Home AffairesFraises et pommes de terre qui poussent dans l’air : voilà comment fonctionne l’aéroponie

Fraises et pommes de terre qui poussent dans l’air : voilà comment fonctionne l’aéroponie

by Amélie Bernard

Publié le 2024-02-29 14:35:00. L’aéroponie, une technique de culture hors-sol de plus en plus sophistiquée, permet une production agricole optimisée mais reste limitée par sa forte consommation énergétique et son coût élevé. Cette méthode innovante, particulièrement développée au Japon, pourrait jouer un rôle croissant dans l’agriculture urbaine et les régions où l’espace est limité.

  • L’aéroponie consiste à cultiver des plantes sans terre, en suspendant leurs racines dans un environnement contrôlé et en les alimentant par un brouillard nutritif.
  • Cette technique permet d’optimiser l’utilisation de l’eau et des nutriments, tout en réduisant le risque de lessivage des engrais.
  • Son déploiement à grande échelle est freiné par sa complexité technique et sa forte demande en énergie.

L’aéroponie représente une alternative prometteuse à l’agriculture traditionnelle, en particulier dans un contexte de raréfaction des ressources et de nécessité d’optimiser les rendements. Contrairement aux méthodes conventionnelles, elle ne nécessite pas de sol et permet un contrôle précis de l’environnement de croissance des plantes. Les racines, maintenues en suspension dans un espace confiné, sont régulièrement aspergées d’une solution aqueuse enrichie en éléments nutritifs essentiels.

Selon Rubén Moratiel Yugeros, professeur à l’Université Polytechnique de Madrid (UPM) et chercheur au CEIGRAN, l’objectif principal de l’aéroponie, comme pour toute technique de culture, est d’accroître la production et la qualité des récoltes.

« Avec l’aéroponie, comme avec tout autre système de culture, l’objectif est de maximiser la production et la qualité des cultures. Si nous pouvons contribuer à la plante au niveau des racines de l’eau, des nutriments, de l’oxygène et une température appropriée, en plus de l’obscurité, car à l’exception de certaines espèces à racines photosynthétiques comme les orchidées, la plupart ont besoin d’obscurité, nous aurons un environnement favorable pour produire de manière contrôlée. »

Rubén Moratiel Yugeros, professeur à l’UPM et chercheur au CEIGRAN

Grâce à l’utilisation de capteurs, les systèmes aéroponiques permettent d’ajuster avec précision le moment et la fréquence de l’irrigation, ainsi que la concentration des nutriments. De plus, l’eau utilisée est recyclée, ce qui réduit considérablement les besoins en eau et limite le gaspillage d’engrais. Cependant, cette approche sophistiquée n’est pas sans défis.

« Le système est complexe, car il faut de la pression pour que les buses fournissent et pulvérisent l’eau, et il faut une dépense énergétique plus élevée que celle des autres systèmes de production », explique Moratiel. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’aéroponie n’a pas connu le même essor que l’hydroponie, une autre technique de culture hors-sol qui utilise des substrats ou des canaux pour acheminer l’eau et les nutriments directement aux racines, sans pulvérisation.

En raison de sa complexité technologique et de sa forte consommation d’énergie, l’aéroponie est actuellement principalement utilisée dans les pays industrialisés, où l’espace cultivable est limité, comme certaines régions du Japon. Le professeur de l’UPM souligne que, dans les pays en développement, l’agriculture commence généralement par la culture en pleine terre, puis par l’amélioration des sols et l’utilisation de serres. L’aéroponie représente une étape ultérieure, nécessitant des infrastructures et des sources d’énergie importantes pour assurer une production sous protection.

« La première chose que l’on va faire dans les pays moins développés, c’est cultiver dans le sol. La prochaine étape est de modifier ces sols, par exemple, grâce à la fertilisation, et ensuite de contrôler l’environnement à travers la construction de serres. Pour cultiver en aéroponie, il faut aller plus loin et disposer de sources d’énergie et d’infrastructures pour grandir sous protection. »

Rubén Moratiel Yugeros, professeur à l’UPM et chercheur au CEIGRAN

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