Publié le 28 décembre 2025 11h30. Le cofondateur de Google, Sergueï Brine, a partagé avec des étudiants de Stanford une leçon inattendue tirée de l’échec des Google Glass : la précipitation peut être plus dangereuse qu’un manque d’audace.
- Sergueï Brine a révélé qu’il avait voulu commercialiser les Google Glass trop rapidement, avant qu’elles ne soient suffisamment abouties.
- Il a mis en garde contre le piège de l’élan et la pression des délais, qui peuvent nuire à une réflexion approfondie.
- Brine a également évoqué le danger de se laisser griser par son propre succès et de croire à son propre mythe.
Lors d’une conférence à l’Université de Stanford, marquant le centenaire de son école d’ingénieurs, Sergueï Brine, cofondateur de Google et d’Alphabet Inc., a partagé une expérience marquante avec des étudiants aspirant entrepreneurs. Interrogé sur l’état d’esprit à adopter pour éviter les erreurs du passé, il a répondu avec une franchise surprenante.
« Lorsque vous avez votre nouvelle idée d’appareil portable, assurez-vous de la peaufiner complètement avant de vous lancer dans des cascades spectaculaires impliquant du parachutisme et des dirigeables », a déclaré Brine, selon le magazine Inc.. Cette remarque, bien que formulée avec humour, soulève une question sérieuse : comment concilier ambition et préparation ?
Lancées en 2013, les Google Glass étaient présentées comme des lunettes intelligentes grand public, permettant aux utilisateurs de visualiser des notifications et d’accéder à certaines fonctions de leur smartphone via un petit écran intégré. Le lancement avait été largement médiatisé et positionné comme un aperçu de l’avenir de la technologie portable. Pourtant, Google a abandonné la version grand public seulement deux ans plus tard.
Avec le recul, Brine estime que le problème ne résidait pas dans l’idée elle-même, mais dans le calendrier.
« Je pense que j’ai essayé de les commercialiser trop vite, avant de pouvoir les rendre suffisamment rentables et suffisamment raffinées du point de vue du consommateur »,
Sergueï Brine, cofondateur de Google et Alphabet Inc., cité par Inc.
Le produit souffrait de problèmes de coût, de conception et d’un malaise croissant du public concernant la protection de la vie privée. Le terme péjoratif de « Glassholes » est rapidement devenu synonyme de la rapidité avec laquelle une nouveauté peut se transformer en rejet si les utilisateurs ne sont pas convaincus.
Pour les étudiants, la leçon à retenir n’est pas que l’échec est inévitable, mais que l’enthousiasme peut parfois être un piège. Agir trop vite peut engendrer une pression qui entrave une réflexion approfondie et une évaluation réaliste des risques.
Brine a également confessé avoir été, à l’époque, victime de son propre ego.
« J’ai un peu sauté le pas en me disant : ‘Oh, je suis le nouveau Steve Jobs, je peux faire ça. Tada !’ »,
Sergueï Brine, cofondateur de Google et Alphabet Inc., cité par Inc.
Cette admission est d’autant plus significative qu’elle émane d’un entrepreneur à succès, souvent perçu comme un modèle. Elle rappelle que même les fondateurs expérimentés peuvent être influencés par les attentes liées à leur propre réputation.
La comparaison avec Steve Jobs met en lumière une tendance culturelle plus large : on a tendance à se souvenir des percées spectaculaires, en occultant les longues périodes de recherche et de développement qui les ont précédées. Les étudiants peuvent ainsi être amenés à croire que la simple conviction suffit à surmonter les obstacles.
Brine a également souligné l’importance de prendre en compte les contraintes de temps et les pressions externes.
« Il y a un tapis roulant qui vous oblige à lancer vos produits à une certaine date. Vous ne pourrez peut-être pas faire tout ce que vous devriez faire dans ce laps de temps »,
Sergueï Brine, cofondateur de Google et Alphabet Inc., cité par Inc.
Il a mis en garde contre une « spirale des attentes », où les délais et les annonces publiques laissent peu de place à la pause et à la réévaluation.
En conclusion, Sergueï Brine a exhorté les étudiants à privilégier la patience et la prudence. Il a insisté sur la nécessité de laisser le temps aux idées de mûrir, de peaufiner les détails et de résister à l’envie de faire ses preuves trop rapidement. L’échec des Google Glass n’a pas entaché la carrière de Brine, mais sa volonté d’en tirer des leçons offre aux futurs entrepreneurs un enseignement précieux : l’impact à long terme dépend autant de la retenue que de l’audace.
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