Publié le 5 novembre 2025 17:21:00. La relation entre le Honduras et la Chine connaît des difficultés majeures, remettant en question les promesses d’investissements et d’opportunités commerciales qui avaient motivé la rupture de liens avec Taïwan. Alors que l’élection présidentielle hondurienne approche, Pékin tente de consolider son influence, suscitant des inquiétudes quant à la souveraineté du pays.
- Le Honduras n’a pratiquement pas bénéficié des avantages commerciaux escomptés après avoir rompu ses relations avec Taïwan au profit de la Chine.
- Pékin a intensifié ses efforts pour influencer l’élection présidentielle de 2025, notamment par des promesses de bourses et des contrats commerciaux de dernière minute.
- Un retournement de situation est possible si le candidat d’opposition, Salvador Nasralla, remporte l’élection et rétablit les liens avec Taïwan.
Deux ans après avoir rompu ses relations diplomatiques avec Taïwan pour reconnaître la République populaire de Chine, le Honduras constate que les promesses d’un « partenariat historique » peinent à se concrétiser. Les dirigeants honduriens espéraient attirer des investissements massifs, ouvrir de nouveaux marchés pour leurs produits et offrir davantage de bourses d’études à leurs citoyens. Au lieu de cela, la relation s’est transformée en une source de déception, voire de manipulation, selon certains observateurs.
En 2023, Pékin avait présenté la victoire diplomatique au Honduras comme un trophée. Pour les Honduriens, l’ouverture du marché chinois était censée dynamiser les exportations de crevettes, de café et d’autres produits agricoles. Pourtant, à la fin de 2024, un seul conteneur de marchandises avait été vendu. Javier Amador, président de l’Association nationale des aquaculteurs, a qualifié cette situation de « désagréable et grossière ». Des usines étaient prêtes à expédier des centaines de conteneurs, mais les commandes n’ont jamais été confirmées. L’accord de libre-échange, qui devait faciliter l’accès des produits agricoles honduriens au vaste marché chinois, est resté lettre morte.
Les bourses d’études et les projets d’infrastructure, largement médiatisés en 2023, se sont évaporés discrètement. Coïncidence troublante, alors que la campagne présidentielle de 2025 s’intensifiait et que les sondages plaçaient le candidat d’opposition, Salvador Nasralla, en tête, l’ambassade de Chine a soudainement multiplié les initiatives.
Un regain d’activité soudain
Après plus de deux ans de silence, Pékin s’est empressé de relancer son programme de bourses, mais la mise en œuvre s’est avérée chaotique. Les étudiants n’avaient que onze jours pour soumettre leur candidature, ce qui a suscité une vague de critiques et a conduit à un report de la date limite. Un protocole d’accord a finalement été signé en août pour formaliser l’offre de bourses annuelle.
Le même mois, l’ambassadeur Salvador Moncada a supervisé la signature de nouveaux contrats pour l’exportation de crevettes vers la Chine, pour une valeur de plus de 50 millions de dollars sur les deux prochaines années. Beaucoup y ont vu une tentative de soudoyer l’électorat en faveur du parti au pouvoir.
Le 11 septembre, le Parti Libre, au pouvoir, a organisé une délégation – qui aurait été dirigée par le Parti communiste chinois – à destination des membres du Congrès intéressés. Cette délégation était dirigée par le vice-président du Congrès, Rasel Tomé, et aucun représentant du parti libéral n’a répondu à l’invitation.
Toujours en septembre, Pékin a fait don de quelques cartons de matériel informatique au Congrès. Les médias d’État ont présenté ce geste comme une preuve de « l’amitié pour la prochaine génération ». Pour de nombreux Honduriens, cette soudaine générosité semblait forcée. À Taipei, on ne pouvait s’empêcher d’y voir un schéma familier.
Le comportement de Pékin au Honduras s’inscrit dans une tendance observée ailleurs. Ce cycle – surpromesse, indifférence, puis tentative de reconquête – est en train de devenir le réflexe diplomatique de la Chine. Au lieu de construire des relations durables, Pékin semble considérer les petites nations comme des pions politiques à manipuler par des démonstrations d’attention lorsque leur loyauté vacille.
Ce type de diplomatie, qualifiée de diplomatie réactive, est rapide, bruyante, mais fondamentalement fragile.
Une opportunité pour Taïwan
Salvador Nasralla continue de gagner du terrain dans les sondages, et s’il est élu, il a promis de rétablir les relations avec Taïwan. Le Honduras deviendrait alors le premier pays, depuis Sainte-Lucie en 2007, à revenir dans l’orbite de Taipei.
Une telle décision remettrait en question l’idée que les gains diplomatiques de la Chine sont irréversibles. Elle mettrait également en évidence le contraste entre l’approche transactionnelle de Pékin et la patience de Taïwan.
Pendant des décennies, la coopération de Taïwan en Amérique latine s’est concentrée sur l’agriculture, l’éducation et les projets communautaires. Les résultats ont été modestes, mais tangibles : des exploitations aquacoles, des programmes de formation professionnelle pour les femmes, des plantations d’avocats bénéficiant de l’expertise taïwanaise subsistent encore aujourd’hui. Même après le changement de gouvernement, de nombreux Honduriens considèrent Taïwan comme un partenaire fiable, qui tient ses promesses.
Les promesses de la Chine, en revanche, restent largement théoriques – un simple spectacle de poignées de main et de communiqués de presse.
Au-delà de l’Amérique latine
La situation au Honduras n’est pas isolée. En Afrique, dans le Pacifique et en Asie du Sud-Est, l’enthousiasme initial suscité par Pékin se transforme souvent en inertie une fois que l’attention médiatique s’est estompée. Les injections initiales de liquidités dans le cadre de l’initiative « la Ceinture et la Route » (Belt and Road Initiative) ont diminué à mesure que la Chine se concentre sur le renforcement de son économie interne. Cette situation révèle une faiblesse plus profonde : la diplomatie chinoise est axée sur des victoires à court terme plutôt que sur la construction d’une confiance durable.
Pour Taïwan, cela représente une opportunité stratégique rare. Taipei ne peut pas rivaliser avec les ressources de Pékin, mais ce n’est pas nécessaire. La crédibilité est son atout majeur. Les programmes qui ont un impact réel sur les communautés – missions médicales, formation agricole, éducation numérique – ont plus de poids que des promesses de milliards de dollars qui ne se concrétisent jamais.
Si le Honduras rétablit ses liens avec Taïwan, cela prouvera que le soft power fondé sur la fiabilité peut triompher de la coercition et du spectacle.
Le facteur humain
La diplomatie est souvent abordée de manière abstraite – alliances, reconnaissance, influence – mais, au fond, elle se résume aux relations humaines. En Amérique centrale, beaucoup se souviennent de la présence de Taïwan non pas à travers des politiques, mais à travers des expériences personnelles : une bourse d’études, une clinique médicale, un projet agricole qui a amélioré les revenus d’une famille.
Cette mémoire collective est l’atout discret de Taïwan. Elle ne peut être achetée ni menacée.
Le défi de Pékin est qu’il s’appuie sur les gouvernements, tandis que Taïwan se connecte directement aux populations. Lorsqu’une nouvelle administration prend ses fonctions dans un pays comme le Honduras, le coût politique d’un retour à Taïwan diminue, car les citoyens savent déjà qui a tenu ses promesses.
Perspectives d’avenir
La diplomatie réactive de la Chine peut gagner du temps, mais elle ne peut pas acheter la confiance. Chaque don précipité et chaque contrat de dernière minute témoignent de la même crainte : que son influence soit plus fragile qu’il n’y paraît.
Pour les petits pays, cette prise de conscience constitue un levier. Ils peuvent exiger une véritable coopération plutôt que des gestes ponctuels. Pour Taïwan, cela confirme que la cohérence reste la forme de persuasion la plus puissante.
Si le Honduras revient, ce ne sera pas seulement un allié de plus sur la liste de Taipei. Ce sera la preuve que les relations fondées sur le respect mutuel peuvent survivre aux jeux de pouvoir mondiaux et que, parfois, le partenaire discret finit par l’emporter.
(Photo en vedette de Salvador Nasralla Facebook)
