Home AffairesFournitures d’urgence Migros – Incroyable: de l’essence et du blé ont été stockés dans le lac de Thoune

Fournitures d’urgence Migros – Incroyable: de l’essence et du blé ont été stockés dans le lac de Thoune

by Amélie Bernard

Publié le 26 décembre 2025 18:02:00. Dans les années qui ont précédé la Seconde Guerre mondiale, le fondateur de Migros, Gottlieb Duttweiler, a mis en œuvre des solutions pour le moins originales afin de protéger les réserves de nourriture et de carburant de la Suisse, allant jusqu’à immerger des tonnes de céréales et des barils d’essence dans les lacs suisses.

  • Migros a expérimenté le stockage sous-marin de carburant et de céréales dans les lacs de Thoune et d’Alpnach entre 1938 et les années 1960.
  • L’idée, née de la crainte de raids aériens, visait à créer des réserves invisibles et protégées.
  • Malgré des coûts élevés et des critiques, Gottlieb Duttweiler a poursuivi ces expérimentations jusqu’à sa mort en 1962.

L’histoire commence en 1938, alors que l’ombre de la guerre plane sur l’Europe. Gottlieb Duttweiler, l’entrepreneur visionnaire à l’origine de Migros, s’inquiète de la vulnérabilité des infrastructures suisses face à d’éventuels bombardements. Les entrepôts de carburant et de nourriture, facilement repérables depuis les airs, constituent une cible privilégiée. Sa solution ? Dissimuler ces précieuses ressources sous la surface des lacs suisses.

Le 15 et le 21 septembre 1938, des tests furent menés sur le lac de Thoune, près de Därligen. Selon le quotidien bâlois “National Zeitung”, Duttweiler avait l’intention de couler des réservoirs d’essence pour les protéger des attaques aériennes. Un premier réservoir d’une capacité de 60 000 litres de carburant fut testé. L’article du “Oberländer Tagblatt” du 19 octobre 1938 soulignait la complexité technique de l’opération : « Il est notamment nécessaire d’utiliser un système de refroidissement pour amener l’essence à remplir dans le réservoir à la température de l’eau environnante. Des installations spéciales doivent également être créées pour enfoncer et soulever le réservoir. »

Les premiers essais révélèrent des difficultés et des coûts importants. Le rapport du journal indiquait que la capture et le levage du réservoir prenaient du temps et que l’expérience, bien qu’intéressante, n’était pas encore pleinement réussie. La “Nationalzeitung” résumait la situation : « Surtout, la réalisation de l’idée est très coûteuse; Après tout, les expériences devraient reprendre ultérieurement. »

Duttweiler ne se laissa pas décourager. En juin 1939, il passa à l’échelle supérieure en immergeant 22 wagons de céréales panifiables, soit 230 tonnes, dans le lac de Thoune, près de Därligen. Le réservoir, un monstre d’acier de 250 mètres cubes et d’environ sept mètres de haut, fut peint à l’intérieur avec de la peinture au goudron pour prévenir l’infestation de vermine. L’objectif était de profiter de la température constante de l’eau à 40 mètres de profondeur pour un refroidissement naturel et d’éviter la construction d’entrepôts coûteux. Duttweiler obtint même l’accord du Conseil fédéral pour cette expérience, qui fournit gratuitement le blé nécessaire.

Le journal du parti de Duttweiler, “Die Tat”, salua l’expérience, affirmant que le blé stocké n’avait subi aucune altération après avoir été extrait et livré aux moulins d’Interlaken et de Thoune. Cependant, l’initiative suscita également des critiques virulentes. Le parti social-démocrate “Tagwacht” lança une attaque acerbe le 28 octobre 1939, qualifiant l’opération de « conte de fées des chars sous-marins » et dénonçant des « allégations absolument fausses ». Ils soulignèrent les difficultés de récupération du grain et l’inutilité de cette forme de stockage.

Malgré l’opposition et le manque de soutien du gouvernement, Duttweiler persévéra. Après la Seconde Guerre mondiale, il fit couler un réservoir de 15 mètres cubes de blé dans le lac d’Alpnach à ses propres frais, où il resta pendant six ans. En 1949, il immergea également 100 barils d’huile de noix de coco brute et d’huile d’arachide dans le lac d’Alpnach, puis plus de 2 000 fûts à partir de 1955. Ces expérimentations se poursuivirent jusqu’au début des années 1960.

L’aventure prit fin lorsque la Brünigstrasse, située à proximité, devait être élargie. Les décombres de construction et les débris rocheux risquaient d’endommager les fûts immergés. Migros remonta alors 2 765 barils, comme le rapporte un blog du Musée national.

Les débats autour des réservoirs de stockage de Migros ne s’arrêtèrent pas après la guerre. En 1952, le Grand Conseil bernois s’interrogea sur le sort d’un réservoir rouillé qui dépassait de l’eau dans le lac de Thoune, le qualifiant de « dégradation » du paysage. Le gouvernement bernois expliqua que le réservoir avait été immergé en 1951 avec son accord, dans le cadre d’une expérience visant à étudier la corrosion et l’influence de la température. Il ajouta que Migros était disposée à vérifier la nécessité d’une nouvelle couche de peinture pour des raisons techniques et esthétiques, et que la couleur serait adaptée au paysage. Le gouvernement reconnut que le réservoir perturbait le paysage, mais estima qu’il s’agissait d’une mesure temporaire et qu’il n’était pas nécessaire d’intervenir.

Un détail amusant : le gouvernement bernois mentionna « Migros AG » alors que la coopérative Migros existait depuis dix ans !

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.