Home MondeLa Russie se trouve dans une position difficile en mer Baltique. La percée a eu lieu en 2023 et 2024.

La Russie se trouve dans une position difficile en mer Baltique. La percée a eu lieu en 2023 et 2024.

by Clara Dubois

Publié le 12 octobre 2025 à 22h04. La mer Baltique, voie maritime et énergétique cruciale pour la région, voit sa sécurité renforcée par l’OTAN face à une Russie dont les capacités navales sont de plus en plus contestées, notamment depuis l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’Alliance.

  • L’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN modifie profondément l’équilibre des forces en mer Baltique.
  • La Russie tente de compenser ses vulnérabilités en recourant à des tactiques hybrides et à des opérations en dessous du seuil de guerre.
  • L’OTAN renforce sa présence et ses capacités de surveillance sous-marine pour protéger les infrastructures critiques.

La mer Baltique est un enjeu stratégique majeur pour les pays riverains, notamment la Pologne, en raison de son importance pour le transport de marchandises et de matières premières énergétiques. Des infrastructures clés, telles que le terminal GNL de Świnoujście, le terminal flottant FSRU prévu à Gdańsk, le gazoduc Baltic Pipe et le Naftoport de Gdańsk, jouent un rôle essentiel dans la sécurité énergétique de la région. Ces installations, situées sur la côte ou en haute mer, sont cependant vulnérables à des attaques et à des actes de sabotage.

La Russie dispose d’une présence navale significative dans la région, avec sa flotte baltique basée dans l’oblast de Königsberg et près de Saint-Pétersbourg. Cette flotte comprend des sous-marins, des destroyers, des frégates, des corvettes et des navires lance-missiles, ainsi que des unités de la flotte de la mer Noire déployées dans la région.

L’évolution géopolitique récente a considérablement compliqué la position de la Russie. L’adhésion de la Finlande (en 2023) et de la Suède (en 2024) à l’OTAN a renforcé les capacités navales de l’Alliance dans la région. Avec le soutien de la Pologne, de l’Allemagne et du Danemark, l’OTAN dispose désormais d’un avantage numérique et technologique presque écrasant. La situation est particulièrement délicate pour les forces russes stationnées dans le golfe de Finlande, qui pourraient être facilement bloquées en cas de conflit par des barrages anti-mines ou des missiles anti-navires, comme le démontrent régulièrement les exercices menés par l’unité de missiles maritimes polonaise.

Plusieurs zones géographiques sont particulièrement sensibles. Outre le golfe de Finlande, les détroits danois, reliant la mer Baltique à la mer du Nord et à l’océan Atlantique, représentent un point de passage stratégique vulnérable. Ces passages étroits pourraient être bloqués non seulement par des actions militaires, mais aussi par des incidents déguisés en accidents.

Les îles, notamment Gotland, revêtent également une importance capitale. Selon Volodymyr Zabłockij, analyste et expert militaro-naval du portail Defence Express,

« L’importance de cette île peut être comparée à celle de la Crimée. Celui qui contrôle Gotland contrôle toute la mer Baltique. »

Volodymyr Zabłockij, analyste et expert militaro-naval, Defence Express

L’île, qui fait partie de la Suède, est en cours de remilitarisation en raison des craintes liées aux actions de la Russie. Les îles Åland sont également cruciales pour le contrôle des entrées du golfe de Finlande et du golfe de Botnie. Leur occupation et le déploiement de missiles anti-navires pourraient paralyser la navigation civile.

Consciente de ces enjeux, la Russie cherche à développer des scénarios opérationnels pour prendre l’avantage et neutraliser les capacités navales des pays de l’OTAN. Elle privilégie une approche de guerre hybride, visant à opérer en dessous du seuil de conflit ouvert pour éviter une implication totale des forces de l’OTAN. L’amiral James Stavridis, ancien commandant suprême de l’OTAN, souligne que

« Les actions de la Russie consistent à adapter la version terrestre de la guerre hybride aux conditions maritimes. Cela signifie utiliser des navires civils pour recueillir des renseignements, endommager et détruire des infrastructures sous-marines clés, et les utiliser comme plates-formes pour transporter et lancer des drones. »

Amiral James Stavridis, ancien commandant suprême de l’OTAN

Des activités de ce type ont déjà été observées, notamment l’incident de décembre 2024 qui a conduit à la coupure des câbles sous-marins reliant la Finlande et l’Estonie, impliquant une flotte de pétroliers russes. Des violations de l’espace aérien, comme le survol de la plateforme pétrolière polonaise par des avions militaires russes, ont également été signalées.

Face à cette situation, une réponse de l’OTAN est nécessaire. L’amiral Stavridis préconise l’identification, la surveillance et le suivi des navires impliqués dans des opérations illégales, ainsi que le recours à des unités spéciales telles que les Navy Seals américains et leur équivalent polonais, la JW Formoza, qui ont déjà coopéré dans des opérations dans le golfe Persique.

L’opération Baltic Sentry, lancée en janvier 2025, vise à protéger les infrastructures sous-marines contre de nouveaux actes de sabotage, en utilisant des navires de surface, des sous-marins, des avions et des drones sous-marins.

La marine polonaise joue un rôle essentiel dans cette surveillance permanente de l’espace maritime. Cependant, ses capacités doivent être renforcées. Les navires actuels (un sous-marin, deux frégates et plusieurs unités de missiles) sont insuffisants pour assurer une protection efficace des côtes et des infrastructures polonaises, ainsi que pour participer pleinement aux activités de l’OTAN. Lors du salon Baltexpo-25 (7-9 octobre), des discussions ont porté sur les programmes de modernisation de la flotte polonaise, notamment la construction de trois sous-marins (programme Orka), d’un chasseur de mines Czajka et d’un navire de reconnaissance radioélectronique Henryk Zygalski. Le lancement de la frégate Burza (programme Miecznik) et d’un navire de sauvetage est également prévu, ainsi que la mise en service de la frégate Wicher d’ici mi-2026, portant à trois le nombre de frégates de ce type.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.