Publié le 26 juin 2024. Une équipe de recherche malaguène a mis en évidence un lien crucial entre l’état de santé de l’intestin et la progression de diverses maladies du foie, ouvrant la voie à de nouvelles approches thérapeutiques plus ciblées.
- Des marqueurs d’inflammation et de perméabilité intestinale accrue ont été détectés chez des patients atteints de lésions hépatiques.
- Ces résultats suggèrent que des bactéries intestinales pourraient déclencher ou aggraver les réponses immunitaires impliquées dans les maladies du foie.
- L’étude identifie des biomarqueurs potentiels pour le suivi et l’évaluation de la gravité des lésions hépatiques.
Des maladies du foie, telles que les lésions hépatiques d’origine médicamenteuse (DILI) et les maladies hépatiques associées à un dysfonctionnement métabolique (MASLD), affectent des millions de personnes à travers le monde et constituent un défi majeur pour la santé publique. Souvent complexes à diagnostiquer et à traiter, ces affections sont caractérisées par une diversité de causes et des mécanismes encore mal compris.
Ces dernières années, l’importance de l’axe intestin-foie – un lien étroit établi par un flux sanguin intense et une communication constante entre les deux organes – a été de plus en plus reconnue. Les chercheurs suspectent que ce dialogue bidirectionnel joue un rôle déterminant dans le développement et la progression des maladies hépatiques.
L’étude, publiée dans le prestigieux « Journal britannique de pharmacologie », a analysé des échantillons de sang provenant de plus de 150 participants, incluant des patients souffrant de différents types de lésions hépatiques et des individus en bonne santé. Les analyses ont révélé des niveaux élevés de marqueurs associés à l’inflammation et à une altération de la barrière intestinale chez les patients. Cette observation suggère que des composants bactériens issus du microbiote intestinal pourraient franchir cette barrière compromise et atteindre le foie, où ils agiraient comme des facteurs déclencheurs de réponses immunitaires indésirables, exacerbant ainsi l’inflammation et les lésions.
Selon Daniel E. Di Zeo-Sánchez, Camilla Stephens et Marina Villanueva, principaux auteurs de l’étude,
« Ces résultats offrent une compréhension plus approfondie de l’influence de l’intestin et du système immunitaire sur les lésions hépatiques. Une meilleure compréhension de ces processus constitue la base de la conception de futurs traitements ciblant l’axe intestin-foie qui aident à contrôler l’inflammation et la fibrose chez les patients affectés. »
L’étude met également en lumière le rôle potentiel de certains biomarqueurs, tels que les protéines MCSF-1R ou CD163, dans le suivi de la maladie et l’évaluation de sa gravité. De plus, elle souligne l’implication des macrophages – des cellules clés du système immunitaire – dans la réponse inflammatoire observée au niveau du foie.
Bien que l’étude ne propose pas de traitements immédiats, elle ouvre des perspectives prometteuses pour le développement de stratégies innovantes, notamment l’utilisation de médicaments ciblant des cellules immunitaires spécifiques ou des interventions visant à renforcer l’intégrité de la barrière intestinale.
Cette avancée scientifique est le fruit d’une collaboration étroite entre la plateforme IBIMA BIONAND, l’Université de Malaga (UMA), l’hôpital universitaire Virgen de la Victoria et le CIBER de maladies hépatiques et digestives (CIBERehd). Les professeurs Isabel Lucena et Raúl J. Andrade, de l’UMA – ce dernier occupant également le poste de vice-directeur scientifique de l’institut – dirigent cette ligne de recherche, soutenue par des financements européens et nationaux (HORIZON-HLTH, ISCIII et FEDER). La participation des hépatologues José M. Pinazo et Miren García-Cortés, du Service du Système Digestif de l’Hôpital Universitaire Virgen de la Victoria, a été essentielle pour le recrutement et la caractérisation clinique des patients, assurant ainsi la rigueur scientifique de l’étude.
Raúl Andrade, professeur à la Faculté de médecine, explique :
« Ces résultats offrent une vision intégrative des différents types de lésions hépatiques, mettant en lumière leurs mécanismes d’apparition et de progression. Bien que d’autres études soient nécessaires pour confirmer leur utilité clinique, elles ouvrent une voie prometteuse pour élargir les connaissances et améliorer la gestion de ces maladies d’une grande importance pour la santé de millions de patients. »
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