Publié le 2024-05-08 10:32:00. Alors que le spectre du déclin démographique inquiète, une experte britannique de renom plaide pour une nouvelle approche : cesser de craindre le vieillissement de la population et au contraire, valoriser le potentiel d’une génération active et en bonne santé.
- Le professeur Sarah Harper estime que les inquiétudes concernant la baisse de la natalité sont exagérées et qu’il faut se concentrer sur les opportunités offertes par le « silver economy ».
- Elle souligne l’importance de repenser les structures sociales et professionnelles pour intégrer pleinement les seniors, notamment ceux de 50 à 70 ans.
- La réforme des retraites doit, selon elle, prendre en compte la réalité d’une espérance de vie plus longue et éviter de pénaliser les populations les plus vulnérables.
L’inquiétude face au vieillissement de la population est un thème récurrent dans les débats économiques et sociaux. Les baisses des taux de fécondité, soulignées par des études récentes comme celle de McKinsey Global Institute, alimentent les craintes quant à la soutenabilité des systèmes de santé et de retraite. Cependant, une voix s’élève pour contredire ce pessimisme : celle du professeur Sarah Harper, directrice de l’Oxford Institute of Population Ageing.
Selon le professeur Harper, le vieillissement de la population est une tendance inéluctable. Les deux tiers des pays dans le monde affichent déjà des taux de fécondité inférieurs au seuil de remplacement, ce qui signifie que la population ne se renouvelle pas naturellement. Mais loin d’être un problème, cette évolution représente une opportunité.
« C’est un succès dans la mesure où chaque bébé qui naîtra aura l’opportunité – ou devrait avoir l’opportunité – d’être très instruit, en bonne santé et de vivre une vie longue et saine. »
Sarah Harper, directrice de l’Oxford Institute of Population Ageing
L’experte insiste sur le potentiel économique et social de cette « cohorte massive d’adultes en bonne santé, actifs, âgés et créatifs ». Elle reconnaît que certains seniors auront besoin de soins, mais met l’accent sur la nécessité de capitaliser sur l’amélioration de la santé et de l’éducation des générations plus âgées.
Pour ce faire, il est impératif de repenser les institutions du XXe siècle, qui ne sont pas adaptées à cette nouvelle réalité. Cela passe par une meilleure intégration des seniors sur le marché du travail, en favorisant la reconversion professionnelle et la flexibilité des horaires. Il est également crucial de lutter contre les inégalités en matière de santé et d’éducation, afin que tous les seniors puissent contribuer pleinement à la société.
Au Royaume-Uni, les chiffres officiels montrent une augmentation de la population, due en partie à l’immigration, mais également au vieillissement. D’ici 2072, près de 27 % de la population britannique aura 65 ans ou plus. Cette évolution démographique, accentuée par l’effet de la génération des baby-boomers, conduira à une structure par âge plus proche d’un gratte-ciel que d’une pyramide traditionnelle, selon l’Office for Budget Responsibility.
Le professeur Harper souligne également l’importance de soutenir les jeunes parents, notamment en facilitant l’accès à des services de garde d’enfants abordables et de qualité. Cependant, elle reconnaît que les politiques natalistes ont leurs limites, même dans les pays scandinaves, réputés pour leur égalité des sexes et leur soutien à la parentalité.
« Ce que nous devrions faire, c’est dire qu’il existe des moyens de soutenir ceux, en particulier les femmes, qui souhaitent avoir des enfants, et cela autour de choses comme de bons emplois, de bons logements, de bons services de garde d’enfants, une bonne égalité des sexes. Mais il y aura toujours un groupe, probablement croissant, de femmes qui décideront que, pour toutes sortes de raisons, elles n’auront pas d’enfants. Et d’une certaine manière, nous devons l’accepter et travailler avec cela. »
Sarah Harper, directrice de l’Oxford Institute of Population Ageing
Selon elle, les raisons de la baisse de la natalité sont multiples, allant des préoccupations liées au Covid, à la crise climatique et à la surpopulation, à un changement plus profond dans la perception du rôle des femmes dans la société. Elle insiste sur le fait que l’idée d’un pays ayant besoin d’un taux de fécondité élevé est dépassée, et que les pays à revenu élevé doivent se concentrer sur la transformation de leur structure économique.
Enfin, le professeur Harper met en avant le potentiel des 50-70 ans, qu’elle considère comme une « ressource extraordinaire » pour une économie basée sur le savoir. Elle souligne que beaucoup d’entre eux sont disposés et capables de travailler plus longtemps, mais que le système de retraite actuel n’est pas viable à long terme. Elle propose de lier la pension de l’État aux cotisations d’assurance nationale plutôt qu’à l’âge, afin d’éviter de pénaliser les personnes à faibles revenus, en mauvaise santé ou moins instruites.
Elle établit un parallèle avec l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail dans les années 1950 et 1960, qui avait suscité des inquiétudes similaires.
« Dans les années 50 et au début des années 60, les gens disaient : ‘Eh bien, qu’allons-nous faire si toutes ces femmes entrent sur le marché du travail ? Qu’allons-nous faire ? Cela va tout bouleverser complètement.’ Mais bien sûr, cela s’est produit et maintenant on le tient pour acquis dans de nombreux pays [que] bien sûr, les femmes travaillent à égalité avec les hommes. Eh bien, c’est la même idée pour les personnes âgées. »
Sarah Harper, directrice de l’Oxford Institute of Population Ageing
