Home Santél’angoisse des betteraviers français – L’Express

l’angoisse des betteraviers français – L’Express

by Sophie Martin

La campagne de récolte de betteraves, premier producteur européen de sucre, est contrastée cette année en France. Si les rendements nationaux s’annoncent globalement en hausse, certains territoires sont sévèrement touchés par un virus transmis par les pucerons, menaçant la pérennité de la culture.

Au niveau national, le ministère de l’Agriculture estime la production à 34,2 millions de tonnes, soit une augmentation de 5% par rapport à l’année précédente, malgré une légère diminution des surfaces cultivées. Cependant, cette embellie générale masque des disparités régionales importantes. Dans le Pas-de-Calais, Jean-Philippe Garnot, cultivateur de plus de 40 hectares de betteraves, témoigne des stigmates de l’attaque : « Là on voit des feuilles vertes qui ont repoussé. Le problème c’est que la betterave pompe de l’énergie pour refaire des feuilles au lieu de grossir et de faire du sucre. » Il estime que 4 à 6% de sa récolte est affectée.

La situation est préoccupante, bien que moins dramatique qu’en 2020, année où le virus avait réduit la récolte nationale de 30%, et de plus de 70% dans certaines zones. « Les 3 à 4 tonnes qui manquent par hectare, c’est une grosse partie de mon revenu », souligne M. Garnot.

Cyrille Milard, président de la Confédération nationale des betteraviers (CGB) d’Île-de-France, prédit des résultats très hétérogènes : « Cette année, on va avoir des résultats très hétérogènes : une très belle production dans certaines zones, comme le Nord, mais en Île-de-France et en Champagne, c’est variable. Certains vont avoir de grosses pertes. » Dans le sud du département, certains agriculteurs atteignent à peine 50 tonnes par hectare, contre une moyenne nationale attendue de 86 tonnes.

La CGB s’inquiète de l’avenir de la culture, fragilisée par la fermeture de six sucreries françaises au cours des dix dernières années. Les agriculteurs se sentent particulièrement vulnérables : « La betterave, c’était ce qui nous permettait de nous en sortir ces dernières années, parce que les prix du blé et de la pomme de terre ont chuté. On ne sait plus à quoi se raccrocher », confie Jean-Philippe Garnot.

L’origine de cette crise remonte à 2018, avec l’interdiction des néonicotinoïdes, des pesticides jugés nocifs pour les pollinisateurs. Suite à la récolte désastreuse de 2020, un plan national de recherche a été lancé pour lutter contre le puceron. Fabienne Maupas, directrice du département scientifique de l’Institut technique de la betterave (ITB), explique qu’il faudra probablement encore cinq ans pour développer des variétés plus résistantes et performantes.

À court terme, les agriculteurs se concentrent sur la prévention de l’arrivée du puceron, en adoptant des pratiques telles que l’introduction de plantes compagnes (orge, avoine), le développement de produits répulsifs issus de la biocontrôle et la destruction des résidus de récoltes précédentes. Jean-Philippe Garnot estime avoir appliqué ces consignes, mais reconnaît que la pression virale est parfois trop forte.

L’ITB souligne la rapidité de propagation du virus : seul 1% des pucerons présents sur un champ sont infectés, mais ils se multiplient à une vitesse exceptionnelle. Actuellement, le seul produit homologué est le Teppeki (flonicamide), pour une seule application. Son efficacité, autrefois supérieure à 70% en association avec le Movento (spirotétramate), est compromise par le retrait de ce dernier du marché. « Et avec le temps, le puceron devient résistant et le Teppeki ne va pas durer longtemps », prévient Fabienne Maupas.

Les betteraviers réclament donc la réintroduction de l’acétamipride, un insecticide néonicotinoïde interdit en France mais autorisé dans d’autres pays européens. L’Inrae, dans un récent rapport, appelle à combiner les solutions et ne se prononce pas sur cette demande, tout en reconnaissant l’inquiétude de la filière. Pour Jean-Philippe Garnot, c’est la première fois qu’on reconnaît officiellement l’impasse dans laquelle se trouvent les producteurs de betteraves.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.