Home MondeL’Équateur devient « l’autoroute » mondiale de la cocaïne : 70 % du trafic mondial traverse son territoire

L’Équateur devient « l’autoroute » mondiale de la cocaïne : 70 % du trafic mondial traverse son territoire

by Clara Dubois

Publié le 8 décembre 2025 18h13. L’Équateur est devenu un maillon essentiel, voire prédominant, du trafic mondial de cocaïne, une situation qui déstabilise le pays et le confronte à une crise sécuritaire sans précédent.

  • Jusqu’à 70 % de la cocaïne circulant dans le monde transiterait désormais par le territoire équatorien.
  • Cette situation est due à une reconfiguration du commerce de la drogue, à la baisse des priorités américaines en matière de lutte contre la cocaïne et à l’affaiblissement de l’État équatorien.
  • La violence liée au trafic de drogue a atteint des niveaux alarmants, avec des attentats, des massacres en prison et des fusillades en milieu urbain.

L’Équateur, autrefois considéré comme un pays stable et non producteur de drogue, est aujourd’hui au cœur d’une crise sécuritaire majeure. Une étude récente du New York Times révèle que le pays est devenu le principal corridor de cocaïne à l’échelle mondiale. Les autorités équatoriennes, américaines et européennes confirment cette tendance inquiétante.

Ce bouleversement est le résultat d’une série de facteurs convergents. La diminution de l’attention portée à la lutte contre la cocaïne par les États-Unis, qui se concentrent désormais sur le fentanyl, a créé un vide que les organisations criminelles colombiennes et péruviennes se sont empressées de combler. L’Équateur, avec son infrastructure portuaire stratégique, ses routes d’exportation bien établies et un État affaibli, s’est avéré être un terrain fertile pour ces groupes.

Une enquête menée par le New York Times, qui a suivi les opérations de la marine équatorienne, a mis en évidence la complexité de la situation. L’Équateur se retrouve pris en étau dans une reconfiguration violente du commerce mondial de la cocaïne. Les cartels mexicains, les guérillas colombiennes, les mafias européennes et les gangs locaux se sont alliés pour exploiter cette nouvelle route du trafic.

La cocaïne est évaluée en millions de dollars.
La cocaïne est évaluée en millions de dollars. (Police Nationale)

Entre 2022 et 2023, l’Équateur a frôlé une prise de pouvoir par un consortium international de trafiquants. Ce réseau criminel a utilisé la côte équatorienne comme plateforme pour acheminer la cocaïne vers les États-Unis et, surtout, vers l’Europe, où la demande a augmenté ces dernières années. Les responsables américains décrivent cette situation comme une « autoroute de la cocaïne », soulignant l’ampleur du trafic et le niveau de coordination internationale impliqué.

Les conséquences pour l’Équateur sont désastreuses. La violence a atteint des niveaux sans précédent, avec des attentats à la voiture piégée, des massacres dans les prisons et des meurtres ciblés. Le pays, qui avait fermé une base militaire américaine en 2009 et réduit sa coopération antidrogue avec Washington, se trouve confronté à une escalade criminelle à laquelle il n’était pas préparé. La Maison Blanche n’a réagi qu’une fois la situation devenue critique, en augmentant l’aide militaire, sans toutefois enrayer complètement la tendance.

Selon l’ancien ambassadeur des États-Unis en Équateur, Mike Fitzpatrick, cité par le New York Times :

« Beaucoup considèrent la cocaïne comme mauvaise, mais pas mauvaise jusqu’à ce qu’elle vous tue. »

Mike Fitzpatrick, ancien ambassadeur des États-Unis en Équateur (2019-2024)

Cette déclaration souligne un problème de perception à Washington : alors que les décès liés aux opioïdes ont capté l’attention politique, la violence associée au trafic de cocaïne a continué de faire des victimes en Équateur.

La police inclut dans ses opérations le contrôle des produits d'exportation sortant des ports.
La Police inclut dans ses opérations le contrôle des produits d’exportation sortant des ports. (Police Nationale)

Sur le terrain, la marine équatorienne se heurte à des obstacles croissants. Malgré l’augmentation des dépenses en matière de sécurité, les groupes criminels disposent de plus d’armes, d’argent et de capacités logistiques. Les responsables décrivent une guerre inégale, où la corruption interne, les fuites d’informations et la facilité avec laquelle les gangs recrutent des jeunes pauvres compliquent toute tentative de contrôle.

L’ambassadeur d’Italie en Équateur, Giovanni Davoli, a averti :

« Il s’agit d’une guerre existentielle. »

Giovanni Davoli, ambassadeur d’Italie en Équateur

Il compare la lutte contre les gangs locaux à la bataille historique de l’Italie contre la mafia. Selon lui, l’Équateur a besoin d’une aide urgente pour éviter une détérioration supplémentaire de la situation.

L’enquête révèle que l’État équatorien est confronté à une reconfiguration pénale sans précédent. La coordination simultanée des cartels mexicains (Sinaloa et CJNG), des dissidents armés colombiens, des réseaux albanais et d’autres organisations européennes a doté le pays d’un écosystème criminel capable d’opérer à l’échelle mondiale. Ce réseau profite des ports, des conteneurs d’exportation de bananes et de la faiblesse institutionnelle pour acheminer des tonnes de drogues sans rencontrer d’obstacles majeurs.

En conclusion, l’Équateur est devenu le principal point de transit du commerce mondial de cocaïne, une position qui menace sa sécurité intérieure, compromet sa stabilité démocratique et le place au centre d’un conflit géopolitique aux ramifications internationales.

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