Home AffairesLe géant allemand de l’armement capitalise sur la peur renouvelée de la Russie – The Irish Times

Le géant allemand de l’armement capitalise sur la peur renouvelée de la Russie – The Irish Times

by Amélie Bernard

Publié le 29 novembre 2025 à 06h24. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a propulsé un industriel allemand, Armin Papperger, au cœur du réarmement européen et du boom de l’industrie de l’armement, transformant son entreprise, Rheinmetall, en un géant incontournable.

  • Sous la direction d’Armin Papperger, Rheinmetall a vu la valeur de ses actions multiplier par dix en trois ans.
  • L’Allemagne, dans une volte-face historique, investit massivement dans la défense, faisant de Rheinmetall son principal bénéficiaire.
  • L’entreprise allemande, autrefois discrète, est désormais au centre des préoccupations stratégiques de l’OTAN face à une potentielle agression russe.

Armin Papperger, directeur général de Rheinmetall, est devenu une figure centrale du paysage industriel allemand et européen depuis le début de la guerre en Ukraine. Ce qui était il y a quelques années une entreprise relativement méconnue en dehors de l’Allemagne est aujourd’hui l’un des principaux acteurs de l’armement en Europe, profitant d’un contexte géopolitique radicalement transformé.

L’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, en février 2022, a déclenché une course à l’armement et une augmentation spectaculaire des investissements dans la défense à travers l’Europe. En Allemagne, ce changement de cap a été baptisé Zeitenwende (tournant historique), et Rheinmetall en est le principal bénéficiaire. Berlin semble avoir ouvert les vannes des dépenses publiques, acquérant tout ce que l’entreprise allemande est capable de produire.

En trois ans, Rheinmetall a signé un nombre impressionnant de nouveaux contrats, établi de nouvelles usines et noué des partenariats, de la Finlande à la Bulgarie. L’entreprise, cotée en bourse à Düsseldorf, anticipe désormais une multiplication par dix de son chiffre d’affaires au cours de la prochaine décennie, atteignant environ 120 milliards d’euros.

Armin Papperger se défend de profiter de la guerre. Il estime que l’entreprise répond à un besoin urgent de renforcer la sécurité en Europe, après des décennies de sous-investissement dans la défense et la sécurité à l’issue de la guerre froide.

« Ce que nous voulons, c’est la paix sur terre, mais nous avons besoin d’un certain niveau de sécurité et de potentiel de dissuasion pour que personne ne nous attaque. L’un des agresseurs ou l’autre considère ce manque d’investissement comme un point faible. »

Armin Papperger, directeur général de Rheinmetall

Rheinmetall, forte d’une histoire centenaire liée à l’armement allemand, a longtemps opéré dans la discrétion. L’invasion de l’Ukraine a tout changé. Même les partis traditionnellement pacifistes de gauche en Allemagne reconnaissent désormais la nécessité d’investir dans la sécurité, compte tenu de la proximité du conflit.

L’entreprise ne se contente pas de répondre à la demande actuelle. Elle anticipe également les futures menaces. Selon les évaluations de l’OTAN, la Russie pourrait, après l’Ukraine, tourner son attention vers les petits États membres de l’Alliance situés dans les pays baltes. Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a publiquement exprimé cette inquiétude, estimant que « la Russie se donne au moins la possibilité de mener une guerre contre l’OTAN d’ici 2029 ».

Cette perspective suscite des débats en Allemagne. Plus de 100 députés du SPD (parti social-démocrate), le parti au pouvoir, ont signé un manifeste appelant à accorder autant d’importance à la diplomatie qu’aux dépenses militaires.

Rheinmetall propose une gamme complète de produits, allant des armes et des munitions aux véhicules et à l’artillerie. Armin Papperger réfute l’idée que l’Ukraine démontre la nécessité de privilégier les drones au détriment des armes conventionnelles. Il souligne que 95 % des drones sont actuellement abattus grâce à des équipements traditionnels comme le Skyranger, et que la véritable course consiste à rendre ces équipements moins coûteux pour neutraliser l’avantage des drones.

Pour Papperger, une éventuelle attaque russe contre un État membre de l’OTAN serait différente de l’invasion de l’Ukraine. Elle nécessiterait des systèmes blindés traditionnels pour repousser l’envahisseur, soutenus par une artillerie massive, car « c’est moins cher que toute autre chose ».

Ce succès a un coût personnel pour Papperger. Il vit désormais sous protection policière permanente, aux frais de l’État, en raison d’une menace d’assassinat signalée de la part de la Russie.

Concernant l’avenir, Papperger plaide pour une coopération européenne plus étroite en matière de défense, facilitée par les contrats de Rheinmetall. Il rejette les critiques concernant une éventuelle domination allemande, notamment de la part de la France, les qualifiant de jalousie face à l’agilité et à la rentabilité d’une entreprise privée comme la sienne.

« Rheinmetall réagit comme une start-up et se développe comme une start-up, et a une rentabilité de premier ordre. »

Armin Papperger, directeur général de Rheinmetall

Depuis qu’il a pris les rênes, le cours de l’action Rheinmetall est passé de 40 euros à environ 1 600 euros. Papperger estime même que l’entreprise est actuellement sous-évaluée, malgré une récente baisse.

« Je suis un investisseur majeur dans cette entreprise », a-t-il déclaré, « et je suis très détendu. »

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