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Histoires inoubliables de 2025 : des changements de pouvoir mondiaux au carrefour démocratique de la Tanzanie

by Clara Dubois

Publié le 3 janvier 2026 à 10h08. En 2025, la Tanzanie a connu une année charnière marquée par une politisation accrue de la vie quotidienne et des remises en question profondes de sa démocratie, parallèlement à des bouleversements géopolitiques et à une érosion des valeurs démocratiques à l’échelle mondiale.

  • La politique, longtemps considérée comme un sujet tabou en Tanzanie, est devenue omniprésente en 2025, touchant toutes les classes sociales.
  • Les changements politiques américains, notamment la politique étrangère de Donald Trump, ont eu des conséquences directes sur les professionnels de l’aide au développement, y compris ceux travaillant pour l’USAID.
  • Les élections de 2025 en Tanzanie ont été entachées de controverses, notamment une coupure d’accès à Internet et des violences signalées, suscitant des inquiétudes quant à la santé de la démocratie dans le pays.

Longtemps reléguée aux débats de couloirs ou aux discussions entre initiés, la politique a envahi l’espace public tanzanien en 2025. Ce qui était autrefois évité est désormais impossible à ignorer, une réalité que beaucoup peinent à accepter. « Ma vie – sinon toutes nos vies – est politique chaque jour », témoigne Fortunata Kitokesya, avocate et experte en droits humains, soulignant que la politique façonne désormais les moyens de subsistance, la dignité, la sécurité et la survie.

Cette politisation accrue s’inscrit dans un contexte mondial de mutations profondes. L’expérience personnelle de Mme Kitokesya illustre les conséquences directes des changements de politique étrangère américaine sous l’administration Trump. Au début de 2025, ses espoirs et ses plans soigneusement élaborés ont été brutalement remis en question, à l’instar de nombreux de ses anciens collègues de l’USAID (Agence américaine pour le développement international) à travers le monde. Ce qui s’est produit en janvier 2025 n’était pas une simple transition politique, mais une rupture révélatrice de la fragilité des valeurs démocratiques face à l’exercice du pouvoir.

La lecture du Projet 2025 – le plan de gouvernance pour un éventuel second mandat de Donald Trump – avait déjà laissé présager des changements majeurs. Initialement, certains professionnels de l’USAID avaient tenté de minimiser l’impact de ces changements, les considérant comme normaux avec l’arrivée d’une nouvelle administration. Mais il est rapidement devenu évident qu’il ne s’agissait pas de simples réformes, mais d’une tendance inquiétante vers des structures oligarchiques où les institutions démocratiques étaient fragilisées par la concentration du pouvoir exécutif.

L’observation des difficultés rencontrées par un pays traditionnellement considéré comme un modèle de démocratie à faire respecter ses propres garanties constitutionnelles a été particulièrement troublante. Les institutions, autrefois perçues comme solides, semblaient paralysées, incapables – ou peu disposées – à exercer pleinement leurs prérogatives. Pour les employés de l’USAID, cette période a été marquée par l’humiliation, en particulier pour les ressortissants américains qui se sentaient dépossédés de leur dignité par leur propre gouvernement. Chaque journée commençait par l’appréhension, la vérification des courriels en provenance de Washington étant devenue une nécessité avant même de quitter son domicile.

Le processus a été caractérisé par un manque flagrant de professionnalisme et un mépris de la dignité humaine, tant de la part des fonctionnaires américains que des agents du service extérieur ayant loyalement servi les intérêts américains à travers le monde. Un bref espoir est apparu lorsque l’on a demandé aux équipes de justifier la pertinence du financement américain pour leurs pays respectifs, en se demandant si ce soutien contribuerait à rendre l’Amérique « plus forte, plus sûre et plus prospère ». Cette rhétorique, familière aux Tanzaniens, rappelait les logiques coloniales du chef Mangungo et de Karl Peters, réactualisées dans un langage moderne. Si le financement des donateurs a toujours été transactionnel, sous l’administration Trump, le caprice impérial est devenu manifeste.

L’accord de paix fragile entre le Rwanda et la République démocratique du Congo en est un exemple frappant, illustrant une diplomatie superficielle et motivée par des intérêts particuliers. Il est clair que le monde entre dans une nouvelle ère, peut-être une période post-démocratique, ou du moins une phase de profonde confusion démocratique. Des démagogues aux tendances autoritaires, à l’image de Donald Trump à l’étranger et de figures similaires dans la région, accèdent au pouvoir par des processus démocratiques qui, bien que formellement intacts, sont fondamentalement étouffés.

De retour en Tanzanie, l’année 2025 a été tout aussi transformatrice et préoccupante. Le pays, souvent surnommé « l’île de la paix », a vu cette étiquette remise en question. Les élections de 2025 ont marqué un tournant. Le jour du scrutin et dans les jours qui ont suivi, le pays a sombré dans l’obscurité – au sens propre comme au figuré – avec la coupure de l’accès à Internet. Ironiquement, même ceux qui avaient un abonnement à la télévision par satellite se sont retrouvés privés d’informations, contraints de se tourner vers les médias étrangers tandis que les médias locaux se concentraient sur l’annonce des résultats présidentiels.

Des rumeurs de coups de feu et de morts ont circulé par SMS, impossibles à vérifier ou à observer sans les réseaux sociaux. Dans certains quartiers, le bruit des grenades lacrymogènes et des tirs sont devenus monnaie courante. En l’espace de deux jours, la peur s’est transformée en une familiarité inquiétante. Ce qui se passait ailleurs se déroulait désormais devant leurs portes. Ces élections, censées être un exercice démocratique, ont été critiquées par la SADC (Communauté de développement de l’Afrique australe) et l’Union africaine, suscitant des condamnations nationales et internationales. La nation est sortie de ce processus profondément divisée, épuisée émotionnellement et inquiète pour son avenir.

Pendant ces jours sombres, la vie quotidienne s’est arrêtée. Les gens n’ont pas pu travailler, les écoles ont fermé et la survie économique est devenue incertaine. Des questions silencieuses persistaient : qu’en est-il des patients hospitalisés ? Qu’en est-il des femmes en travail ? Ce sont là les coûts invisibles d’un processus démocratique effondré.

La convergence des événements mondiaux et nationaux a conduit à une profonde réflexion. Que se passe-t-il lorsque la démocratie est vidée de son sens ? La confiance s’érode, la diplomatie devient transactionnelle, les citoyens perdent confiance dans leurs gouvernements. La question fondamentale se pose : qui doit être le gardien de notre démocratie ? Les partis politiques ? Si oui, il est impératif de remettre en question leurs idéologies et leurs valeurs. L’exemple de Trump est particulièrement préoccupant : un leader dépourvu d’idéologie cohérente, souvent contredisant ses propres propos. Il a commencé son mandat en se présentant comme un partisan de la guerre, mais a autorisé, dans la même année, des frappes contre des installations nucléaires iraniennes.

Et en Tanzanie ? Peut-on faire confiance à nos partis politiques pour sauvegarder la démocratie ? Depuis des années, nous comptons sur eux pour représenter les idéaux démocratiques et proposer des candidats capables de répondre aux besoins et aux aspirations des citoyens. Un parti politique, en tant qu’institution de contrôle, a un rôle crucial à jouer pour éloigner les personnalités dangereuses du pouvoir, comme le souligne cette étude.

Mais le défi ne repose pas uniquement sur les partis. Les électeurs sont également confrontés à une crise de choix. Ont-ils réellement la capacité et l’espace nécessaires pour juger équitablement les candidats ? Une dépendance excessive à la volonté populaire peut être dangereuse, car elle peut conduire à l’élection d’un démagogue qui menace la démocratie elle-même. Cet espace démocratique – essentiel à un choix éclairé – a été érodé par l’afflux massif d’argent dans les processus électoraux. L’argent mine le rôle traditionnel des partis politiques dans l’identification et la formation de dirigeants compétents. Des processus internes du parti aux campagnes nationales, l’argent est devenu le principal moteur.

C’est ainsi que des individus à l’intégrité douteuse – armés d’argent ou de notoriété – parviennent à s’imposer en politique. Je les considère comme des étrangers qui peuvent imposer des programmes contredisant les valeurs et l’idéologie du parti. Un ami, candidat aux élections de 2025, a échoué lors du processus de sélection interne du parti. En réfléchissant à sa défaite, il a fait remarquer avec amertume : « J’apprendrai trois choses à mes enfants : travailler dur, avoir de la sagesse et du bon jugement, et un peu de roublardise. » Bien que cette déclaration puisse sembler humoristique, elle reflète la confusion morale de notre époque démocratique actuelle.

Dans le contexte tanzanien, le problème le plus urgent – en particulier pour les partis d’opposition – est le déclin de la capacité institutionnelle, intentionnellement favorisé par des lois restrictives, comme la Loi sur les partis politiques. Des cas comme les accusations de trahison portées contre Tundu Lissu, président du CHADEMA, et la disqualification de Luhaga Mpina d’ACT Wazalendo dans la course à la présidence ne sont pas des incidents isolés, mais témoignent d’un modèle plus large d’impunité systémique.

Sans institutions politiques fortes, notamment sans une opposition viable, la démocratie ne peut pas survivre. Les citoyens se retrouvent sans véritables alternatives, sans choix significatifs ni voix forte. La réalisation la plus troublante de 2025 est peut-être la suivante : la démocratie n’est plus garantie par le simple processus électoral. Comme le souligne le livre Comment meurent les démocraties, un effondrement démocratique n’a pas besoin d’un plan ; il peut résulter d’événements imprévus et d’une escalade du tac au tac entre un dirigeant qui enfreint les normes et un établissement public menacé.

Cela exige une vigilance constante, un leadership éthique et des institutions suffisamment courageuses pour résister au pouvoir lorsqu’il abuse de sa position. Sans ces éléments, la démocratie ne meurt pas du jour au lendemain : elle s’érode doucement, jusqu’au jour où la politique ne fait plus partie des débats, mais devient simplement quelque chose que nous subissons.

Fortunata Kitokesya est avocate et experte en droits humains. Elle est joignable à [email protected] ou sur X à l’adresse @fortunatak. Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de Le Chanzo. Si vous souhaitez publier dans cet espace, veuillez contacter nos rédacteurs à [email protected].

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