Home AffairesLe gouvernement bruxellois embellit les chiffres budgétaires depuis des années

Le gouvernement bruxellois embellit les chiffres budgétaires depuis des années

by Amélie Bernard

Publié le 8 octobre 2024 06h37. La Région bruxelloise est sous le feu des critiques pour sa gestion budgétaire, accusée d’artificiellement gonfler ses liquidités et de masquer l’étendue réelle de sa dette publique, à l’approche d’une nouvelle évaluation de sa notation par Standard & Poor’s.

  • La Région bruxelloise a inclus des aides à l’investissement non utilisées dans ses liquidités, augmentant ainsi artificiellement son taux de couverture de la dette.
  • Des divergences subsistent entre le gouvernement régional et la Banque nationale de Belgique (BNB) concernant le montant exact de la dette publique bruxelloise.
  • Le gouvernement bruxellois prévoit un milliard d’euros de mesures budgétaires encore indécises pour atteindre l’équilibre annoncé en 2026.

Selon Xavier Debrun, chef du département Économie et Recherche à la Banque nationale de Belgique (BNB), la comptabilisation des aides à l’investissement comme des liquidités constitue une “utilisation inappropriée” de ces fonds. Il explique que les liquidités doivent être des ressources immédiatement disponibles, et non des promesses de financement futur.

« Les liquidités sont de l’argent liquide que vous avez dans votre tiroir et que vous seul décidez. Si c’est de l’argent qui est dans la poche de votre voisin et que vous devez le lui demander gentiment, alors ce n’est pas de l’argent liquide. »

Xavier Debrun, chef du département Économie et Recherche à la Banque nationale de Belgique (BNB)

En jeu, notamment, les 825 millions d’euros de soutien de la Banque européenne d’investissement et de la Banque de développement du Conseil de l’Europe alloués aux travaux du métro bruxellois. La Région justifie cette pratique, affirmant que le principe est généralement accepté par ses partenaires financiers, y compris les agences de notation.

L’opacité entourant les finances régionales est également pointée du doigt. La BNB estime que la dette publique bruxelloise s’élève à 15,65 milliards d’euros, tandis que le gouvernement bruxellois en déclare 15,02 milliards d’euros. Cette différence s’explique par des désaccords sur les dettes à inclure, notamment celles de plus de 15 institutions liées à l’exécutif régional. Selon Debrun,

« À Bruxelles, il y a un problème de transparence et un manque de sérieux. Si vous ne voulez pas être tenu responsable de la situation financière, la première chose à faire est de cacher ce qui se passe. »

Xavier Debrun, chef du département Économie et Recherche à la Banque nationale de Belgique (BNB)

Le gouvernement bruxellois Vervoort III avait annoncé viser l’équilibre budgétaire en 2026, mais pour y parvenir, il prévoit un milliard d’euros de mesures “à décider”. Le cabinet du ministre bruxellois du Budget démissionnaire, Sven Gatz (Open VLD), espère qu’un nouveau gouvernement disposant de pleins pouvoirs sera rapidement en place pour mettre en œuvre les réformes nécessaires.

L’agence de notation Standard & Poor’s publiera vendredi une nouvelle analyse de la notation budgétaire et de la dette de la Région bruxelloise, une évaluation scrutée de près compte tenu de ces controverses.

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