Publié le 28 novembre 2023 10:45. L’approche transactionnelle de la diplomatie américaine, souvent pointée du doigt sous l’administration Trump, n’est pas une nouveauté. Un historien rappelle que des exigences financières et territoriales ont déjà été imposées à des alliés proches en temps de guerre.
- L’administration Trump est souvent critiquée pour sa diplomatie axée sur les échanges et les concessions.
- Un précédent historique, remontant à l’époque de Franklin D. Roosevelt, montre que cette approche n’est pas inédite dans la politique étrangère américaine.
- L’accord « destroyers contre bases » de 1940 illustre une application particulièrement rigoureuse de cette diplomatie transactionnelle envers un allié majeur.
L’analyse de James Politi, publiée dans le Financial Times, souligne que la politique étrangère américaine sous Donald Trump est désormais marquée par une logique de négociation permanente. Presque chaque engagement pris par la Maison Blanche inclut désormais une contrepartie. Pourtant, selon Pavel Krejci, du département d’histoire de l’Université de Hong Kong, cette approche n’est pas une rupture.
L’historien rappelle que, dès 1939 et 1940, alors que la Grande-Bretagne se battait pour sa survie face à l’Allemagne nazie, les États-Unis, malgré leurs liens étroits avec Londres – partageant langue, culture et histoire – exigeaient un paiement immédiat et des concessions territoriales en échange de leur aide. Cette politique, connue sous le nom de « cash and carry » (paiement comptant et transport par l’acheteur), était déjà une forme de marchandage.
En 1940, cet échange a pris une forme concrète avec l’accord « destroyers contre bases ». Les États-Unis ont cédé 50 destroyers vieillissants à la Grande-Bretagne en échange de baux de 99 ans sur des bases militaires situées à Terre-Neuve, aux Bermudes, aux Bahamas, en Jamaïque, dans les Petites Antilles et en Guyane britannique (aujourd’hui la Guyane). Combinée aux règles du « cash and carry », cette transaction a mis les finances britanniques au bord de l’effondrement, forçant le pays à recourir au programme de prêt-bail (Lend-Lease), qui, lui aussi, n’était pas gratuit.
Selon Pavel Krejci, l’approche transactionnelle, que l’on accuse aujourd’hui Donald Trump d’appliquer brutalement, notamment envers l’Ukraine – un pays avec lequel les États-Unis n’entretiennent aucun lien historique profond – avait déjà été mise en œuvre de manière encore plus impitoyable par Franklin D. Roosevelt, envers le plus proche allié des États-Unis, au moment où son existence même était menacée. Il s’agit, selon lui, non pas d’une anomalie, mais d’un modèle récurrent de la diplomatie américaine.
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