Home AffairesLes néo-nazis allemands en fuite ne veulent plus être une femme

Les néo-nazis allemands en fuite ne veulent plus être une femme

by Amélie Bernard

Mis à jour le 20 novembre 2023 à 16h30. Une militante d’extrême droite allemande, condamnée pour incitation à la haine, continue de défier les autorités en multipliant les demandes de changement de statut civil tout en restant en fuite, alimentant un débat sur les limites de la loi allemande sur l’autodétermination.

  • Marla-Svenja Liebich, une figure néonazie condamnée à 18 mois de prison, a tenté de modifier son identité légale à plusieurs reprises pour échapper à sa peine.
  • Elle a d’abord changé de sexe, puis a demandé à être enregistrée comme « divers », mais ses demandes ont rencontré des obstacles administratifs.
  • Son emplacement actuel est inconnu, des rumeurs la situant en Russie.

Marla-Svenja Liebich, 54 ans, a été condamnée en juillet 2023 pour incitation à la haine, une peine prononcée alors qu’elle était encore légalement enregistrée comme homme, sous le nom de Sven Liebich. L’affaire a pris une tournure inattendue lorsque Liebich a utilisé la loi allemande sur l’autodétermination, qui permet aux citoyens de changer de sexe légal par simple déclaration, pour obtenir un changement de statut en janvier 2023.

Cette démarche a suscité une vive polémique, certains accusant Liebich d’utiliser la loi à des fins stratégiques pour éviter la prison. Elle a ensuite tenté de modifier à nouveau son enregistrement civil, demandant à être reconnue comme « divers » ou « non enregistrée » le 5 août, avant la date prévue de son incarcération. Cependant, l’administration de l’état civil de Schkeuditz a refusé de procéder à ce changement sans sa présence physique, une réunion prévue le 6 novembre ayant été ignorée par Liebich.

Selon ses propres dires, révélés dans un entretien accordé à Euronews, Liebich souhaite se dissocier de son passé et de l’image négative qui y est associée.

« Je veux séparer ma vie privée de ma personnalité publique. Je ne veux plus être Marla Svenja parce que d’autres m’ont gâchée »,

Marla-Svenja Liebich

a-t-elle déclaré par écrit, évoquant une crise d’identité et les conséquences des campagnes de haine dont elle est victime. Elle affirme que « Marla Svenja Liebich est une marque » et que « l’avatar est séparé de la personne ».

Liebich devait commencer sa peine le 29 août dans la prison pour femmes de Chemnitz, mais elle ne s’est pas présentée, entraînant l’émission d’un mandat d’arrêt à son encontre. Des publications sur les réseaux sociaux, apparues le lendemain de sa non-présentation, suggèrent qu’elle aurait fui vers la Russie, une hypothèse qu’elle a alimentée en publiant des images générées par intelligence artificielle avec Moscou en arrière-plan.

« Je devrais d’abord retourner à Kaliningrad – ce serait facile – et ensuite en Allemagne sans être contrôlée à la frontière. Je ne peux évidemment pas faire ça »,

Marla-Svenja Liebich

a-t-elle confié à Euronews.

Liebich prétend qu’un mandat d’arrêt européen est désormais en vigueur, couvrant l’ensemble de l’espace Schengen, mais Euronews n’a pas pu vérifier cette information de manière indépendante. Elle a également déposé un recours formel contre la décision de l’état civil, arguant qu’une signature notariée devrait suffire, avec une date limite de dépôt fixée au 6 février 2026.

Figure de l’extrême droite allemande depuis les années 1990, Liebich était membre de l’organisation néonazie interdite Sang et Honneur. Elle est classée comme une extrémiste de droite par l’Office allemand pour la protection de la Constitution. Avant sa transition, elle avait tenu des propos dénigrants envers les personnes LGBTQ+, les qualifiant de « parasites de la société ». La condamnation est liée à plusieurs infractions, notamment la distribution de battes de baseball portant l’inscription « aide à la déportation ».

L’affaire Liebich a relancé le débat en Allemagne sur les possibles abus de la loi sur l’autodétermination. Liebich, pour sa part, rejette les accusations de manipulation, affirmant qu’elle réagit simplement de manière pragmatique.

« Avec le recul, beaucoup de gens pensent probablement que j’ai planifié tout cela, mais ce n’est pas comme ça. Je réagis simplement aussi doucement que possible »,

Marla-Svenja Liebich

a-t-elle déclaré, citant Bruce Lee : « Soyez de l’eau, mon ami ». Elle minimise également les faits qui lui sont reprochés, les qualifiant de « délits d’expression » et affirmant que les autorités cherchaient simplement à se débarrasser d’elle.

Malgré les critiques, certains comparent Liebich au personnage de Till Eulenspiegel, un filou médiéval allemand connu pour ses farces et ses provocations. Liebich, elle, se décrit désormais comme « la drag queen nazie de renommée mondiale », affirmant que même les injonctions ne peuvent effacer cette nouvelle identité.

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