Publié le 13 octobre 2025 03:03:00. Une alimentation riche en graisses et pauvre en glucides, dite cétogène, pourrait atténuer les conséquences du stress prénatal sur le développement psychologique des jeunes rats, selon des recherches présentées lors de la conférence ECNP à Amsterdam.
- L’exposition au stress pendant la grossesse peut entraîner des troubles psychologiques et développementaux durables chez la progéniture.
- Un régime cétogène administré après le sevrage semble protéger les jeunes rats contre ces effets néfastes, réduisant significativement le nombre d’animaux présentant des problèmes de sociabilité ou de motivation.
- Les mécanismes biologiques impliqués diffèrent selon le sexe, avec une réduction de l’inflammation chez les mâles et un renforcement des défenses antioxydantes chez les femelles.
Des chercheurs italiens ont mis en évidence un lien potentiel entre l’alimentation et la résilience face aux traumatismes précoces. Leur étude, présentée lors du congrès européen de neuropsychopharmacologie (ECNP) à Amsterdam, suggère qu’un régime cétogène – caractérisé par une forte proportion de graisses et une faible teneur en glucides – pourrait offrir une protection contre les effets délétères du stress prénatal sur le développement cérébral.
L’équipe de recherche a soumis des rats enceintes à une période de stress durant la dernière semaine de gestation. Après le sevrage, à 21 jours, les jeunes rats ont été répartis en deux groupes : un groupe témoin recevant une alimentation standard, et un groupe suivant un régime cétogène. À l’âge de 42 jours, les animaux ont été évalués pour détecter d’éventuels déficits comportementaux liés au stress, tels qu’une diminution de l’intérêt pour les interactions sociales ou une perte de motivation (anhédonie). Les résultats ont révélé des différences notables entre les deux groupes : les rats ayant bénéficié du régime cétogène ont présenté des comportements plus sociaux et ont passé plus de temps à se toiletter, signe d’un bien-être accru.
Plus précisément, l’étude a montré que 50 % des rats nés de mères stressées et nourris avec une alimentation normale développaient des problèmes liés au stress à l’âge adulte. Ce chiffre chutait à 22 % chez les mâles et à 12 % chez les femelles ayant suivi un régime cétogène.
Le régime cétogène est connu pour induire des changements biologiques significatifs, notamment une amélioration de l’efficacité mitochondriale et une modification de l’équilibre hormonal. Selon la Dre Alessia Marchesin, chercheuse principale à l’Université de Milan :
« Nous avons découvert que nourrir les jeunes rats avec un régime cétogène – un régime très riche en graisses et très pauvre en glucides – juste après le sevrage les protégeait presque complètement des effets durables du stress qu’ils avaient vécu avant la naissance. Le régime alimentaire semble avoir agi comme un bouclier pour le développement de leur cerveau, empêchant ainsi les problèmes sociaux et motivationnels de prendre racine. »
Dre Alessia Marchesin, Université de Milan
La Dre Marchesin souligne l’importance de cette découverte :
« Ceci est important car cela suggère un moyen simple de prévenir l’apparition de troubles de l’humeur et sociaux qui proviennent souvent de l’adversité de l’enfance. Plutôt que d’attendre l’apparition des symptômes et de les traiter ensuite avec des médicaments – dont beaucoup entraînent des effets secondaires – nous pourrions un jour profiter des propriétés thérapeutiques des interventions diététiques dès le début de la vie pour prévenir la manifestation d’un état pathologique à part entière. De plus, nous avons constaté que les mâles et les femelles en bénéficiaient via des voies biologiques différentes – les mâles en réduisant l’inflammation, les femmes en renforçant les défenses antioxydantes, ce qui suggère que nous pourrions personnaliser et affiner ces interventions diététiques. »
Dre Alessia Marchesin, Université de Milan
Elle ajoute que si ces résultats peuvent être transposés à l’humain, il serait possible d’atténuer les conséquences à long terme des traumatismes prénatals en ajustant simplement l’alimentation des enfants à risque.
Cependant, la chercheuse nuance : « Il y a quelques points à noter. Les animaux soumis au régime cétogène ont grandi plus lentement que les animaux témoins, et il se peut donc que la réduction de l’apport calorique soit associée à des bénéfices ultérieurs sur la santé mentale. Et nous constatons des différences spécifiques au sexe qui doivent être mieux comprises avant de pouvoir appliquer cela aux humains. »
Le Dr Aniko Korosi, professeur agrégé à l’Université d’Amsterdam, commente cette étude :
« Ce travail contribue grandement au domaine naissant de la psychiatrie nutritionnelle. Le rôle de la nutrition dans la modulation de la santé mentale suscite de plus en plus d’attention et son potentiel est de plus en plus apprécié dans ce domaine. Cependant, d’importantes questions demeurent quant à savoir quels nutriments, quand et pour qui sont efficaces pour moduler la santé mentale. L’étude présentée montre de manière intéressante que le risque de modification du comportement induit par le stress prénatal peut être modulé par un régime cétogène administré après le sevrage. Il sera intéressant d’explorer davantage quels sont les processus biologiques impliqués dans ces effets bénéfiques et si ces effets sont spécifiques au sexe. »
Dr Aniko Korosi, Université d’Amsterdam
Le Dr Korosi n’a pas participé à cette recherche.
