Publié le 6 janvier 2024 à 08h24. Les États-Unis ont opéré un changement majeur dans leur politique de vaccination infantile, réduisant la liste des vaccins recommandés pour tous les enfants, une décision qui suscite l’inquiétude des experts de santé publique et pourrait accroître la vulnérabilité de la population face à certaines maladies.
- Les Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ne recommanderont plus systématiquement la vaccination contre onze maladies, dont la grippe, le rotavirus et l’hépatite A.
- Cette refonte, initiée sous l’administration Trump et poursuivie par le secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., suscite des critiques quant à son manque de transparence et à son fondement scientifique.
- Les États conservent toutefois le pouvoir de rendre la vaccination obligatoire pour l’accès aux écoles, et certains envisagent déjà de s’opposer aux nouvelles directives fédérales.
Les États-Unis ont pris une décision sans précédent en réduisant le nombre de vaccins recommandés pour chaque enfant, une mesure qui, selon de nombreux professionnels de la santé, pourrait compromettre la protection contre une demi-douzaine de maladies infectieuses. Désormais, les CDC recommanderont la vaccination contre onze maladies seulement, contre plus auparavant. La protection contre la grippe, le rotavirus, l’hépatite A, l’hépatite B, certaines formes de méningite et le virus respiratoire syncytial (VRS) ne sera plus largement recommandée, mais uniquement proposée aux groupes à haut risque ou sur recommandation médicale personnalisée, dans le cadre d’une « prise de décision partagée ».
Les responsables de l’administration Trump affirment que cette révision, longtemps souhaitée par le secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., ne limitera pas l’accès aux vaccins pour ceux qui le souhaitent, et que l’assurance continuera à les couvrir. Cependant, les experts médicaux craignent que cette décision ne crée de la confusion chez les parents et n’entraîne une augmentation des maladies évitables. Ils soulignent également le manque de transparence entourant ce changement de politique.
Bien que les États aient le pouvoir ultime de déterminer les exigences vaccinales pour l’accès aux écoles, les directives des CDC influencent généralement les réglementations étatiques. Certains États ont déjà commencé à envisager des mesures pour contrer les nouvelles directives fédérales, démontrant une divergence croissante sur la question de la vaccination. Plusieurs États de la côte ouest envisagent des alliances pour maintenir des exigences vaccinales plus strictes.
Ce changement intervient à un moment où les taux de vaccination aux États-Unis sont en baisse et où le nombre d’exemptions augmente, atteignant des niveaux records selon les données fédérales. Parallèlement, on observe une recrudescence de maladies contre lesquelles la vaccination est efficace, telles que la rougeole et la coqueluche, dans tout le pays. Les données du CDC montrent une baisse inquiétante des taux de vaccination infantile.
Le ministère américain de la Santé et des Services sociaux a déclaré que cette refonte répondait à une demande formulée par l’ancien président Donald Trump en décembre dernier. Trump avait demandé à l’agence d’examiner les pratiques vaccinales d’autres pays et d’envisager une révision des directives américaines en conséquence. Selon le ministère, les États-Unis se distinguent par le nombre élevé de vaccins et de doses recommandées à tous les enfants, par rapport à d’autres nations développées.
Robert F. Kennedy Jr. a salué cette décision, affirmant dans un communiqué que celle-ci « protège les enfants, respecte les familles et rétablit la confiance dans la santé publique ». Donald Trump a également réagi sur sa plateforme Truth Social, qualifiant le nouveau calendrier vaccinal de « beaucoup plus raisonnable » et affirmant qu’il « aligne enfin les États-Unis avec les autres pays développés du monde ».
Les vaccins contre la rougeole, la coqueluche, la polio, le tétanos, la varicelle et le papillomavirus humain (VPH) restent recommandés pour tous les enfants. Les nouvelles directives réduisent toutefois le nombre de doses de vaccin contre le VPH recommandées, passant de deux ou trois injections à une seule pour la plupart des enfants.
Les experts médicaux s’inquiètent vivement de l’absence de débat public et d’examen approfondi des données scientifiques avant cette décision, qu’ils jugent dangereuse pour la santé des enfants. Le rôle de Robert F. Kennedy Jr., connu pour son scepticisme envers les vaccins, dans l’élaboration de cette politique est également source de préoccupation.
« Abandonner les recommandations pour les vaccins qui préviennent la grippe, l’hépatite et le rotavirus, et modifier les recommandations pour le VPH sans un processus public pour évaluer les risques et les avantages, entraînera davantage d’hospitalisations et de décès évitables chez les enfants américains. »
Michael Osterholm, Vaccine Integrity Project, Université du Minnesota
Le Dr Sean O’Leary, de l’Académie américaine de pédiatrie, souligne que les pays évaluent attentivement leurs recommandations vaccinales en fonction de la prévalence des maladies et des capacités de leur système de santé. « Vous ne pouvez pas simplement copier-coller les politiques de santé publique », a-t-il déclaré. « La santé et la vie des enfants sont littéralement en jeu. »
Selon une étude récente du Vaccine Integrity Project, la plupart des pays à revenu élevé recommandent la vaccination contre une douzaine à quinze agents pathogènes graves. La France, par exemple, recommande actuellement la vaccination contre quatorze maladies, contre onze pour les États-Unis selon le nouveau calendrier.
Les changements ont été décidés sans preuve que les recommandations actuelles nuisent aux enfants, selon le Dr O’Leary. L’Académie américaine de pédiatrie a publié son propre calendrier vaccinal, que ses membres continueront de suivre, recommandant largement les vaccins que l’administration Trump a rétrogradés.
Le Dr O’Leary a mis en avant l’importance du vaccin contre la grippe, recommandé par le gouvernement et les experts médicaux pour presque tous les enfants à partir de l’âge de six mois. Il a exprimé son étonnement face à la décision de réduire les recommandations en matière de vaccination antigrippale, alors que le pays est confronté à une saison grippale sévère et que 280 enfants sont décédés de la grippe l’hiver dernier, un nombre record depuis 2009.
Même une maladie moins connue, le rotavirus, pourrait réapparaître si la vaccination diminue, a-t-il ajouté, rappelant que cette maladie diarrhéique hospitalisait autrefois des milliers d’enfants chaque hiver, une situation qui s’est considérablement améliorée grâce à la vaccination.
La décision a été prise sans consulter le comité consultatif qui examine habituellement le calendrier vaccinal, ont indiqué des responsables du ministère de la Santé et des Services sociaux, sous couvert d’anonymat. Ils ont précisé que les nouvelles recommandations étaient le fruit d’une collaboration entre les agences fédérales de santé, sans toutefois préciser qui avait été consulté.
Les scientifiques du Centre national pour l’immunisation et les maladies respiratoires des CDC ont été chargés de présenter aux responsables politiques les calendriers de vaccination d’autres pays en décembre, mais ils n’ont pas été autorisés à formuler des recommandations et n’étaient pas au courant de la décision de modifier le calendrier vaccinal, a déclaré Abby Tighe, directrice exécutive de la National Public Health Coalition.
« Des changements de cette ampleur nécessitent un examen attentif, la contribution d’experts et du public, ainsi qu’une justification scientifique claire. Ce niveau de rigueur et de transparence ne faisait pas partie de cette décision. »
Dr Sandra Fryhofer, American Medical Association
Cette décision intervient alors que Robert F. Kennedy Jr., fervent opposant aux vaccins, a utilisé son influence au sein du gouvernement pour traduire son scepticisme en orientations nationales. En mai, il avait annoncé que les CDC ne recommanderaient plus les vaccins contre le COVID-19 aux enfants en bonne santé et aux femmes enceintes, une décision contestée par les experts en santé publique. En juin, il avait dissous le comité consultatif sur les vaccins des CDC et nommé plusieurs de ses propres remplaçants, dont des sceptiques en matière de vaccination. En novembre, il avait ordonné au CDC d’abandonner sa position selon laquelle les vaccins ne provoquent pas l’autisme, sans fournir de nouvelles preuves.
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