Publié le 27 novembre 2023 10:47. Les troubles du comportement alimentaire, souvent stigmatisés, touchent de plus en plus de personnes, en particulier les jeunes, et ont vu leur incidence augmenter avec la pandémie de Covid-19. Comprendre les causes et les traitements est essentiel pour briser les tabous et améliorer la prise en charge.
- Les troubles du comportement alimentaire (TCA) sont souvent entourés de préjugés qui empêchent les personnes de demander de l’aide.
- La pandémie de Covid-19 a contribué à une augmentation des diagnostics et des hospitalisations pour anorexie, boulimie et hyperphagie boulimique.
- La thérapie cognitivo-comportementale améliorée (TCC-E) est une approche efficace pour les adultes, tandis que la thérapie familiale est privilégiée pour les adolescents.
Se regarder dans le miroir et ne pas s’aimer est un sentiment malheureusement partagé par des millions de personnes à travers le monde. Pourtant, seuls une minorité d’entre elles oseront admettre souffrir d’un trouble du comportement alimentaire (TCA). Derrière le silence se cache une stigmatisation tenace qui entrave le diagnostic et le traitement.
« Au lieu de reconnaître les préjugés comme un problème social, les gens ont tendance à les percevoir comme un défaut personnel », déplore le Dr Riccardo Dalle Grave, responsable du service des troubles de l’alimentation et du poids à l’hôpital Villa Garda en Italie. Des pensées négatives, telles que « je suis paresseux », « je n’ai pas de volonté » ou « je suis répugnant », peuvent s’installer et affecter profondément la vie quotidienne.
Le Dr Dalle Grave regrette la persistance de stéréotypes nuisibles associés à ces maladies. « La stigmatisation prend de nombreuses formes », explique-t-il, citant notamment des représentations médiatiques biaisées et des idées fausses largement répandues. « On entend souvent des jugements hâtifs sur le manque de discipline ou d’incompétence, des affirmations sans fondement scientifique mais rarement remises en question dans la culture occidentale. »
L’anorexie et la boulimie touchent principalement la population adolescente, et pas seulement les femmes.
Les statistiques confirment une augmentation des diagnostics et des hospitalisations pour des TCA ces dernières années. Plusieurs études mettent en évidence un lien avec la pandémie de Covid-19. Une recherche publiée dans le British Journal of Psychiatry (Taquet M. et al., 2021) montre une augmentation significative des nouveaux cas et des consultations/hospitalisations liés à l’anorexie, à la boulimie et à l’hyperphagie boulimique, en particulier chez les jeunes.
Une jeune femme anorexique admise dans le service des troubles alimentaires de la Mutua de Terrassa
« La stigmatisation liée au poids peut avoir des conséquences désastreuses : isolement social, détresse émotionnelle, inégalités en matière de santé », souligne le Dr Dalle Grave. « Chez les adolescents, elle est particulièrement nocive et associée à la dépression, à l’anxiété, aux pensées suicidaires et à une hésitation à consulter un médecin. » Des études montrent que ces effets peuvent avoir des conséquences sur la santé à long terme.
De nombreuses personnes décrivent que leur trouble commence après avoir reçu des commentaires sur leur poids de la part de leurs pairs, de membres de leur famille ou même de professionnels de la santé.
L’isolement social, exacerbé par la pandémie, a favorisé le développement de comportements liés aux TCA, combinant anxiété généralisée, perturbation des routines et une exposition accrue aux contenus des réseaux sociaux. Nombre de personnes n’ont pas réussi à sortir de ce cercle vicieux, aggravé par les pressions sociales et culturelles constantes.
Les personnes souffrant de TCA sont souvent influencées par un idéal esthétique véhiculé par les médias traditionnels et, surtout, par les réseaux sociaux, où les comparaisons incessantes, les filtres et une réalité déformée créent des défis inatteignables. Des comportements tels qu’un contrôle extrême du poids et de l’alimentation sont normalisés, augmentant les facteurs de risque de développer un trouble.
Le traitement idéal pour les adultes : la thérapie cognitivo-comportementale améliorée (TCC-E)
Plusieurs approches thérapeutiques sont validées par la science, en fonction de l’âge et du type de trouble. Pour les adolescents souffrant d’anorexie mentale, la thérapie familiale, impliquant activement les parents et les proches dans le processus de rétablissement (Family-Based Treatment, FBT), est généralement privilégiée et a démontré son efficacité dans des essais cliniques.
Une étude clinique majeure, menée dans les universités américaines de Stanford et de Chicago auprès de 121 participants âgés de 12 à 18 ans diagnostiqués anorexiques, a mis en évidence des améliorations après six à douze mois de ce traitement (Lock J., Le Grange D., et al., 2010).
Depuis des années, une extrême maigreur est constatée sur les réseaux sociaux, la mode, la publicité et tous types de contenus publics.
Pour les adultes, le Dr Dalle Grave recommande la thérapie cognitivo-comportementale améliorée (TCC-E). Cette approche ne remet pas directement en question les croyances liées à l’image corporelle, mais cherche plutôt à comprendre comment le système d’auto-évaluation du patient s’est développé. L’objectif est d’élargir cette base de croyance afin de réduire l’importance accordée au poids et à la forme, et de renforcer d’autres sources d’identité et de valeur.
« Revoir l’histoire personnelle aide les patients à comprendre comment des expériences passées, telles que des critiques sur leur apparence ou l’exposition à une culture de régime, influencent leurs préoccupations concernant leur corps », explique le psychiatre. « Il s’agit de diminuer l’importance accordée au poids et à la forme, et de valoriser d’autres aspects de soi. »
Dr Dalle Grave : « Il s’agit d’un problème social, pas d’un échec personnel. Le résoudre, surtout lorsqu’il est intériorisé, est crucial pour le rétablissement »
Le Dr Dalle Grave insiste sur le fait que « la stigmatisation liée au poids est répandue et néfaste, mais pas inévitable ». Il plaide pour remettre en question les stéréotypes, rejeter la culture de l’alimentation et comprendre les réalités du poids et de la santé. « Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons créer une société où tous les corps seront traités avec dignité », conclut-il. « La guérison commence par la compréhension, la compassion et la reconnaissance du fait que chaque personne mérite le respect. »
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