Publié le 10 octobre 2025 à 19h26. Une alimentation de type méditerranéen pourrait atténuer le risque de démence, en particulier chez les individus porteurs d’une prédisposition génétique à la maladie d’Alzheimer, selon une étude récente. Des chercheurs ont mis en évidence un lien entre le régime alimentaire, la génétique et le métabolisme, ouvrant des perspectives prometteuses en matière de prévention.
- L’adhésion à un régime méditerranéen est associée à un risque réduit de démence.
- Cet effet protecteur est particulièrement marqué chez les personnes porteuses de l’allèle APOE4, un facteur de risque majeur de la maladie d’Alzheimer.
- L’étude révèle que le régime méditerranéen module les métabolites plasmatiques liés au métabolisme des lipides et des acides aminés.
La maladie d’Alzheimer, principale cause de démence, touche des millions de personnes à travers le monde. Si l’âge est le principal facteur de risque, la génétique joue également un rôle important. La présence de l’allèle APOE4, par exemple, multiplie par trois à quatre le risque de développer la maladie, et jusqu’à douze fois pour les personnes qui héritent de deux copies de cet allèle (homozygotes APOE4). Ce gène est également associé à des altérations précoces du métabolisme lipidique et à l’accumulation de plaques amyloïdes dans le cerveau, deux caractéristiques clés de la maladie.
Cependant, les gènes ne sont pas une fatalité. L’interaction avec l’environnement et le mode de vie, notamment l’alimentation, peut moduler l’expression de ces prédispositions génétiques. Les chercheurs de l’Université Harvard, du Broad Institute et du Mass General Brigham se sont donc penchés sur la question : un régime alimentaire reconnu pour ses bienfaits, comme le régime méditerranéen, peut-il réduire le risque de démence chez les personnes génétiquement prédisposées à la maladie d’Alzheimer ? Les résultats, publiés dans la revue Nature Medicine, confirment cette hypothèse.
Pour parvenir à ces conclusions, les scientifiques se sont appuyés sur deux études épidémiologiques de longue haleine : l’étude sur la santé des infirmières, qui a suivi 4 215 femmes pendant plus de trois décennies, et l’étude de suivi des professionnels de la santé, impliquant 1 490 hommes. Les participants ont fourni des informations détaillées sur leur mode de vie et leurs habitudes alimentaires grâce à des questionnaires validés. À partir de ces données, les chercheurs ont évalué le niveau d’adhésion au régime méditerranéen, caractérisé par une consommation abondante de fruits, de légumes, de légumineuses, de céréales complètes, de noix, d’huile d’olive et de poisson, associée à une consommation modérée de viande rouge et transformée.
Au-delà de l’alimentation, l’étude a également analysé des données génétiques (génotype APOE et scores de risque polygénique) et mesuré plus de 400 métabolites plasmatiques grâce à la spectrométrie de masse. La fonction cognitive a également été évaluée périodiquement chez un sous-groupe de femmes. Cette combinaison de données – régime alimentaire, génétique et métabolomique – a permis aux chercheurs d’observer, sur plusieurs décennies, comment ces facteurs interagissent en relation avec le risque de démence et le maintien des fonctions cognitives.
Les analyses ont révélé qu’une plus grande adhésion au régime méditerranéen était associée à un risque plus faible de démence et à de meilleures performances cognitives dans les deux cohortes étudiées. Cet effet était particulièrement prononcé chez les personnes porteuses de l’allèle APOE4. Chez ces individus, le régime méditerranéen a non seulement réduit significativement l’incidence de la démence, mais a également modulé les métabolites plasmatiques impliqués dans le métabolisme des lipides et des acides aminés. Des niveaux plus élevés de certains lipides, tels que les esters de cholestérol et les sphingomyélines, étaient associés à un risque accru de démence, tandis que d’autres composés, comme les glycérols, semblaient exercer un effet protecteur.
L’étude a également identifié 19 relations causales potentielles entre les métabolites et la santé cognitive grâce à une analyse de randomisation mendélienne. Parmi celles-ci, les caroténoïdes – des antioxydants présents dans les fruits et les légumes – et le métabolite 4-guanidinobutanoate, lié à la neurotransmission inhibitrice, se sont distingués par leurs effets protecteurs.
Ces résultats confirment l’importance du régime méditerranéen comme stratégie préventive contre la maladie d’Alzheimer, offrant une protection même chez les personnes ayant une forte prédisposition génétique. Dans un contexte où les traitements efficaces contre cette maladie restent limités, ces conclusions soulignent l’intérêt des interventions préventives, et en particulier d’une alimentation saine, pour préserver la santé du cerveau tout au long de la vie.
Les auteurs soulignent toutefois que l’étude a été menée principalement auprès de populations d’origine européenne et ayant un niveau d’éducation élevé, ce qui pourrait limiter la généralisation des résultats à d’autres groupes. De plus, la nature observationnelle de certaines analyses nécessite une confirmation par des études plus diversifiées et menées selon des protocoles expérimentaux plus rigoureux.
Article scientifique
Liu, Y., Gu, X., Li, Y. et al. Interaction of genetic predisposition, plasma metabolome, and Mediterranean diet in dementia risk and cognitive function. Nat Med (2025). https://doi.org/10.1038/s41591-025-03891-5
Source
Mediterranean diet may offset genetic risk of Alzheimer’s. https://www.massgeneralbrigham.org/en/about/newsroom/press-releases/mediterranean-diet-may-offset-genetic-risk-of-alzheimers
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