Publié le 17 décembre 2023 à 06h33. Avant Noël, les festivités modernes trouvent un écho surprenant dans les Saturnales, une ancienne fête romaine marquée par la débauche, l’inversion des rôles sociaux et une célébration de l’abondance.
Alors que les jours précédant Noël sont souvent synonymes de courses effrénées, de soirées animées et de préparatifs culinaires, il est tentant d’oublier que des célébrations similaires existaient il y a plus de 2 000 ans. Du 17 au 23 décembre, les Romains honoraient Saturne, dieu de l’agriculture, de la fertilité et du renouveau, lors des Saturnales, une période perçue comme un véritable carnaval de décadence.
Loin d’être une simple fête religieuse, les Saturnales étaient une parenthèse dans la vie quotidienne, une occasion de renverser les normes sociales. Imaginez une fête d’entreprise où un bonus inattendu ou une réussite collective met tout le monde de bonne humeur. Le patron offre le champagne, les contraintes professionnelles s’effacent, les cravates sont dénouées, les rancunes oubliées et les flirtations se multiplient.

Les Saturnales étaient l’occasion de se laisser aller à des excès, avec des festins gargantuesques, une consommation abondante de vin chaud et une atmosphère carnavalesque. Les jeux d’argent, habituellement mal vus, étaient socialement acceptables, et les spectacles pouvaient même se dérouler en tenue légère. Le poète romain Catulle qualifiait ces jours de « meilleurs jours », soulignant l’importance de cette libération temporaire des contraintes sociales.
Les maîtres servaient les esclaves, les classes sociales se mélangeaient, et les rôles de genre étaient inversés. Le travestissement était encouragé, et l’on pouvait assister à des scènes d’orgies, une expression de la liberté et de la débauche permises pendant cette période. L’anthropologue Susan Lanigan souligne que les Saturnales visaient à imiter la liberté sociale de la culture grecque, encourageant ouvertement le drag et toutes formes d’expression libérée :
« Les Saturnales visaient à imiter la liberté sociale inhérente à la culture grecque. Par conséquent, le drag était ouvertement encouragé. Nous avons plus d’un document de cette période décrivant des garçons courant nus dans les rues, des hommes habillés en femmes, des femmes habillées en hommes, des maîtres de maison attendant des esclaves et une surabondance de vin, de cunnilingus et de gâteaux aux fruits. Dans cet ordre. »
Susan Lanigan, anthropologue
Un personnage, le « Saturnalicius princeps », ou Seigneur de la Malice, était désigné pour diriger les festivités, orchestrant des farces, des jeux et des spectacles, parfois même des performances musicales sans vêtement. Les participants pouvaient refuser, mais l’enthousiasme était généralement de mise.

Les Saturnales n’étaient pas seulement une période de débauche. Elles étaient également liées à la célébration de la déesse Ops, symbole de la fertilité et de la prospérité. Les fidèles lui rendaient hommage en priant près de la terre, en signe de respect pour la Terre Mère et ses bienfaits.
Avec l’essor du christianisme et les changements au sein de l’Empire romain, les Saturnales ont progressivement décliné. Cependant, leur esprit s’est en partie retrouvé dans les traditions de Noël, un mélange de rites païens et chrétiens. Certains auteurs, comme Gary Cross et John K. Walton, comparent même les parcs d’attractions modernes, comme ceux de Blackpool ou de Coney Island, à des « Saturnales industrielles », des lieux où l’excès et la libération sont encouragés.
Si l’on ne prône pas forcément la beuverie et les orgies, l’attitude consistant à oublier ses soucis et à se laisser aller à ses désirs peut être bénéfique. Alors, ce 17 décembre, marquez les Saturnales à votre manière, en célébrant la fin de l’année et en accueillant un nouveau départ en 2024.
* Buvez toujours avec modération
Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de RTÉ.
