cette recommandation, les médecins ne s’accordent pas toujours sur le seuil à partir duquel un traitement devient nécessaire.
Des recherches, notamment une étude basée sur les données de l’enquête nationale sur la santé et la nutrition III (NHANES III), suggèrent que les valeurs de référence actuelles pour la TSH pourraient être moins fiables qu’on ne le pensait. Les chercheurs ont constaté que les limites supérieures de la plage de référence pourraient avoir été surestimées en raison de facteurs confondants.
Une étude a révélé que les femmes ayant une TSH supérieure à 2,5 mUI/L avaient un taux de grossesse de 21,6 %, contre 56,6 % pour celles dont la TSH était inférieure ou égale à 2,49 mUI/L – soit plus du double. Il est important de noter que, selon les normes courantes, une TSH de 2,5 mUI/L se situe dans la moyenne de la plage de référence (0,45 mUI/L à 4,50 mUI/L, plus ou moins 0,5 mUI/L).
La présence d’anticorps thyroïdiens, même en l’absence de troubles thyroïdiens manifestes, peut également affecter la fertilité. Une analyse de 11 études portant sur des femmes subissant une fécondation in vitro (FIV) a montré que les anticorps thyroïdiens positifs augmentaient le risque de fausse couche. Une autre étude, portant sur des femmes ayant recours à l’insémination intra-utérine (IIU), n’a pas mis en évidence de lien similaire, mais elle présentait des limites méthodologiques.
Une troisième étude a examiné les femmes présentant des anticorps thyroïdiens positifs, négatifs ou ayant un statut thyroïdien inconnu. Chez les femmes dont le statut d’hypothyroïdie subclinique était inconnu, celles qui étaient positives pour les anticorps thyroïdiens avaient un risque accru de fausse couche et un taux d’accouchement plus faible que celles qui étaient négatives.
Cependant, l’étude a également montré que chez les femmes sans hypothyroïdie subclinique avérée, la présence d’anticorps thyroïdiens n’avait pas d’impact significatif sur les résultats de la grossesse. Le risque accru semble donc lié à la progression de l’auto-immunité thyroïdienne, entraînant une augmentation de la TSH.
Une étude clinique menée auprès de 600 femmes ayant une fonction thyroïdienne normale et des anticorps thyroïdiens positifs, subissant une FIV, a testé l’efficacité de l’administration d’hormones thyroïdiennes synthétiques pour réduire les complications. Les résultats ont été décevants : les femmes traitées n’ont pas présenté de meilleurs résultats que celles qui n’ont pas reçu de lévothyroxine.
Les chercheurs se concentrent désormais sur des approches visant à moduler le système immunitaire et à réduire les anticorps thyroïdiens. Des études ont montré qu’une supplémentation en myo-inositol et en sélénium pouvait réduire le risque de développer une hypothyroïdie chez les personnes ayant des anticorps thyroïdiens positifs, et même diminuer les taux de TSH chez celles qui se situaient à la limite supérieure de la plage de référence.
En conclusion, la fonction thyroïdienne, l’auto-immunité et la fertilité sont influencées par de nombreux facteurs, notamment l’alimentation, la gestion de la glycémie, l’exposition aux toxines et l’équilibre hormonal. Un accompagnement personnalisé peut être bénéfique pour les couples rencontrant des difficultés à concevoir.
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