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La guerre de l’électricité – Robert Bryce

by Amélie Bernard

Publié le 25 novembre 2025 10:24:00. Les infrastructures énergétiques russes et ukrainiennes sont devenues des cibles privilégiées dans le conflit en cours, une stratégie qui s’intensifie et qui pourrait, selon des propositions de paix récentes, aboutir à un transfert partiel de la production d’électricité de la centrale nucléaire de Zaporizhzhia à la Russie.

Dimanche 24 novembre 2025, des drones ukrainiens ont frappé la centrale électrique de Shatura, située à environ 120 kilomètres à l’est de Moscou. Cette installation alimentée au gaz, d’une capacité de 1 500 mégawatts (1,5 gigawatts), fournit chaleur et électricité aux 33 000 habitants de la ville. L’attaque a provoqué un incendie qui a endommagé trois transformateurs, et les autorités locales s’efforcent de rétablir rapidement le chauffage. Selon l’agence Reuters, il s’agit de l’une des frappes les plus importantes jamais menées par Kiev contre une centrale électrique située au cœur du territoire russe.

Cet incident survient deux semaines après une série d’attaques similaires ciblant les infrastructures énergétiques russes dans les villes de Belgorod, Voronej et Taganrog. En parallèle, l’armée russe a mené des centaines d’attaques contre le réseau électrique ukrainien.

Le ciblage des centrales électriques est une tactique courante dans les conflits armés. Comme l’expliquait déjà Robert Bryce dans son article « L’ennemi de mon ennemi est mon fournisseur d’électricité », les États-Unis ont régulièrement attaqué les infrastructures électriques lors de guerres antérieures, notamment en Corée, au Vietnam et en Irak. Lors de la première guerre en Irak, la campagne de bombardement américaine a réduit la capacité de production d’électricité du pays d’environ 9 500 mégawatts à seulement 300 mégawatts. Un analyste a conclu que ces attaques avaient « pratiquement éliminé toute capacité du système électrique national irakien à produire ou à transférer de l’électricité ».

Plus récemment, l’armée israélienne a à plusieurs reprises ciblé la seule centrale électrique de la bande de Gaza. En 1999, lors de l’opération Allied Force, des chasseurs F-117 américains ont bombardé une centrale électrique à Novi Sad, en Serbie, coupant l’alimentation électrique de 70 % du pays.

Les planificateurs militaires ciblent les réseaux électriques pour une raison simple : ils constituent l’épine dorsale de nos sociétés modernes. L’électricité est la forme d’énergie la plus importante au monde, et tous nos systèmes sociétaux essentiels en dépendent. En détruisant le réseau électrique d’un adversaire, on affaiblit l’ensemble de sa société, y compris sa capacité à mener la guerre.

La guerre en Ukraine marque un tournant dans l’histoire des conflits, en ce qui concerne le ciblage des infrastructures énergétiques. Au cours des 45 mois qui ont suivi l’invasion russe, les deux parties ont lancé un nombre sans précédent d’attaques contre leurs réseaux électriques respectifs. De plus, selon les termes d’un accord de paix proposé par l’administration Trump, la Russie pourrait obtenir la moitié de l’électricité produite par la centrale nucléaire de Zaporizhzhia – la sixième plus grande centrale nucléaire du monde (d’une capacité de 5 700 mégawatts) – comme butin de guerre. Une centrale électrique en état de marche, et encore moins une centrale nucléaire massive, n’a jamais fait partie d’un accord de paix auparavant.

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