G7 à Évian : Aide au développement en recul historique de 23 %
Les dirigeants du G7 se réunissent à Évian du 15 au 17 juin 2026 pour traiter de la croissance mondiale et des crises géopolitiques, tandis que la société civile et les représentants africains exigent une réponse urgente face…
Les dirigeants du G7 se réunissent à Évian du 15 au 17 juin 2026 pour traiter de la croissance mondiale et des crises géopolitiques, tandis que la société civile et les représentants africains exigent une réponse urgente face au recul massif de l’aide au développement et aux déséquilibres financiers mondiaux.
L’effondrement historique de l’aide publique au développement
Photo: carenews.com
La présidence française du G7 tente de maintenir l’aide au développement à l’ordre du jour, malgré une réalité budgétaire alarmante. L’aide publique au développement (APD) a subi un recul historique de 23 % en 2025 par rapport à l’année précédente. Ce déclin marque la fin d’une période de hausse et place les objectifs de développement durable de l’ONU, fixés en 2015, dans une position de vulnérabilité face à l’échéance de 2030.
Ce recul s’explique en grande partie par le démantèlement de l’USAID, l’agence américaine qui représentait jusqu’alors 40 % de l’aide humanitaire mondiale, une décision prise par l’administration Trump. Les données actuelles montrent une concentration massive des responsabilités : sur un montant total d’aide de 174,3 milliards de dollars, les pays du G7 couvrent les deux tiers des financements.
Indicateur de l’APD
Valeur / Statistique
Baisse enregistrée en 2025
23 %
Montant total de l’aide
174,3 milliards de dollars
Part financée par le G7
Deux tiers
Prévision de baisse pour 2026
6 %
Le déploiement de la NAFAD et de l’ATIDI
Photo: APS – Agence de Presse Sénégalaise
Face à la raréfaction des ressources publiques, le continent africain structure sa propre autonomie financière. Les conclusions du sommet « Africa Forward », tenu récemment au Kenya, alimentent les discussions du sommet à Évian. Ce mouvement s’appuie sur la Nouvelle architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), un instrument de la Banque africaine de développement (BAD) lancé en avril 2026 à Abidjan.
L’objectif de la NAFAD est de combler le déficit de financement du développement en Afrique, estimé à 400 milliards de dollars par an. Pour y parvenir, l’initiative mise sur la mobilisation de l’épargne locale, évaluée à environ 4 000 milliards de dollars, afin de réduire la dépendance envers les bailleurs extérieurs. L’ATIDI (African trade & Investment development insurance), basée à Nairobi, a été désignée comme l’institution centrale pour mettre en œuvre cette architecture.
11-12 mai 2026 : Sommet « Africa Forward » à Nairobi, marqué par la « Déclaration de Nairobi ».
Avril 2026 : Lancement officiel de la NAFAD en Côte d’Ivoire.
15-17 juin 2026 : Intégration de ces enjeux à l’agenda du G7 en France.
Sidi Ould Tah, président de la BAD, a souligné que le défi majeur pour l’Afrique ne réside pas dans un manque de capitaux, mais dans l’absence de mécanismes capables de transformer le risque en investissements à long terme. Le président kényan William Ruto a d’ailleurs insisté sur la nécessité de recapitaliser l’ATIDI pour permettre au continent de financer ses propres projets.
Les critiques du rassemblement Coordination Sud
Photo: Le Figaro
La pression monte sur les dirigeants des grandes puissances mondiales. Lors d’une réunion tenue le 5 juin à Paris, le rassemblement d’associations de solidarité internationale Coordination Sud a exprimé un profond désillusion. Les ONG dénoncent un multilatéralisme en recul et des coupes budgétaires qui menacent la protection de l’environnement et les droits des femmes.
Robin Guittard, directeur adjoint du plaidoyer au CCFD-Terre Solidaire, via Carenews
Les représentants de la société civile, réunis sous la bannière du Civil Society 7 (C7), pointent également le fardeau de la dette qui pèse sur les pays du Sud. Robin Guittard appelle le G7 à agir pour « enlever le fardeau de la dette » et à soutenir la fiscalité internationale portée par l’ONU. De son côté, Laura Audouard, responsable plaidoyer pour Plan International France, a déploré l’absence de reconnaissance par la présidence française des conséquences du recul des droits humains.
Un sommet entre tensions géopolitiques et urgences sociales
Le cadre de discussion à Évian est lourd de tensions. Si l’agenda officiel inclut la croissance et l’Ukraine, le G7, qui se tient jusqu’à mercredi à Évian, voit ses priorités bousculées par l’actualité diplomatique, notamment la perspective d’un accord entre les États-Unis et l’Iran.
Pendant que les chefs d’État débattent de la flambée des prix du pétrole et de la stabilité du Moyen-Orient, l’enjeu de la réforme financière internationale reste entier. Emmanuel Macron a promis de soutenir les initiatives africaines de rééquilibrage, mais la capacité réelle du G7 à s’engager face à l’hostilité de certains partenaires, comme les États-Unis sur les questions de financement, reste l’incertitude majeure de ce sommet.
Clara Dubois suit l’actualité internationale, les affaires diplomatiques et les grands équilibres géopolitiques. Son travail met l’accent sur le contexte, les faits vérifiables et les conséquences concrètes des événements mondiaux.