Les déjections des manchots contribuent à accélérer la fonte des neiges sur le littoral de l’Antarctique en fertilisant des algues microscopiques. Ce phénomène assombrit la surface de la neige, réduisant son albédo et augmentant ainsi l’absorption de l’énergie solaire, selon une étude publiée dans le Journal of Geophysical Research: Biogeosciences, un travail relayé par le site Ecoticias sous la plume de François Montcorbier.
Un mécanisme de fertilisation naturelle
Pour mener à bien cette recherche, les scientifiques ont collecté 111 échantillons de neige le long du littoral de la péninsule antarctique occidentale entre 2024 et 2025. Cette collecte visait à établir un lien direct entre les nutriments présents dans les déjections des manchots et le développement des algues. Après leurs sorties de pêche, les manchots déposent sur la neige côtière un guano riche en nutriments, notamment en phosphate, un élément clé qui permet aux algues de produire davantage de chlorophylle et d’intensifier la photosynthèse.
Les chercheurs ont constaté que la neige verte absorbe environ 40 % d’énergie solaire de plus que la neige propre, tandis que la neige rouge en absorbe 20 % de plus.

L’impact sur la fonte des glaces
Cette étude visait à combler une lacune dans les modèles climatiques concernant la vitesse de fonte des zones côtières de la péninsule antarctique occidentale, où le mécanisme d’emballement local est jugé particulièrement sensible. À mesure que les températures augmentent, les habitats propices à ces algues s’étendent le long des littoraux.
Si ce phénomène inquiète, il s’inscrit dans un contexte plus large de perte de masse glaciaire. Une étude publiée dans la revue Scientific Data a révélé qu’environ 12,5 billions de tonnes de glace ont été perdues en Antarctique et au Groenland au cours des 47 dernières années. Toutefois, 84 % de cette perte serait due à l’accélération des glaciers vers l’océan plutôt qu’à la seule fonte de surface.
Vers une intégration dans les projections climatiques
Alia Khan insiste sur la nécessité de prendre en compte ces processus biologiques dans les futures modélisations.
« Le lien entre la faune, les nutriments et les algues des neiges est une pièce manquante essentielle dans les projections concernant l’expansion des zones sans glace en Antarctique », Alia Khan, biogéochimiste de la cryosphère et auteure principale de l’étude

Elle précise :
« Si nous ne prenons pas en compte ces effets d’assombrissement biologique, nous sous-estimons probablement la vitesse à laquelle les manteaux neigeux côtiers fondent et la rapidité avec laquelle les terres libres de glace s’étendront à travers l’Antarctique. » Alia Khan, biogéochimiste de la cryosphère et auteure principale de l’étude
Ce phénomène reste, à ce jour, localisé.