Les prix du pétrole connaissent un regain d’intérêt, défiant les prévisions d’un marché saturé. Ce rebond s’explique par un scepticisme croissant envers les estimations d’offre excédentaire et par l’anticipation de possibles accords commerciaux qui pourraient stimuler la demande mondiale.
Les données récentes sur les stocks de pétrole brut aux États-Unis contredisent l’idée d’une surabondance. Le dernier rapport a révélé une baisse de 2,98 millions de barils, maintenant les niveaux d’approvisionnement américains en dessous de la moyenne saisonnière. Parallèlement, les stocks d’essence et de distillats ont également diminué, respectivement de 236 000 et 974 000 barils.
Ce scepticisme quant à une offre excédentaire n’est pas nouveau. Plusieurs analystes du secteur, dont Anas Alhajji, Eric Nuttall et Art Berman, ont déjà exprimé leurs doutes quant aux prévisions de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) concernant une offre massive. Ils remettent notamment en question les données relatives au stockage flottant de pétrole.
Eric Nuttall a ironisé sur l’excédent de stockage en soulignant que « l’excédent d’approvisionnement en pétrole le plus attendu de l’histoire » ne tient pas compte de la chute de 23 millions de barils des stocks terrestres ce mois-ci.
La situation est d’autant plus complexe que les réserves stratégiques de pétrole (SPR) de nombreux pays, dont les États-Unis, ont été considérablement réduites ces dernières années. L’administration Biden a libéré entre 2021 et 2025 un total de 180 millions de barils de la SPR américaine. En mars 2022, les 31 pays membres de l’AIE, auxquels se sont ajoutés les États-Unis, ont mis sur le marché 90 millions de barils, suivis d’une nouvelle libération de 120 millions de barils en avril 2022. Au total, les pays de l’AIE ont déployé 240 millions de barils en six mois, soit plus d’un million de barils par jour.
L’administration Trump a annoncé hier l’achat d’un million de barils pour reconstituer la SPR américaine, une initiative qui devrait soutenir les producteurs de schiste américains. Il est à noter que l’administration Trump a beaucoup de rattrapage à faire dans ce domaine, compte tenu des importantes quantités libérées sous l’administration précédente.
Plusieurs facteurs pourraient expliquer la présence de pétrole « sur l’eau » sans pour autant indiquer une surabondance. Il pourrait s’agir de déchargements plus lents, de navires en attente de meilleurs prix, de changements de routes commerciales ou de retards météorologiques. Anas Alhajji estime que « les analystes et les journalistes ont négligé plusieurs faits. La quantité de pétrole sur l’eau est plus petite et l’impact sur le marché pétrolier est considérablement exagéré. »
Art Berman souligne également que davantage de pétrole « sur l’eau » peut simplement refléter une demande plus forte ou un changement de routes commerciales. Bob McNally met en garde contre une interprétation simpliste des chiffres, soulignant que « l’offre croît trois fois plus vite que la demande », mais que le marché pétrolier est un système complexe où le crédit, les stocks et les anticipations évoluent rapidement.
Selon Oil Price Daily, le pétrole en transit pourrait être lié à des distances de navigation plus longues et à l’utilisation de très grands transporteurs de pétrole brut (VLCC) d’une capacité allant jusqu’à 2 millions de barils. Il s’agirait alors d’une réponse à la demande mondiale plutôt que d’une surabondance.
La Chine, bien que son excédent de brut ait diminué en septembre pour atteindre 570 000 barils par jour (contre 570 000 en août), continue de traiter des volumes importants de pétrole, ce qui contribue à stabiliser le marché. L’excédent moyen de la Chine sur l’année s’élève à 930 000 barils par jour, témoignant d’une gestion efficace des stocks.
L’essor de l’intelligence artificielle pourrait également améliorer la gestion des flux pétroliers et réduire la nécessité de maintenir des stocks commerciaux élevés. Ce phénomène rappelle la fin des années 1990 et le début des années 2000, lorsque la généralisation de l’informatique a transformé la logistique pétrolière.
Par ailleurs, la capacité de production inutilisée de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) est actuellement à son plus bas niveau depuis des années, estimée à environ 4 millions de barils par jour. En octobre 2025, l’OPEP a produit 36,06 millions de barils par jour, légèrement en dessous de son quota collectif d’environ 36,2 millions de barils par jour.
En parallèle, le marché du gaz naturel montre des signes de rebond. Les exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) se rapprochent de niveaux records, et les prix ont bondi de 12,07 % au cours du dernier mois, portés par des prévisions de temps plus froid et une demande accrue pour le chauffage. John Moran de Moran Logistics reste cependant prudent, estimant que la production reste trop élevée.
Les prévisions météorologiques annoncent un refroidissement des températures à la fin du mois d’octobre, ce qui devrait stimuler la demande d’électricité et de chauffage. Bien que les stocks de gaz naturel restent sains, ils sont consommés plus rapidement que prévu. Les réseaux mondiaux ressentent déjà la pression des exportations de GNL en forte hausse.
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