Publié le 15 décembre 2025 19h17. Une étude récente révèle que le sevrage tabagique peut paradoxalement augmenter la sensibilité à la douleur, obligeant à repenser la gestion postopératoire chez les anciens fumeurs.
- Le sevrage nicotinique est associé à des altérations cérébrales spécifiques qui augmentent la perception de la douleur.
- Les patients ayant récemment arrêté de fumer peuvent nécessiter des doses plus importantes d’analgésiques, notamment d’opioïdes, après une intervention chirurgicale.
- La sensibilité à la douleur tend à se normaliser après environ trois mois d’abstinence.
Des chercheurs chinois ont mis en évidence un lien inattendu entre l’arrêt du tabac et la douleur postopératoire. L’étude, publiée dans le Journal of Neuroscience, suggère que le cerveau des fumeurs en sevrage réagit différemment à la douleur, nécessitant une approche plus attentive de la gestion de la douleur après une opération.
L’étude, menée par Zhijie Lu de l’hôpital Minhang de l’université de Fudan et Kai Wei de l’hôpital de chirurgie hépatobiliaire de l’Est de Shanghai, a analysé les données de 60 patients masculins subissant une hépatectomie partielle. Les participants ont été divisés en deux groupes : ceux qui avaient récemment arrêté de fumer et ceux qui n’avaient jamais fumé. Les chercheurs ont évalué les seuils de douleur, analysé les antécédents de tabagisme et réalisé des IRM fonctionnelles au repos.
Les résultats ont démontré que les fumeurs ayant arrêté de fumer présentaient un seuil de douleur plus bas et une demande accrue d’analgésiques après l’opération, comparativement aux non-fumeurs. Cette observation remet en question les pratiques traditionnelles de gestion de la douleur en milieu chirurgical.
« Nous avons découvert que plus la période d’abstinence est longue, plus la sensibilité à la douleur devient intense, une relation associée à des modèles spécifiques d’activation cérébrale »,
Kai Wei
L’étude a identifié des altérations fonctionnelles spécifiques dans certaines zones du cerveau des fumeurs abstinents, notamment une diminution de l’amplitude des fluctuations à basse fréquence dans le cortex préfrontal ventromédian, une homogénéité régionale accrue dans le gyrus occipital moyen gauche et une diminution de la connectivité fonctionnelle entre différentes régions cérébrales. Ces changements pourraient expliquer l’augmentation de la sensibilité à la douleur observée.
Il est important de noter que cette sensibilité accrue à la douleur est temporaire. L’équipe de recherche précise que la sensibilité à la douleur a tendance à se normaliser après environ trois mois d’abstinence. Cette découverte est cruciale pour adapter les protocoles de gestion de la douleur en fonction de la durée du sevrage tabagique.
Des experts d’EMJ Reviews soulignent que ces observations cliniques étaient déjà connues, mais que l’étude permet de mieux comprendre les mécanismes neuronaux sous-jacents. Ces connaissances pourraient conduire à des interventions plus ciblées pour réduire la dépendance aux opioïdes et améliorer la récupération postopératoire.
Les chercheurs envisagent désormais d’explorer de nouvelles approches pour gérer la douleur chez les fumeurs abstinents, notamment l’utilisation d’analgésiques alternatifs aux opioïdes, des thérapies de remplacement de la nicotine administrées avant la chirurgie et des stratégies de neuromodulation. L’objectif est d’optimiser le soulagement de la douleur tout en minimisant les risques associés à l’utilisation d’opioïdes.
« Notre objectif n’est pas de décourager les fumeurs d’arrêter avant la chirurgie, mais plutôt de comprendre et d’anticiper les défis spécifiques auxquels ils sont confrontés au cours de la période d’abstinence à court terme, afin de développer des stratégies pour atténuer la forte demande d’analgésiques », a conclu Wei.
