Un cessez-le-feu est entré en vigueur vendredi matin à Alep, en Syrie, après plusieurs jours de combats intenses entre l’armée gouvernementale et les Forces démocratiques syriennes (FDS) soutenues par les États-Unis. Ces affrontements, les plus violents depuis l’arrivée au pouvoir des autorités islamistes il y a un peu plus d’un an, ont provoqué le déplacement de milliers de civils.
Le ministère syrien de la Défense a annoncé le cessez-le-feu à proximité des quartiers de Cheikh Maqsud, Achrafiyeh et Bani Zeid, précisant qu’il prendrait effet à 3 heures du matin. Les combattants kurdes ont reçu l’ordre de quitter ces zones avant 9 heures du matin (6 heures GMT). L’objectif affiché par Damas est de permettre aux civils déplacés de « retourner et de reprendre leur vie normale dans une atmosphère de sécurité et de stabilité », selon un communiqué officiel.
Les combats avaient éclaté mardi, les deux parties s’accusant mutuellement d’avoir initié les hostilités. Ils interviennent dans un contexte de négociations difficiles visant à intégrer les forces et l’administration kurdes au sein du gouvernement central syrien, un accord conclu en mars dernier mais dont la mise en œuvre a été freinée par des désaccords, notamment sur la question d’une éventuelle décentralisation du pouvoir.
Selon la télévision d’État syrienne, environ 16 000 personnes ont fui les combats. Une habitante d’Achrafiyeh, Rana Issa, 43 ans, a témoigné des difficultés rencontrées : « Nous avons traversé des moments très difficiles… mes enfants étaient terrifiés. Beaucoup de gens veulent partir, mais ont peur des tireurs embusqués. »
Mazloum Abdi, qui dirige les FDS, a déclaré que ces attaques « compromettent les chances de parvenir à un accord », soulignant l’impact négatif des violences sur le processus de négociation.
Les FDS contrôlent une vaste zone riche en pétrole dans le nord et le nord-est de la Syrie et ont joué un rôle déterminant dans la défaite territoriale du groupe État islamique en 2019. Alep, cependant, est considérée comme une zone particulièrement vulnérable pour les forces kurdes.
Par ailleurs, des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes. À Qamishli, dans le nord-est contrôlé par les Kurdes, des centaines de personnes ont protesté contre les violences à Alep, appelant la communauté internationale à intervenir. « Nous appelons la communauté internationale à intervenir », a déclaré Salaheddin Sheikhmous, 61 ans. Des rassemblements similaires ont eu lieu en Turquie, à Diyarbaki, une ville à majorité kurde.
Aron Lund, chercheur au centre de recherche Century International, met en garde contre une escalade potentielle : « Les deux parties tentent toujours de faire pression l’une sur l’autre et de rallier le soutien international. » Il souligne que « si les hostilités s’enveniment, un conflit complet entre Damas et les FDS dans le nord de la Syrie, avec potentiellement une participation turque et israélienne, pourrait être dévastateur pour la stabilité de la Syrie. » La Turquie, qui partage une frontière de 900 kilomètres avec la Syrie, a déjà mené plusieurs offensives contre les forces kurdes à la frontière.