Home SantéL’encre de tatouage altère les cellules immunitaires et affaiblit certaines réponses vaccinales

L’encre de tatouage altère les cellules immunitaires et affaiblit certaines réponses vaccinales

by Sophie Martin

Publié le 27 novembre 2025 à 09h35. Une étude scientifique révèle que les pigments des tatouages ne se limitent pas à rester dans la peau : ils migrent vers les ganglions lymphatiques, provoquant une inflammation durable et modifiant la réponse immunitaire de l’organisme, y compris face aux vaccins.

  • Les encres de tatouage, même celles considérées comme sûres, déclenchent une inflammation persistante dans les ganglions lymphatiques.
  • Cette inflammation peut altérer l’efficacité de certains vaccins, notamment ceux à ARNm contre la COVID-19, si l’injection est effectuée à proximité du tatouage.
  • Des effets variables sont observés sur les réponses vaccinales, avec une amélioration de la réponse au vaccin contre la grippe dans certains cas.

Le tatouage, de plus en plus populaire à travers le monde – environ 20 % de la population mondiale et plus de 30 % aux États-Unis arborent au moins un tatouage – n’est pas sans conséquences sur le système immunitaire, selon une récente étude publiée dans la revue PNAS. Les chercheurs ont étudié le parcours des pigments de tatouage dans l’organisme et leurs effets à long terme sur les réponses immunitaires.

Le processus de tatouage consiste à injecter des pigments en profondeur dans le derme à l’aide d’aiguilles. Ces pigments, conçus pour être insolubles et durables, sont souvent composés de mélanges complexes de liants, de solvants et de colorants industriels. Si le noir de carbone est couramment utilisé pour les tatouages noirs, les encres colorées contiennent généralement des pigments initialement destinés à d’autres applications, comme la fabrication de plastiques ou de peintures. Bien que largement utilisés, les encres de tatouage sont moins strictement réglementées que les produits pharmaceutiques ou les substances intentionnellement introduites dans le corps.

L’étude a démontré que les pigments de tatouage migrent rapidement vers les ganglions lymphatiques, où ils sont absorbés par les macrophages, des cellules immunitaires chargées de nettoyer l’organisme. Cette absorption provoque souvent la mort de ces cellules, déclenchant une inflammation qui persiste pendant des mois. Les chercheurs ont observé que cette inflammation modifie la réponse immunitaire de l’organisme, en particulier lorsque la vaccination est effectuée dans la même zone de drainage lymphatique que le tatouage.

Plus précisément, l’accumulation d’encre a réduit l’immunité induite par les vaccins à ARNm contre la COVID-19 lorsqu’ils étaient administrés sur le site du tatouage. En revanche, la réponse au vaccin contre la grippe a été améliorée, avec des effets variables selon la couleur de l’encre et le moment de la vaccination. Les encres noires et rouges ont notamment renforcé certaines réponses anticorps.

Les chercheurs ont utilisé un modèle de tatouage sur des souris pour étudier le comportement des encres commerciales noires, rouges et vertes. Ils ont confirmé la présence d’encre dans l’épiderme et le derme, et ont suivi son mouvement dans les vaisseaux lymphatiques grâce à l’imagerie intravitale. L’analyse des ganglions lymphatiques a révélé une accumulation progressive des pigments au fil du temps, avec des schémas similaires observés dans les biopsies de ganglions lymphatiques humains, suggérant que ces résultats pourraient être transposables à l’homme.

Les macrophages étaient les principales cellules à capturer et à retenir les pigments, et la microscopie électronique a confirmé qu’ils étaient remplis de vacuoles contenant les pigments, ainsi que la formation de cellules géantes. De nombreux macrophages contenant des pigments présentaient des signes de détresse cellulaire, ce qui a conduit à une diminution du nombre de macrophages dans les ganglions lymphatiques au fil du temps. Des tests in vitro ont confirmé que les encres déclenchent l’apoptose (mort cellulaire programmée) ou la nécrose (mort cellulaire non programmée) des macrophages, bien que le délai varie selon la couleur de l’encre.

Cette étude souligne l’importance de poursuivre les recherches sur les impacts systémiques et immunologiques des encres de tatouage, et met en évidence la nécessité d’une réglementation plus stricte de ces produits. L’accumulation durable de pigments dans les ganglions lymphatiques pourrait potentiellement altérer la santé immunitaire à long terme, et nécessiterait des études cliniques plus approfondies pour évaluer les risques potentiels, notamment en termes de réponse vaccinale et de susceptibilité au cancer.

You may also like

Leave a Comment