Hervé Hasquin, figure emblématique du libéralisme francophone et personnalité majeure du monde académique belge, est décédé lundi dernier à l’âge de 83 ans. L’annonce a été confirmée en fin de journée par le MR. Ancien ministre-président de la Communauté française et ancien recteur de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), il laisse derrière lui un héritage marqué par une rigueur intellectuelle et un caractère affirmé.
Un parcours académique et intellectuel d’exception
Docteur en lettres et en philosophie, Hervé Hasquin a mené une carrière universitaire brillante. Il a marqué l’histoire de l’ULB en occupant le poste de recteur de 1982 à 1986, avant d’assurer la présidence du Conseil d’administration de l’institution jusqu’en 1994. L’université a salué la perte de « l’un de ses plus grands esprits » et d’une « personnalité d’exception ».

Outre ses fonctions de direction, il a été chercheur au FNRS, secrétaire perpétuel de l’Académie royale et fondateur de la première chaire dédiée à la franc-maçonnerie. Auteur et historien, il a continué de publier après sa vie politique, notamment l’ouvrage « Les bleus de la mémoire », dans lequel il revenait sur ses relations avec certains anciens membres du MR. Jusqu’à récemment, il confiait rester très actif intellectuellement à travers l’écriture et la tenue de conférences.
Une ascension politique au cœur du libéralisme
Né à Charleroi, Hervé Hasquin a débuté son engagement public dans le mouvement wallon comme cofondateur du Parti des réformes et de la liberté de Wallonie (PRLW). Il a ensuite joué un rôle clé dans la création du Parti réformateur libéral (PRL), ancêtre du MR. Son ascension au sein de la famille libérale a été rapide : vice-président des libéraux francophones de 1986 à 1989, puis secrétaire général du parti de 1990 à 1992.

Son expérience législative et exécutive a été vaste :
- Sénateur : de 1988 à 1995.
- Ministre à la Région bruxelloise : dès 1995, sous le deuxième gouvernement de Charles Picqué, où il gérait l’Aménagement du territoire, les Travaux publics et le Transport.
- Ministre-président de la Communauté française : de 1999 à 2004, à la tête d’une coalition dite « arc-en-ciel ».
Engagement social et ancrage local à Silly
Loin des projecteurs bruxellois, Hervé Hasquin a maintenu un lien fort avec sa commune de résidence, Silly, où il vivait depuis 1999. Il y a exercé deux mandats de conseiller communal et a présidé le CPAS de 2000 à 2012. Christian Leclercq, bourgmestre honoraire de Silly, a souligné sa vision sociale en milieu rural, notamment via la mise en place de maisons à loyer modéré.

Il a également été l’impulseur, dès 2002, du festival culturel « Théâtre au Vert ». Ce rendez-vous, qui s’apprête à célébrer son 25e anniversaire le 12 août prochain, aurait dû être marqué par sa présence.
Hommages et personnalité
Les réactions après son décès soulignent un homme complexe, décrit comme « autoritaire mais juste » par Olivier Chastel. Richard Miller, ancien opposant étudiant devenu ami, a évoqué un « libéral humaniste » respectueux du débat et des idées, capable de transformer les critiques en humour, citant notamment la caricature « Hasquin requin » que l’intéressé avait fait encadrer dans son bureau.

Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a qualifié Hervé Hasquin de « monument » et de « dirigeant visionnaire », tandis que le socialiste bruxellois Ahmed Laaouej a salué son érudition et son ouverture d’esprit. Après sa carrière politique, il avait également présidé le Conseil d’administration du Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (CECLR), devenu Unia, entre 2008 et 2011.
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