Home SantéLes progrès dans la maladie d’Alzheimer stimulent la recherche sur d’autres maladies dégénératives

Les progrès dans la maladie d’Alzheimer stimulent la recherche sur d’autres maladies dégénératives

by Sophie Martin

Publié le 26 octobre 2025 07:52:00. Une équipe de chercheurs de Harvard a révélé des résultats prometteurs dans la lutte contre la maladie d’Alzheimer, suggérant que le lithium, un métal aux multiples usages, pourrait jouer un rôle clé dans la prévention et même la réversion de la maladie chez les souris.

  • Des chercheurs de Harvard ont réussi à inverser les effets de la maladie d’Alzheimer chez des souris en utilisant du lithium.
  • Une carence en lithium semble liée au déclin cognitif, ouvrant la voie à de nouvelles pistes thérapeutiques.
  • La découverte pourrait avoir des implications bien au-delà de la maladie d’Alzheimer, touchant d’autres maladies neurodégénératives et le processus de vieillissement lui-même.

Une avancée scientifique majeure vient de secouer la communauté médicale. Des chercheurs de l’université Harvard ont publié en août dernier dans la revue Nature des résultats stupéfiants : ils ont réussi à inverser les symptômes de la maladie d’Alzheimer chez des souris grâce à l’administration de lithium, un métal largement utilisé dans l’industrie et la médecine. Cette découverte inattendue met en lumière un nouveau mécanisme potentiellement impliqué dans le développement de cette maladie neurodégénérative qui touche plus de 55 millions de personnes dans le monde.

L’étude révèle que la carence en lithium est corrélée à la détérioration cognitive. En administrant une thérapie à base de lithium à des souris atteintes d’Alzheimer, les chercheurs ont non seulement freiné la progression des lésions cérébrales, mais ont également observé une amélioration des fonctions cognitives et une atténuation des effets du vieillissement sur le cerveau. Ces résultats suggèrent que le lithium pourrait être un facteur clé dans le développement de la maladie d’Alzheimer, et potentiellement même une voie vers un traitement curatif.

« La recherche de Harvard est un pas de géant pour ouvrir de nouvelles lignes de recherche car elle démontre que le lithium est une substance clé dans la maladie d’Alzheimer, ce qui ouvre des portes pour trouver la guérison, même si cela prend des années. »

Diego Redolar, neuroscientifique et professeur à l’UOC

Cette découverte a déjà déclenché une véritable « fièvre du lithium » dans le monde scientifique, comparable à la ruée vers l’or du XIXe siècle ou à la course actuelle aux sources d’énergie alternatives pour les batteries de véhicules électriques, d’ordinateurs et de téléphones portables. La demande de lithium, principalement extrait des gisements d’Amérique du Sud, pourrait connaître une augmentation significative dans les années à venir.

L’utilisation du lithium en médecine n’est pas nouvelle. Ses propriétés thérapeutiques sont reconnues depuis le IIe siècle, et il est utilisé sous forme de médicament depuis 1949. Le docteur John Cade a démontré l’efficacité des sels de lithium dans le traitement du trouble bipolaire, et ils sont encore aujourd’hui prescrits pour les troubles dépressifs, maniaques ou schizophréniques. Les recherches sur l’Alzheimer ne partent donc pas de zéro, mais s’appuient sur des connaissances préexistantes concernant l’absorption et les effets secondaires potentiels du lithium.

Cependant, les experts mettent en garde contre une automédication. Il est crucial de contrôler la posologie du lithium, car un excès peut entraîner des effets indésirables graves, tels que des troubles digestifs, neurologiques ou une insuffisance rénale aiguë.

Au-delà de l’Alzheimer, cette découverte pourrait avoir des implications plus larges. D’autres maladies neurodégénératives, comme la maladie de Parkinson ou la sclérose latérale amyotrophique (SLA), pourraient partager des mécanismes communs avec l’Alzheimer. Si le lithium s’avère être un agent neuroprotecteur efficace, il pourrait également être bénéfique dans le traitement de ces affections.

« Comme le parkinson ou la ELA peuvent avoir des mécanismes communs avec la maladie d’Alzheimer, si on découvre un mécanisme neuroprotecteur, celui-ci peut être utile également face à d’autres pathologies. »

Marc Suárez, neurologue

Les récents traitements approuvés contre la maladie d’Alzheimer, bien que prometteurs, se concentrent sur la réduction des plaques amyloïdes. comme l’a récemment démontré l’approbation de nouveaux médicaments en Europe, l’approche de Harvard est novatrice car elle cible un « nouveau mécanisme ».

Les chercheurs ont utilisé un composé spécifique, le lithium oratate, qui se distingue par sa meilleure absorption et son absence d’interférence avec les plaques amyloïdes. Cette formulation a permis de freiner la progression des lésions cérébrales chez les souris et de préserver les neurones et leurs connexions, sans effets secondaires notables.

Bien que l’espoir soit de mise, les scientifiques soulignent qu’il reste encore un long chemin à parcourir avant de pouvoir déterminer si le lithium est un facteur déclenchant de la maladie d’Alzheimer, s’il peut être utilisé comme thérapie efficace et s’il a des effets bénéfiques sur d’autres maladies ou sur le processus de vieillissement.

Salvador Macip, expert en longévité et professeur à l’UOC, reste prudent quant à l’utilisation du lithium pour freiner le vieillissement. Il suggère que la carence en lithium pourrait être une conséquence des plaques amyloïdes, qui « aspirent » le lithium présent dans le cerveau, plutôt qu’une cause du vieillissement global. Il estime donc qu’il est peu probable que le lithium puisse prévenir le vieillissement, mais qu’il pourrait avoir une influence – encore à démontrer chez l’homme – sur les personnes atteintes de démence.

En conclusion, la recherche de Harvard représente une avancée significative dans la compréhension de la maladie d’Alzheimer et ouvre de nouvelles perspectives thérapeutiques. Cependant, il est essentiel de mener des recherches supplémentaires pour valider ces résultats chez l’homme et déterminer le rôle précis du lithium dans le développement et le traitement de cette maladie dévastatrice. Les spécialistes insistent sur le fait qu’il est prématuré pour les patients de se lancer dans une automédication avec des suppléments de lithium, qui peuvent être dangereux sans contrôle médical.

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