Le principal instrument de soutien public à l’investissement agricole, le Fonds de développement agricole (FDA), disposera d’un budget de 4,2 milliards de dirhams pour 2027. Ce montant, identique à celui des deux exercices précédents, intervient alors que le gouvernement n’a publié aucun bilan détaillé des bénéficiaires de ces subventions.
Le projet de loi de finances 2027 maintient le plafond des dépenses et les ressources du Fonds de développement agricole à 4,2 milliards de dirhams. Les lois de finances 2025 et 2026 affichaient déjà ce même montant pour financer les incitations à l’investissement dans le secteur agricole. Malgré cette stabilité budgétaire, les documents budgétaires révèlent des variations importantes dans les décaissements réels des années antérieures.
En 2025, la dotation versée par le budget général a atteint 4,48 milliards de dirhams, tandis que les dépenses se sont élevées à 5,27 milliards de dirhams en mobilisant des réserves. Ce niveau de décaissement s’inscrit dans une tendance baissière par rapport aux exercices précédents, puisque le fonds avait dépensé 5,77 milliards de dirhams en 2024 et 4,54 milliards de dirhams en 2023. Grâce à ces reports et réserves, l’exercice 2025 s’est soldé par un excédent de 1,19 milliard de dirhams.
La part prépondérante des aménagements hydro-agricoles
Plus de la moitié des ressources du dispositif sert à l’équipement des parcelles. Sur les 4,15 milliards de dirhams absorbés par les aides à l’investissement en 2025, les aménagements hydro-agricoles ont représenté 2,13 milliards de dirhams. Ces crédits ont permis d’équiper près de 43 500 hectares en systèmes d’irrigation localisée.
Les autres postes de dépenses se répartissent entre la production animale, qui a reçu 494 millions de dirhams, et le matériel agricole, doté de 226 millions de dirhams. Les plantations fruitières ont capté 95 millions de dirhams, la promotion des exportations 84 millions de dirhams et les unités de valorisation 59 millions de dirhams. Une rubrique globale intitulée « autres » absorbe 1,06 milliard de dirhams, soit un quart du total des aides sans davantage de précisions.
| Poste de subvention en 2025 | Montant en dirhams |
|---|---|
| Aménagements hydro-agricoles | 2,13 milliards |
| Rubrique « autres » | 1,06 milliard |
| Production animale | 494 millions |
| Matériel agricole | 226 millions |
| Plantations fruitières | 95 millions |
| Promotion des exportations | 84 millions |
| Unités de valorisation | 59 millions |
Hors investissement direct, le fonds a également versé 685 millions de dirhams au titre de l’assurance agricole selon le rapport annexé au projet de budget. La mise à niveau des filières a bénéficié de 169 millions de dirhams, et l’acquisition de plants de palmier dattier de 78 millions de dirhams.
L’absence de données sur la répartition des bénéficiaires
Le rapport budgétaire ne détaille ni le nombre exact de bénéficiaires ni leur répartition par taille d’exploitation, par région ou par filière. Les critères d’attribution en dessinent toutefois les contours. La structure des subventions repose pour l’essentiel sur des montants calculés à l’hectare ou à l’unité acquise, ce qui mécaniquement profite davantage aux surfaces les plus vastes malgré des taux dégressifs.
Pour l’irrigation de complément, le barème prévoit par exemple un taux de 75 % pour les exploitations de 20 hectares au plus, et de 60 % au-delà. Pour le matériel agricole, le barème diffusé par la Chambre d’agriculture de l’Oriental indique que le nombre de tracteurs subventionnables augmente avec la superficie de l’exploitation. Du côté des exportations, les aides ont soutenu en 2025 plus de 40 000 tonnes d’agrumes et près de 31 000 tonnes de tomates.
Cette opacité statistique rappelle des alertes anciennes. En 2015 déjà, la Cour des comptes avait épinglé le dispositif pour son manque de suivi sur la période 2008-2013, pointant l’absence de données exploitables et le financement de projets non éligibles.
Les projets de révision annoncés par le gouvernement
Face à ces critiques persistantes, l’exécutif admet que l’effet de levier du fonds reste très concentré sur l’équipement. Le gouvernement promet pour 2027 une révision de la grille des incitations afin de moduler les taux d’aide en fonction de la valeur ajoutée et des emplois générés.
Ces nouvelles subventions doivent être contractualisées avec des exigences précises portant sur les économies d’eau, les engagements de production et l’approvisionnement du marché intérieur. La note de présentation du budget prévoit également la création d’un mécanisme de suivi et d’évaluation pour mesurer la valeur ajoutée et les emplois créés, avec un accent mis sur les exploitations familiales et moyennes ainsi que sur les organisations de producteurs.