L’argent affichait une flambée spectaculaire, alimentée par des récits de dépréciation monétaire et de demande industrielle croissante. Mais cette envolée est-elle justifiée, ou assiste-t-on à l’éclosion d’une nouvelle bulle spéculative ?
Les prix de l’argent ont grimpé en flèche ces dernières années, multipliant par quatre leur valeur. Les partisans de cette hausse pointent du doigt la dépréciation du dollar américain comme principal moteur. Ils y ajoutent une offre limitée, combinée à une demande soutenue de la part des industries, notamment dans les secteurs de l’énergie solaire, de l’électrification et de l’intelligence artificielle.
Cependant, cette analyse est contestée. Selon nos informations, le dollar ne subit pas de dépréciation significative. De plus, même si un déséquilibre entre l’offre et la demande d’argent est observable, il ne semble pas suffisant pour expliquer l’ampleur des hausses de prix constatées ces derniers temps.
Les investisseurs en argent doivent également rester prudents : les autorités monétaires, comme le CME et le gouvernement, pourraient intervenir pour dégonfler cette bulle, comme ils l’ont déjà fait par le passé.
Pour aider les investisseurs à évaluer la situation, nous adoptons une nouvelle approche en analysant un phénomène récent : les « microbulles ». Ces dernières se caractérisent par des cycles de prix courts et intenses, souvent alimentés par des récits spécifiques, mais dont l’impact sur les marchés financiers reste limité.
Contrairement aux grandes bulles historiques, telles que la crise financière de 2008 ou l’éclatement de la bulle internet en 2000, les microbulles sont isolées et moins systémiques. Elles peuvent générer des profits importants pour ceux qui les détectent tôt et savent exploiter les récits qui les accompagnent, mais elles s’avèrent coûteuses pour les investisseurs qui tardent à comprendre les mécanismes en jeu.
Depuis 2020, plusieurs microbulles se sont succédé, chacune avec son propre récit. Examinons quelques exemples pour mieux comprendre les dynamiques à l’œuvre et les comparer à la situation actuelle sur le marché de l’argent.
Les cryptomonnaies alternatives et les NFT ont connu une ascension fulgurante, portée par une politique monétaire accommodante, l’arrivée de nouveaux investisseurs particuliers, les réseaux sociaux et la peur de passer à côté d’une opportunité (FOMO). Des milliers d’altcoins et de jetons non fongibles (NFT) ont vu leur prix s’envoler, malgré une valorisation initiale quasi nulle et un manque d’utilité concrète.
Le récit dominant était que la cryptomonnaie, sous toutes ses formes, allait révolutionner le système financier, perturbant les banques traditionnelles, les paiements, les jeux en ligne, le stockage de données, les réseaux sociaux et même les monnaies fiduciaires. L’utilité de ces actifs était souvent promise pour plus tard, justifiant ainsi des valorisations extrêmes.
Les actions mèmes, comme GameStop (NYSE:GME), AMC (NYSE:AMC) et BlackBerry (NYSE:BB), ont également été au cœur d’une bulle spéculative. Ces entreprises, considérées comme en difficulté financière par les investisseurs professionnels, ont vu leur cours de bourse s’envoler grâce à l’action coordonnée de petits porteurs sur les réseaux sociaux (Reddit, Discord). Ces hausses de prix n’étaient pas liées à une amélioration de la situation financière des entreprises, mais plutôt à l’effet de levier des options, à la dynamique de marché et aux ventes à découvert forcées.
Le discours dominant présentait ces actions comme une révolte populiste contre Wall Street, opposant les investisseurs particuliers aux fonds spéculatifs. L’achat de ces titres était perçu non seulement comme une spéculation, mais aussi comme un activisme financier visant à punir les investisseurs institutionnels. Cette justification morale a incité certains investisseurs à ignorer les risques liés à des valorisations excessives.
Les sociétés de trésorerie crypto, telles que MicroStrategy (NASDAQ:MSTR) et BKKT Holdings (NYSE:BKKT), ont vu le cours de leurs actions de plus en plus influencé par le prix du Bitcoin. Ces entreprises ont émis des obligations ou des actions pour financer l’acquisition de cryptomonnaies, créant une boucle réflexive où la hausse des prix du Bitcoin stimulait les cours de leurs actions, permettant ainsi de nouvelles acquisitions.
Le récit sous-jacent était que les investisseurs récompenseraient en permanence les entreprises exposées au Bitcoin. Lorsque les prix des cryptomonnaies ont chuté, cette hypothèse s’est avérée fausse.
Enfin, les entreprises bénéficiant de la pandémie, comme Zoom (NASDAQ:ZM), Peloton (NASDAQ:PTON), Teladoc (NYSE:TDOC), Roku (NASDAQ:ROKU) et DocuSign (NASDAQ:DOCU), ont vu leur cours de bourse s’envoler, les investisseurs extrapolant une demande temporaire à un changement structurel permanent. Lorsque l’activité économique a repris son cours normal, les revenus ont ralenti, les marges se sont amenuisées et les cours de bourse ont chuté.
Ces entreprises étaient présentées comme des « infrastructures essentielles » pour un monde post-pandémique, justifiant ainsi des multiples élevés. Or, cette promesse ne s’est pas concrétisée.
Revenons à l’argent. Le récit qui soutient actuellement les prix repose sur sa double nature : métal précieux et métal industriel. Les investisseurs en métaux précieux considèrent l’argent comme un actif à effet de levier ou comme de l’or à bêta élevé, un rempart contre la dépréciation monétaire et les déficits budgétaires. Par ailleurs, l’argent est présenté comme un métal industriel essentiel, dont la demande augmente en raison des panneaux solaires, de l’électrification, des centres de données et de l’expansion du réseau électrique.
Nous avons déjà réfuté l’argument de la dépréciation monétaire. Si un déséquilibre entre l’offre et la demande d’argent est réel, il ne justifie pas, selon nous, la flambée actuelle des prix. Le graphique ci-dessous ressemble-t-il au début d’une bulle, ou reflète-t-il fidèlement les fondamentaux et la possibilité d’une dépréciation du dollar ?
En conclusion, le seul point commun à toutes les microbulles que nous avons examinées est l’attrait des récits qui ont poussé les prix bien au-delà de toute valeur économique réaliste. Lorsque l’élan s’est estompé, ces récits se sont effondrés, révélant que les prix étaient basés sur des croyances erronées et la cupidité, et non sur une valeur économique durable. L’argent peut-il être considéré comme une microbulle ? La réponse dépend de votre adhésion aux récits sous-jacents. Mais même si ces récits contiennent une part de vérité, la bulle peut éclater si le prix dépasse largement sa juste valeur.