Publié le 27 septembre 2025 10:30. L’Indec publiera ce mercredi les chiffres de l’activité économique pour le mois d’août, un indicateur crucial alors que l’Argentine est confrontée à une période d’incertitude économique et à quelques jours des élections législatives.
- L’activité économique argentine a montré des signes de stagnation, selon le président Javier Milei.
- Plusieurs cabinets de conseil privés prévoient un léger rebond de l’activité en août.
- La question d’une récession technique reste ouverte, avec des données contrastées sur les derniers mois.
Buenos Aires – L’Institut national des statistiques et des recensements (Indec) dévoilera ce mercredi l’Estimateur mensuel de l’activité économique (EMAE) correspondant au mois d’août. Cette publication intervient dans un contexte économique délicat, à cinq jours des élections législatives, et sera scrutée de près pour déterminer si la récession se poursuit ou si une reprise, même modeste, est en cours.
Le président Javier Milei a lui-même reconnu une stagnation de l’économie, attribuant cette situation aux obstacles rencontrés par son programme au Congrès. Cependant, des rapports de cabinets de conseil privés suggèrent une possible amélioration en août. Selon ces estimations, l’activité économique aurait augmenté de 0,7 % par rapport à juillet, et de 5,5 % sur les douze derniers mois.
Pour les analystes, la question de savoir si l’Argentine entre en récession technique reste ouverte. Une récession est généralement définie par deux trimestres consécutifs de contraction économique, c’est-à-dire une variation intermensuelle négative sur trois mois. En janvier, l’activité a connu une baisse de 0,1 %. Si une reprise a été observée en février (+0,7 %), elle a été suivie d’un recul plus marqué en mars (-1,7 %). Une tendance positive s’est ensuite dessinée en avril (+1,2 %), mais a été contredite par des baisses en mai (-0,2 %) et en juin (-0,6 %).
Les données disponibles pour le troisième trimestre se limitent pour l’instant à celles de juillet, qui montrent la plus faible baisse intermensuelle de l’année (-0,1 %), mais aussi la plus faible croissance sur un an (2,9 %). La publication des chiffres d’août permettra d’affiner les prévisions pour l’ensemble du trimestre. Le cabinet Analytica prévoit une croissance de 0,1 % par rapport au mois précédent.
« L’indice d’activité anticipatrice d’Analytica (ILA) estime que l’activité a augmenté de 0,1 % en août, ce qui laisse présager une période de stagnation », indiquent les analystes dans leur rapport. Cette évolution est caractérisée par des tendances divergentes entre les secteurs : la métallurgie, l’automobile et les industries liées à l’exportation ont affiché une croissance, tandis que la construction, l’industrie de la viande et les indicateurs de consommation ont montré des signes de ralentissement.
Les données de septembre, qui seront cruciales pour confirmer ou infirmer une récession, seront également influencées par la volatilité du taux de change observée après les résultats des élections primaires, où La Libertad Avanza (LLA) a subi une défaite de 13 points de pourcentage dans la province de Buenos Aires. La mesure de retenue nulle sur les exportations agricoles, qui a contribué à un excédent commercial d’environ 1 milliard de dollars, pourrait également jouer un rôle.
Selon le cabinet Qualy, la production automobile a augmenté de 5,8 % en septembre par rapport à août, mais a diminué de 5 % par rapport à septembre 2024, marquant sa troisième baisse consécutive. En parallèle, les ventes aux concessionnaires ont bondi de 22 % sur un an, grâce à une plus grande disponibilité de véhicules importés.
Le secteur de la construction a également montré quelques signes positifs, bien qu’ils restent modestes. « Selon l’indice Construya, qui mesure les ventes d’intrants pour le secteur privé, l’activité a enregistré une croissance sur un an et par rapport au mois précédent, inversant deux mois consécutifs de baisse. Cependant, ce rebond reste fragile, car les expéditions de ciment sont restées à un niveau inférieur d’environ 8 % par rapport au pic atteint au milieu de l’année », précisent les analystes.
Le secteur des petites et moyennes entreprises (PME) continue de faire face à des difficultés, avec des baisses mensuelles de 1,8 % et 2 % respectivement. Cette situation est principalement due à la perte de pouvoir d’achat, un facteur qui pourrait influencer le soutien au gouvernement lors des prochaines élections et, par conséquent, le succès de son programme économique.
L’ancienne directrice du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, a souligné l’importance de l’adhésion de la population au programme d’ajustement en cours :
« L’Argentine mène un programme d’ajustement très drastique. Le succès dépendra de la capacité des gens à suivre. »
Kristalina Georgieva, ancienne directrice du FMI
La défaite aux élections primaires, où Fuerza Patria a obtenu 47,28 % des voix, a été attribuée à la perte de pouvoir d’achat des habitants de Buenos Aires. Une situation illustrée par le rapport d’Equilibra, qui parle de « la racine du désenchantement ».
Selon l’analyse d’Equilibra, les revenus sous la direction de Milei ont connu une première trajectoire en « V », avec une baisse de 19 % jusqu’en février 2024, suivie d’une reprise, mais qui s’est ensuite stabilisée, voire contractée. Ainsi, ils concluent que jusqu’à présent, sous l’administration Milei, les employés et les retraités enregistrés du secteur privé et public ont subi, en moyenne, une perte cumulée équivalente à deux mois de revenus. Lors du mandat de Mauricio Macri, cette perte était de 1,2 mois, et une tendance à la reprise était observée à l’approche des élections.

« La stabilité ou la chute des revenus réels et de l’emploi formel constituent un risque électoral pour le gouvernement. La trajectoire actuelle – profond déclin, reprise partielle et stagnation – pourrait être une « racine de désenchantement » : la société a accepté l’ajustement en espérant une amélioration, mais lorsqu’elle ne l’a pas constatée, elle est revenue au mécontentement. Les élections du 26 octobre nous le diront », concluent les analystes.
