Publié le 11 janvier 2026 23:48:00. L’Argentine et l’Italie adoptent des approches divergentes face au féminicide, soulevant un débat sur l’efficacité des mesures pénales spécifiques et la nécessité d’une évolution culturelle pour lutter contre les violences faites aux femmes.
- En Argentine, le crime de féminicide a été supprimé du code pénal en 2025.
- L’Italie, à l’inverse, a introduit une loi reconnaissant le féminicide comme un crime spécifique, passible de réclusion à perpétuité.
- Les deux décisions suscitent un débat sur l’opportunité de qualifier pénalement un crime en fonction du genre de la victime.
L’année 2025 a été marquée par des choix législatifs contrastés concernant la lutte contre le féminicide. Alors que l’Argentine a décidé de supprimer la qualification spécifique de ce crime de son code pénal, l’Italie a pris le chemin inverse en adoptant une loi visant à mieux protéger les femmes victimes de violences sexistes.
Le ministre argentin de la Justice, Mariano Cuneo Libaroma, a défendu cette suppression en arguant que la qualification de féminicide « trahit l’égalité et l’universalité des lois, génère la discrimination et creuse un sillon de haine, de méfiance et de conflit entre hommes et femmes ». Selon lui, quiconque commet un meurtre doit être jugé comme tel, sans considération du genre de la victime. Cette position s’appuie sur le principe fondamental du droit, qui est son universalité : la loi doit s’appliquer de la même manière à tous.
Cependant, cette approche est contestée par ceux qui estiment que le féminicide, défini comme le meurtre d’une femme par un homme, nécessite une reconnaissance spécifique en raison des motivations sexistes qui le sous-tendent. En Italie, la loi n° 181 du 2 décembre 2025 (en vigueur depuis le 17 décembre) introduit dans le code pénal (article 577-bis) le délit autonome de féminicide, puni de la réclusion à perpétuité. Elle vise à reconnaître la spécificité des meurtres de femmes motivés par la haine ou la discrimination fondée sur le sexe, et à renforcer la protection des victimes grâce à de nouvelles mesures procédurales et de prévention.
Les partisans de cette loi estiment qu’elle marque un tournant important, car elle reconnaît pour la première fois que les féminicides sont enracinés dans une culture qui discrimine les femmes. Ils soulignent que la violence de genre n’est pas un ensemble d’actes isolés, mais un système qui opprime et limite les droits des femmes, jusqu’à leur annihilation physique.
L’avocate Thérèse Manente, responsable juridique de l’association Differenza Donna, nuance cette approche :
« Celui qui m’aime sait bien que le droit pénal ne suffit pas, mais qu’il est nécessaire dans le cadre actuel des règles sociales et juridiques de coexistence dans lesquelles la parole des femmes vaut encore moins lorsqu’il s’agit de rendre justice. »
Thérèse Manente, responsable juridique de l’association Differenza Donna
Elle rappelle que la nouvelle législation s’inscrit dans les obligations assumées par l’Italie avec la ratification de la Convention d’Istanbul et répond aux principes dictés par la dernière directive du Parlement européen sur la violence contre les femmes.
Malgré les avancées législatives, les défis restent nombreux. En Argentine, les féminicides ont continué d’augmenter malgré la loi qui les punissait spécifiquement. En Italie, les procédures judiciaires sont souvent longues, durant jusqu’à cinq ou six ans en raison du manque de structures et de personnel. Cela compromet l’efficacité des mesures de protection et met à nouveau en danger la vie des femmes qui ont porté plainte.
Pour garantir l’application effective des lois, il est crucial d’allouer des investissements spécifiques à la formation des magistrats, des forces de police et des opérateurs de réseaux anti-violence, ainsi qu’à la mise en place de mesures structurelles de prévention et de protection des femmes à risque. L’association Differenza Donna souligne que la lutte contre le féminicide passe également par une prise de conscience culturelle :
« Le féminicide et la violence contre les femmes, comme le phénomène mafieux, on ne la combat pas seulement par des lois mais par une conscience culturelle. Chaque fois qu’il y a des campagnes de sensibilisation et une attention médiatique, nous enregistrons une augmentation des appels téléphoniques au 1522. »
Association Differenza Donna
En conclusion, la question du féminicide est complexe et nécessite une approche multidimensionnelle, combinant des mesures législatives, des investissements financiers et une évolution culturelle profonde. Il est possible d’envisager, de manière transitoire, une règle spécifique pour ce type de crime, mais en étant conscient que cela modifie le principe fondamental de l’égalité devant la loi. Seule une prise de conscience collective permettra de réduire le nombre tragique de femmes tuées par leurs conjoints ou d’anciens partenaires.
Riccardo Rossotto